Réseau

Sytral le 11 mai : l’heure de vérité

Jean-François Bélanger

28/04/2020

Le Sytral prépare, avec son délégataire Keolis, le redémarrage d’une offre adaptée et progressive après le 11 mai, avec, pour débuter, 80% de l’offre classique. Mais il redoute surtout un retour massif à la voiture individuelle qui réduirait à néant les progrès enregistrés, année après année, par les transports en commun lyonnais.

Comme partout, l’ensemble des mobilités s’est effondrée à Lyon, suite aux mesures de confinement, à la fermeture des écoles et à la baisse des déplacements professionnels. Les différents modes de transport connaissent une baisse sensible depuis le 17 mars.

 

Mesuré par la Métropole de Lyon, le trafic des voitures a diminué en moyenne de 27 à  55%, jusqu’à 70% dans certaines zones et à certains moments, celui des piétons, de 95%, celui des vélos de 70%. Les offres d’autopartage (Bluely, Yea !, Citiz…) sont suspendues. Quant au réseau de transports en commun lyonnais, qui comptabilise 2 millions de passagers au quotidien, ce qui en fait le deuxième réseau de transport en commun de France, il a été adapté depuis le début du confinement.

 

Il opère à ce jour autour de 50% de l’offre classique, avec des amplitudes inchangées mais des fréquences limitées et ce, pour une demande qui se situe autour de 10% de ce qui est enregistré habituellement,.

 

Ce plan de transport a été tissé en concertation avec les territoires, même si 32 lignes de bus ont été suspendues, compte tenu de leur faible fréquentation. Dans ces conditions, les mesures barrières, notamment la distanciation sociale, ne rencontrent aucun obstacle pour leur application.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Afficher une sécurité sanitaire irréprochable

 

Mais il en sera tout autrement dès le 11 mai, où doit être mis en place 80% de l’offre, soit sa quasi-totalité, avec les différents modes : métro, tramway, funiculaire, autobus et trolleybus.  Manqueront notamment à l’appel les services nocturnes ainsi que quelques services de début de matinée.

 

Le rationnement de l’offre, comme cela a été envisagé en Ile-de-France, ne semble pas une solution pour Lyon. « Cela créerait autant de problème que cela en règlerait », analyse Fouziya Bouzerda, présidente du Sytral.

 

En revanche, comme pour d’autres autorités organisatrices ou opérateurs, la présidente du Sytral n’envisage pas mesure plus prioritaire que le port du masque pour les usagers des transports en commun, dès le 11 mai. « Nous aurons du mal à assurer la distanciation réglementaire », avertit-elle d’ores-et-déjà.

 

Tout sera cependant effectué pour afficher une sécurisation sanitaire qui rende attractif le réseau, dès le premier jour : systématisation et accentuation des services de nettoyage, installations de distributeurs de masques, de produits hydro-alcooliques, signalétiques au sol visant à dissocier les flux, suppression de la vente à bord des véhicules, protection des conducteurs par des plexiglass, facilitation des procédures sans contact…

 

Autant de contraintes d’exploitation supplémentaires qui vont encore alourdir une situation économique déjà bien fragilisée

 

70 à 100 M€ de coût supplémentaire

 

Le Sytral s’est engagé au remboursement des abonnements TCL pendant toute la durée de la période du confinement. Pour le mois de mars, sur un total de 370 000 abonnés, ce sont 233 000 remboursements qui ont été effectués, pour un montant de 3 M€, alors qu’avril, puis mai se profilent. « Nous estimons à ce jour le coût de la situation sanitaire entre 70 et 100 M€ », synthétise Fouziya Bouzerda.

 

Pour autant, alors que nombre de chantiers sont arrêtés, le Sytral se veut rassurant sur sa trésorerie avec plus de 350 factures payées, aux maîtres d’ouvrage, bureaux d’études, délégataires, fournisseurs… représentant un montant de 70 M€.

 

Ensuite, pour les commerces installés dans les stations de métro, le Sytral a mis en place le report de loyers. Quant aux opérateurs délégataires, dont Keolis est le plus important, il s’agira aussi de faire les comptes une fois l’épisode achevé, et nul doute que des avenants aux contrats seront discutés.

 

Un maillage avec les modes doux et actifs

 

Reste que l’enjeu majeur de demain pour l’autorité organisatrice est la modification des comportements à laquelle la crise sanitaire est susceptible d’aboutir. L’une des conditions d’une réussite de la reprise des services de transport en commun réside dans la montée en charge progressive des flux d’usagers.

 

C’est pour cela que, pour préparer cette échéance cruciale du 11 mai, le Sytral s’est attaché le concours d’un comité de reprise associant représentants de l’Etat, de l’éducation nationale, de la Santé, des milieux économiques, des opérateurs…

 

Sa présidente compte sur ces institutions pour tenter de les convaincre de poursuivre le télé travail le plus longtemps possible et d’effectuer un lissage des horaires afin de casser les pointes de trafic et, finalement, rendre ce rendez-vous le moins brutal possible.

 

Elle envisage aussi d’accentuer le recours à l’intermodalité en favorisant les interconnexions avec les micromobilités : vélos, trottinettes…, pourtant eux-aussi confrontés à la propagation du virus et donc aux questions des gestes barrières et de décontamination.

 

Dans cette optique et ce son côté, la Métropole de Lyon va proposer à partir du 11 mai, des aménagements ayant pour objectif d’offrir des usages alternatifs sur des axes directs, confortables et sécurisés, tout en préservant une distanciation sociale suffisante pour contrer une éventuelle contagion.

 

Pour la Métropole, dont les habitants ont assez largement placé en tête les candidats écologistes lors de la dernière consultation, il serait paradoxal que la réouverture des transports en commun lyonnais conduise à un recours massif à la voiture individuelle, juste avant le second tour !

 

Un risque réel susceptible de briser la belle dynamique dans laquelle le réseau lyonnais était engagé depuis plusieurs années. Ainsi, dans les centres-villes de Lyon et de Villeurbanne, la part modale de la voiture particulière était descendue à 25%, l’année dernière…

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