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Du rififi dans les transports publics ?

03/05/2020

 

L’événement est suffisamment rare pour être remarqué. Le monde généralement policé des grandes entreprises du transport public est en émoi, voire en colère, face aux conditions de déconfinement qui lui sont imposées par le gouvernement.

 

Selon notre confrère Le Point, les dirigeants des principales entreprises de ce secteur (RATP, SNCF, Keolis, Transdev, etc.) auraient fait parvenir le 30 avril 2020 un courrier au Premier ministre, dans lequel ils assurent qu'il leur est « impossible de répondre d'une obligation de résultat qui pourrait [leur] être imposée » concernant les gestes barrières et les règles de distanciation physique.

 

Et de poursuivre, toujours selon Le Point, en indiquant qu’« après plusieurs jours de travail et de concertation avec l'ensemble des parties prenantes, il apparaît que les transporteurs ne disposent pas, aujourd'hui, des moyens humains et des matériels de nature à satisfaire à une telle obligation ».

 

Celle-ci « ne saurait être respectée sans une très forte limitation du flux, la capacité d'emport des véhicules (bus et trains) devant être alors limitée au maximum à 10 et à 20% de leurs capacités », c’est-à-dire à peu près tout le contraire de ce qui est aujourd’hui demandé par le gouvernement - une remontée en capacité très rapide - pour permettre, en théorie, un respect de la fameuse distanciation physique.

 

Les mêmes dirigeants évoqueraient même, « en cas de forte affluence », des « risques d'arrêt du service susceptibles de générer des troubles » et « des tensions sociales de la part du personnel ».

Sont clairement sous-entendus ici des recours massifs au droit de retrait, voire des assignations judiciaires, déjà particulièrement redoutées à ce jour par les maires, les directeurs d’établissements scolaires et certains chefs d’entreprises..., tous confrontés à un retour d’activité dans de nouvelles conditions sanitaires.

 

Le problème des flux

 

Partant de ce constat, les patrons des différents groupes de transports en arrivent à la nécessité d’anticiper les problèmes de gestion des flux de passagers, en amont des gares, stations de métro et autres arrêts de bus.

 

Un vrai souci, soulevé d’ailleurs par Valérie Pécresse, présidente d’Ile-de-France Mobilité et de la région Ile-de-France qui, dans les colonnes du Journal Du Dimanche du 3 mai 2020, réclame un minimum de 5000 policiers pour tenter de gérer ce phénomène sur le réseau dont elle a la charge…

 

« Même en remontant notre offre de transport, l'espacement d'un mètre conduirait les opérateurs à un niveau de service extrêmement réduit et, en tout état de cause, déceptif pour les usagers, indiquent, selon Le Point, les opérateurs de transport. Paradoxalement, une telle offre serait dégradée [...] et contradictoire avec l'objectif de déconfinement. Les mesures strictement nécessaires et proportionnées aux risques sanitaires encourus doivent être appropriées au réseau de transport auquel elles s'appliquent ; à défaut, il est de notre responsabilité de vous informer qu'elles ne pourront être mises en œuvre et conduiront à la suspension de l'exploitation ».

 

Retour à l’envoyeur

 

Forts, visiblement, de leur connaissance du terrain, les dirigeants poursuivent : « Nous appelons donc les pouvoirs publics à définir un cadre général permettant une déclinaison locale en fonction des spécificités de chaque bassin de mobilité et des moyens à la disposition de chaque opérateur de transport, la diversité des situations ne se prêtant pas à l'édiction d'un cadre réglementaire contraignant, au niveau national ».

 

Et de conclure : « À défaut, nous considérons de notre devoir de vous informer du risque très élevé de trouble à l'ordre public qui conduira nécessairement à l'arrêt des transports publics pourtant indispensables à la sortie du confinement et la reprise de l'activité économique ».

 

La menace, rare à ce niveau, est claire, et vient peut-être rappeler à chacun que l’intendance ne peut pas toujours suivre.

 

Une fronde que l’exécutif ne peut en tous cas se permettre de négliger quand, presque en même temps, le 3 mai, plus de 300 maires franciliens dévoilent dans La Tribune un courrier adressé au président de la République dans lequel ils annoncent qu’ils « ne porteront pas la responsabilité de l’Etat dans une réouverture de l’école à marche forcée… »

 

 

 

 

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