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Jean-Philippe Lally, DG de la CTS

Propos recueillis le 8 avril 2020

 

La Compagnie des transports strasbourgeois (CTS) commence à réfléchir à la sortie de crise après avoir réduit sont offre à 35% et instauré une nouvelle organisation du travail. Interview de Jean-Philippe Lally, directeur général de la CTS.

 

 

Mobilités magazine : quelle est l’organisation actuelle des transports publics strasbourgeois ?

Jean-Philippe Lally : nous avons réduit l’offre à 30% en une seule fois, puis nous l’avons portée à 35% de manière ciblée pour répondre aux besoins des personnels soignants. Non pas par la création de services spécifiques mais en ajoutant des renforts aux périodes d’entrée et de sortie des établissements de santé et hospitaliers. Nous avons aussi un peu étendu le transport à la demande. Nous avons une amplitude de 6h à 20h, excepté pour les services pour les soignants qui fonctionnent de 5h à 22h. C’est un réseau un peu hybride. Par ailleurs, nous avons arrêté le tram qui dessert la ville de Kehl en Allemagne du fait de la fermeture de la frontière.

 

MM : quel est le niveau fréquentation aujourd’hui ?

JPL : la chute est spectaculaire. Nous transportons entre 10 et 15% de la clientèle qui s’élève en temps normal à 480 000 voyageurs par jour. Néanmoins, nous sommes confrontés à des usages du réseau que je qualifierais d’incivils. Il y a des personnes qui à l’évidence utilisent les transports publics pour contourner les restrictions de déplacement et le confinement. Aussi, avec les partenaires sociaux nous avons alerté la préfecture et la police pour signaler ces situations qui engendrent des problèmes dans les véhicules car il est difficile de maintenir les distances de sécurité. Depuis des contrôles sont organisés à intervalle régulier.

 

MM : quelle est l’organisation interne de la CTS ?

JPL : l’entreprise emploie 1570 salariés dont 990 conducteurs. A l’exploitation, les prises et fin de service ont lieu dans les dépôts. Chaque jour un peu plus de 400 conducteurs prennent le volant. Ils ont une durée de travail d’environ 60% de la normale. L’exploitation du tramway reste pour sa part inchangée. Au PC, nous avons adapté les effectifs sur la base d’un système de roulement pour limiter les risques de contagion. A la maintenance, nous nous sommes organisés pour pouvoir faire face aux pannes et difficultés diverses. Nous veillons au bon état des infrastructures et du matériel dans l’optique de la reprise normale du service. Nous avons par ailleurs mis en place tout un arsenal de moyens pour protéger nos salariés. Les véhicules sont désinfectés et aérés pendant 4h tous les jours. Nous avons distribué du gel et des masques.

 

MM : avez-vous recours au télétravail ?

JPL : oui, pour le personnel administratif qui a du travail. L’un des points positifs de cette crise est que nous constatons qu’il y a des outils technologiques qui permettent très naturellement de travailler en commun à distance. Nous réunissons par visioconférence des groupes de direction, des commissions d’appel d’offre. Nous découvrons que les outils digitaux qui sont des facteurs de confort en fonctionnement normal, deviennent des éléments essentiels et incontournables de communication quand on est en situation de crise.

 

MM : comment avez-vous géré cette crise ?

JPL : avant le confinement, nous avons créé un comité de crise car nous sentions que l’épidémie allait être difficile et générer de nombreuses questions. Ce comité est composé de représentants de la direction, de l’exploitation et des délégués syndicaux. La logique était décider ensemble des mesures à prendre et comment on les mettait en œuvre. Ce qui a permis de recueillir les alertes du terrain, de s’adapter à la situation, régler les difficultés. Ce dialogue permanent a permis de rassurer tout le monde sur le fait que les inquiétudes étaient prises en compte chaque jour.

 

MM : quelle est l’ambiance dans l’entreprise ?

JPL : l’ambiance est plutôt sereine. C’est en grande partie dû à ce comité de crise car dés le début nous avons tout partagé au quotidien de manière transparente. La difficulté nait du fait que nous commençons à poser les chiffres, regarder les comptes, remplir les dossiers de chômage partiel. Autant les relations avec les organisations syndicales relevaient jusqu’à présent d’un dialogue de collaboration de terrain et d’efficacité quotidienne, autant elles sont revenues sur le plan des négociations imposées par la pose de jours de RTT ou de congés.

 

MM : comment s’organise le quotidien aujourd’hui ?

JPL : nous avons commencé à envisager les problématiques qui se poseront lors de la reprise des services. Plusieurs difficultés sont à prévoir, notamment en matière de personnel. Nous aurons encore des salariés malades ou confinés. Par ailleurs, du fait de la suspension des formations et des recrutements, nous aurons un problème d’effectif car les personnes en fin de carrière auront pris leur retraite. Il faudra aussi reprendre les chantiers car la CTS est maître d’ouvrage délégué. Aujourd’hui, la construction de l’extension de la ligne F du tram est bloquée car les entreprises de BTP sont à l’arrêt. Il faudra prolonger certain matériel roulant que nous devions sortir du parc car les véhicules neufs nous seront livrés avec du retard. Nous devrons aussi reprogrammer les opérations de maintenance lourdes en matière de remplacement de voies.

 

MM : en quoi cette crise sanitaire est-elle particulière ?

JPL : de toute ma carrière, dont 11 ans passés à la CTS, je n’ai jamais été amené à gérer une telle crise. Nous avons tous dû régler des problèmes liés à des accidents, incendies, dommages, perte d’activité, perturbations de réseau. A chaque fois, les difficultés étaient ponctuelles, bien circonscrites dans le temps et portaient sue l’un ou l’autre des aspects de management du réseau. Les effets de la crise du Covid-19 sont aussi puissants sur l’exploitation, le social, le financier, les projets, la planification et le fonctionnement à court et moyen terme du réseau. Fin avril, nous aurons eu un mois et demi de remise en cause totale du fonctionnement du réseau et de l’entreprise.

 

MM : à ce jour, quelle leçon tirerez-vous de cette crise ?

JPL : il y a en effet, quelques motifs de satisfaction. Ce qui est rassurant c’est de constater que l’organisation de la CTS démontre sa capacité à faire face et être résiliente. Il n’y a pas eu d’affolement. Tout a été suivi, planifié, géré. C’est la démonstration que les organisations, les modes de fonctionnement, les procédures prévues en cas de crise sont efficaces.

 

MM : quelles seront les conséquences en matière économique et sur la fréquentation ?

JPL : tout dépendra de la durée de la crise. Dans tous les cas, ce sera une sacrée déflagration. L’impact sera nettement supérieur à 10 M€, hors compensation liée au chômage partiel. La fréquentation était en hausse de + 4% en 2019 et suivait cette tendance début 2020. Je pense que la pertinence du transport public et de toutes les solutions de déplacement responsables sera renforcée par ce que l’on constate tous aujourd’hui : une pollution moins importante. Par ailleurs, nous n’avons jamais autant entendu chanter les oiseaux en ville ! C’est la démonstration que les mobilités collectives et douces peuvent nous aider à mieux vivre en ville.

 

MM : le recours massif au télétravail pendant cette crise peut-il à plus long terme avoir un impact sur la mobilité en général ?

JPL : cela peut, en effet, avoir un impact sur le nombre de déplacements. Avec le télétravail, nous avons constaté que nous pouvons faire un certain nombre de choses sans sortir de chez soi, y compris pour l’encadrement. Jusqu’à présent on se déplaçait dans nos différents sites pour des réunions de trois ou quatre personnes. S’agit-il de déplacements responsables ? Pas si sûr ! Nous sommes en train de nous dire que ce type de réunions pourra être organisée en visioconférence. Le télétravail est une solution pour réduire les temps de déplacement. Je pense que cette crise aura un certain nombre d’impact sur l’organisation du travail et des entreprises.

 

 

 

 

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