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Gratuité : le modèle lyonnais fait école au Sénat

Devant la surenchère des candidats en vue des prochaines élections municipales, le Sénat a commandité une mission d’information sur la gratuité des transports collectifs urbains.

 

Lors de son audition, sa présidente, Michèle Vullien, sénatrice du Rhône et par ailleurs administratrice du Sytral, n’a pas manqué de valoriser l’exemple lyonnais.

 

A Lyon, comme ailleurs, la question des tarifs des  transports publics devient un enjeu électoral prioritaire. Les deux candidats déclarés aux prochaines élections n’ont pas manqué de se positionner chacun sur une baisse significative du prix des abonnements.

 

En France, une vingtaine d’autorités organisatrices se sont même prononcées sur une gratuité totale. Par exemple, pour la maire de Nantes, Johanna Rolland (PS), le coût de la gratuité totale a même été chiffré à 70 M€, ou à 15 M€ pour une gratuité partielle, les week-ends.

 

Lors de l’audition de cette mission d'information au Sénat le 18 juin 2019, les professionnels ne se sont pas montrés favorables à la gratuité totale des transports publics urbains.

 

« La gratuité, c’est la désorganisation complète du marché, l’absence de la connaissance de l’offre et de la demande, a argumenté Jean-Sébastien Barrault, président de la Fédération Nationale des Transports de Voyageurs (FNTV). De plus, le système de la délégation de service public serait sans doute commué en marché public ».

 

Claude Faucher, délégué général de l’Union des Transports publics et ferroviaires est allé dans le même sens : « dans le cadre d’une politique environnementale, nous sommes favorables à une tarification solidaire, issue du Conseil National de la Résistance. Mais pas à la gratuité, en ville et pourquoi pas dans les TER ?  les TGV ?... Et qu'en sera-t-il des versements transports des entreprises ? C’est une mauvaise réponse à une vraie question ».

 


Lyon, 100 000 Tick’air vendus lors du dernier pic de pollution

 

En clôture des débats, Michèle Vullien a illustré l’exemple lyonnais qui s’est toujours montré défavorable, lors des pics de pollution, à fournir un accès libre et gratuit au réseau lyonnais : « trop cher et injuste par rapport aux abonnés ».

 

Les chiffres délivrés par le Sytral à l’issu du pic de pollution de ce début d’été lui donnent raison. La population semble avoir adhéré à l’offre Tick’Air (3€ pour un jour d’accès) qui a déjà séduit plus de 100 000 usagers, assortie d'une augmentation sensible de l’offre sur les modes lourds : métro, tramway, funiculaires…

 

 

L’étude du LAET

 

Pour conforter cette politique, le Laboratoire d’Aménagement Economie Transport (LAET) vient de livrer fort opportunément une étude qui conforte ces choix.

 

Elle relève tout d’abord que la plupart des villes qui ont adopté ce principe de gratuité sont d’une taille inférieure à 100 000 habitants, et que l’impact sur la fréquentation est à mettre sur un effet de rattrapage avec un niveau très bas (moins de 30 voyages par an et par habitant contre 330 sur le réseau TCL).

 

Ainsi, la question principale reste donc de savoir quel serait l’impact de la gratuité sur la fréquentation du réseau. Selon le LAET, la fréquentation pourrait augmenter à Lyon de 15 à 30%, ce qui poserait des problèmes de saturation de l’offre existante sur certaines lignes en heures de pointe et nécessiterait de nouveaux investissements.

 

 

Déficit annuel triplé à minima

 

Toujours selon le LAET, ce gain de fréquentation proviendrait plus de la marche à pied et du vélo, dont les parts diminueraient, que d’un transfert en provenance de la voiture. Les simulations financières montrent aussi que, dans le cas d’une hausse de 15% de la fréquentation, le déficit annuel serait triplé, passant de 160 à près de 490 M€, pour une mise en œuvre en 2019, et à plus de 580 M€ en 2030. Bien sûr, dans le cas d’une hausse de la fréquentation de 30%, ce déficit serait encore plus important.

 

Dans les deux cas, des investissements supplémentaires de capacité seraient indispensables, en raison des risques de saturation en heures de pointe. Mettre en œuvre cette mesure nécessiterait, en outre de porter le Versement Transport à son taux maximal de 2%, mais aussi de ré-endetter le Sytral, en absorbant bien plus que sa capacité d’autofinancement.

 

Enfin, il faudrait plus que tripler la participation financière des collectivités locales, et cela chaque année tant que la gratuité sera appliquée. L’impact de la gratuité totale, dans l’hypothèse d’une croissance de 15% de la demande serait considérable.

 

Rien qu’en 2019, la contribution des collectivités membres devrait s’accroître de 328 M€, ce qui représente 74% de la masse salariale de la métropole ! Le risque est grand que ces dernières ne soient pas en mesure d’assurer une telle augmentation de leurs contributions annuelles, et que la conséquence en soit une remise en cause de la stratégie de développement de l’offre.

 

Non seulement le cercle vertueux du financement du réseau TCL serait remis en cause, mais la probabilité serait grande d’être contraint à des réductions d’offre, à un arrêt des investissements et donc à un déclin du réseau. La gratuité totale n’est donc pas une mesure pertinente et efficace dans le cas du réseau TCL, conclut l’étude du LAET.

 

 

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