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RNTP à Nantes

Les outils de la révolution

Hubert Heulot

30/10/2019

Le rendez-vous biannuel des collectivités et des opérateurs de transport public, début octobre, à Nantes, a permis de constater qu’ils ont tout à changer ou presque sur tous les fronts. Ce qui ressemble bien à une révolution.

« Il est très important pour nous de sentir l’appui du gouvernement ». Lancée à Jean-Baptiste Djebbari, secrétaire d’Etat aux transports, ce 1er octobre 2019 par Jean-Pierre Farandou, alors président de l’Union des Transports Publics, cette supplique n’a jamais paru avoir autant de sens.

Car, à Nantes, le transport public, sûr de son importance mais pas de ses moyens pour relever les défis qui se présentent à lui (être utilisé par les plus démunis et les plus éloignés de lui, comme les Gilets jaunes, et réaliser la transition climatique et énergétique) a paru chercher sa voie.

 

La gratuité au cœur des préoccupations

Premier aveu, une de ses grandes hantises a dominé les débats. Celle de la gratuité des transports publics. Qu’après les prochaines élections municipales, beaucoup d’élus l’imposent. « Ce sera un des sujets étendards des Municipales, note Louis Nègre, président du Groupement des autorités responsables de transports (GART). Sujet de beaucoup de passions et d’idées préconçues. C’est pourquoi nous avons mené l’enquête dans les villes où la gratuité a déjà été mise en place. Avantages, conséquences, conditions de réussite, nous avons objectivé le débat ».

 

L’étude a été dévoilée pendant le salon*. Elle a permis à presque tous d’affirmer : « La gratuité seule favorise moins la mobilité que ne le font les investissements dans le transport et les services de mobilité ». En ce sens, c’est une fausse bonne réponse aux Gilets jaunes. Dont certains ont fait remarquer que le coût des transports publics n’arrivait qu’en 4e place dans leurs préoccupations, derrière en premier lieu, leur existence et l’abondance et la qualité des services.

L’étude du GART fait désormais office de manuel pour une gratuité éclairée* pour tous les candidats aux élections municipales, y compris ceux, comme à Calais qui comptent être réélus après l’avoir lancée (1er janvier).

Dans le transport public, le financement demeure un bon sujet de déclarations d’estrades. Versement mobilité sanctuarisé dans la Loi d’Orientation des Mobilités, pour le secrétaire d’Etat aux transports, ou TVA toujours trop haute pour les collectivités.

« Elle est passée de 19 à 7 % en Allemagne », mentionne Louis Nègre. Ceci d’autant que les besoins explosent. « La mobilité est un sujet qui monte. Notre premier défi est d’augmenter l’offre », rappelle le représentant local des Régions, Roch Brancour, Vice-président transports des Pays de la Loire. « Les grandes villes ont besoin de faire alliance avec les territoires autour d’elles », estime Johanna Rolland, la maire de Nantes.

Dans ce contexte voici quelques solutions glanées au hasard dans le salon pour affronter les petits et grands défis de l’heure. Plus celles livrées en interviews par Keolis et Transdev, deux grands opérateurs.

 

L’ouverture des TER à la concurrence

La location plutôt que la possession des trains à l’heure de l’ouverture de la France ferroviaire à la concurrence ! L’européen Alpha Trains, en apporte l’exemple. Son siège est au Luxembourg et il est déjà actif dans beaucoup de pays européens : Allemagne, Belgique, etc. Il loue ses trains à de nombreux opérateurs. Il répond aussi lui-même à des appels d’offres. Comme il a expliqué l’avoir fait pour l’appel à manifestation d’intérêt, lancé sur place, à Nantes, par la Région des Pays de la Loire.

Le numérique

 

Domaine transversal s’il en est, bousculant toutes les citadelles technologiques du « monde ancien ». Avec, hormis son insertion dans les véhicules, en particulier bicyclettes et trottinettes (voir ci-dessous), bien de nouveaux domaines d’applications prospères :

  • La donnée de déplacement : sa collecte, son traitement, les résultats, leur mise en forme. Les spécialistes ne manquent pas sur ce vaste chantier, mené d’abord par les opérateurs de transport eux-mêmes. Parmi d’autres, Entropy. C’est un « fusionneur » de données multi-sources, issu de l’industrie automobile. GPS, données téléphoniques, transport public. « Les opérateurs en génèrent beaucoup mais ne savent pas trop les traiter », estime Entropy. Il propose son logiciel d’intégration de toutes ces données personnelles. Avec quelques postulats : la mobilité est liée à son lieu d’habitation, à son territoire et à la façon dont on s’y déplace ; 85% des déplacements se répètent. L’intelligence artificielle permet un « apprentissage profond » des mobilités sur un territoire. De quoi ringardiser les enquêtes origine-destination.

 

  • La billettique : Par le biais des applications dans les téléphones portables mais bien avant cela, déjà dans les cartes de transport et mêmes des cartes bancaires, le numérique bouleverse tout. Plus encore, l’utilisation des réseaux internet et des réseaux 3G, 4G, bientôt 5G. Tous les fabricants de billetterie pour les transports sont sur le pont de ces nouvelles technologies. Les anciens, mettant toute l’information qui nous concerne dans la carte de transport que nous sortons de notre poche et les nouveaux, la logeant dans le Cloud**.Avec quelques défis à la clé : vraiment simplifier notre accès aux transports publics ; le rentre facile quand l’on passe d’une ville à une autre partout dans le monde.

 

  • L’exploitation : Les outils numériques, notamment le smartphone, pour la communication, n’ont pas fini d’améliorer l’exploitation des entreprises de transport. A la pointe de la technologie figurent les algorithmes d’aide à l’exploitation intégrant les multiples contraintes qui pèsent sur elle à l’échelle d’une entreprise, d’un groupe de sociétés, avec ses multiples dépôts et leur flotte.

 

Transition énergétique

Hormis l’évolution dans la motorisation des véhicules, présentée par les constructeurs, (voir Mobilités Magazine N°31), elle occupe tous les esprits, d’abord autour des infrastructures d’accès (réseaux, stations) aux énergies plus propres, électricité, gaz, hydrogène, les projets fleurissent.

 

Initiative originale, la FNTV des Pays de la Loire a dévoilé, une carte des lignes de cars en relation avec les stations de gaz de la Région, comme l’a fait la Région Auvergne-Rhône-Alpes il y a un an.

L’information primordiale, donnée par la carte est la distance que les cars auraient à parcourir vers la station la plus proche - huit existantes, cinq en projet - pour s’approvisionner avant ou après la fin de leur parcours. Constamment réactualisée, au fil des créations de lignes ou de stations (trente prévues à moyen terme sur le territoire), cette carte sera l’outil d’aide à la décision de la Région quand elle fera basculer ses lignes interurbaines au gaz, comme elle en a l’intention.

 

Le vélo, 5 grandes tendances

 

Dans un salon comme les RNTP, fréquenté par les collectivités territoriales, le souci de la transition énergétique passe aussi par les déplacements autres qu’en voiture, bus ou tramway. Et d’abord à vélo.

Première grande tendance, le vélo en libre-service (VLS) se « démocratise ». Au-delà de JCDecaux, Smoove, toujours là, de nouveaux acteurs le propose à moins cher. Il devient accessible à des villes moyennes, petites et mêmes aux jeunes communautés de communes novices dans leur compétence transport.

Premier allègement de la facture, les stations ne sont plus aménagées mais posées, donc plus besoin de travaux de voirie. Raison principale, le vélo devient autonome. Il est immobilisé par blocage interne de sa direction, accroché à l’aide de câbles à n’importe quel appuie-vélo.

Seconde raison, son accès et sa surveillance dans des périmètres surveillés, passent par les applis sur smartphone et par le tableau de bord du vélo lui-même. Plus d’équipement en station. Alors que JCDecaux avait établi certaines normes autrefois autour d’un coût pour les collectivités de 3000 € par an et par vélo, Ecovélo annonce 1500 €, Indigo Weel 600 €. Des solutions de VLS sont maintenant référencées par la Centrale d’achat du transport public (CATP).

Vélo ou scooter électrique de fonction 

Deuxième grande tendance, au-delà du VLS, la variété des autres formes d’accès au vélo en ville : location de longue durée, achat personnel, flottes d’entreprises, avec pour accessoire vedette l’assistance électrique. Mais l’engouement commence à se stabiliser. En revanche, émerge à grand pas la demande de vélos utilitaires ou vélos-cargos, avec tous les problèmes de stationnement qu’il pose chez ses propriétaires et sur les trottoirs.

Troisième tendance, les entreprises se mettent au vélo. Le numéro un de la vente de vélos en France, le lyonnais Cyclable (et ses 54 magasins) fait de ce nouveau marché une priorité. L’engouement est important, à Paris comme en province, du plus grand groupe (Orange) à la plus petite société. Même si les devis ont du mal à se transformer en commandes, en dépit des offres de location de flottes, tout compris (vélos, racks à vélo, stations de gonflage, entretien, assurance).

« Tout le monde se voit avec une voiture de fonction pas encore avec un vélo électrique ou même un scooter électrique de fonction », résume Jean Gadrat, PDG d’Indigo Weel, lui aussi sur ce marché. Pour Guillaume Mimeur, chez Cyclable, « personne n’aime pas le vélo mais tout le monde n’adhère pas ». La raison ? Les villes ne sont pas non plus encore tout à fait faites pour le vélo. La sécurité dans la circulation et le stationnement restent deux obstacles à surmonter.

Quatrième tendance, le vélo « numérique » existe. Les applications de calculs d’itinéraires et d’ « utilisation » des villes à vélo, initialement adoptées à titre personnel par les adeptes du vélo, se font une place dans les applis des villes et des opérateurs de transports publics. Exemple : Geovelo, repris notamment par Keolis.

Cinquième tendance : le développement du stationnement à grande échelle et des services au vélo, dans le cadre des plans vélos instaurés dans beaucoup de villes. Lille, Strasbourg, Grenoble se dotent de parkings à vélo sécurisés de plusieurs centaines de places, équipés de stations de gonflage, de lavage, de bornes de recharge de stands de réparation. Avec des emplacements aussi pour les triporteurs et les « cargos ».

C’est l’équivalent de parkings à voitures, avec vidéosurveillance aussi. « Le vélo est plébiscité comme moyen de transport », estime Fabien Ripaud de chez Altinnova, un des principaux fournisseurs en France de parkings et d’abris à vélo. La preuve : une station de gonflage est installée rue de Rivoli à Paris… Des abris vélos sécurisés s’installent aussi de plus en plus dans des enceintes privées : entreprises, administrations, écoles.

On les trouve aussi de plus en plus aux points de « ruptures de charges » dans la chaîne des transports : gares, pôles d’échanges multimodaux. Sous-phénomène, l’essor des « mini-box » résidentiels, sur les trottoirs ou à même d’ex-places de stationnement reconverties. Posés, donc pas besoin de génie civil ! Cerise sur le gâteau, elles sont autonomes grâce à des panneaux photovoltaïques. Pas besoin de branchement.

Elles apportent une réponse à l’absence de parkings à vélos dans les résidences et les immeubles. Grenoble les installe déjà à la demande. Ces équipements sont aussi référencés à la CATP.

 

Les micro-mobilités

 

La trottinette fait figure de nouvelle coqueluche des déplacements urbains, en dépit de ses déboires en free-flotting. « Nous proposons des trottinettes en libre-service, comme il y a du vélo en libre-service, avec nos stations et notre propre application qui a vocation à trouver sa place dans le Maas des villes », explique Polina Mikhaylova, co-fondatrice de Knot, entreprise strasbourgeoise.

Knot a essentiellement deux installations-phares à son actif, à Plaine-Couronne et à Montrouge. Dans l’esprit de Polina Mikhaylova, la trottinette électrique arrive, en tant qu’outil du « dernier kilomètre », en complément du vélo pour des trajets généralement plus courts.

Mais une fois apprivoisée, elle va plus vite que le vélo. Sa cible ce sont aussi « ceux qui ont peur à vélo en ville ». Elle coûte moins cher en termes d’installations nécessaires à mettre en place, pour la partager, que le vélo. Elle devrait, selon Polina Mikhaylova, intéresser des communes de 3000 et 4000 habitants. Enfin, en dehors d’une recharge à domicile, la trottinette se recharge aussi en station.

 

 

*https://www.gart.org/actualite/les-enseignements-du-gart-sur-la-gratuite-des-transports-publics/

**Voir le supplément Mobilités Magazine Thématique N°3 sur les nouvelles technologies.

 

Interview/Thierry Mallet, PDG de Transdev

Nous avons des solutions pour les zones peu denses

Propos recueillis par Hubert Heulot

Mobilités Magazine : Les RNTP sont l’occasion de rencontrer beaucoup de clients français. Quel message leur avez-vous passé ?

Thierry Mallet : Que nous avons des solutions techniques à leur proposer. Notamment pour répondre aux inquiétudes nées de la crise des gilets jaunes. La première est ferroviaire. Si la qualité de service est au rendez-vous et je ne suis pas sûr qu’on l’ait encore en France. Nous avons l’expérience, en Allemagne, de petites lignes, fonctionnant de 4h du matin à minuit ont vu leur fréquentation passer de 500 à 2300 personnes par jour. Ce qui compte, sur les petites lignes, c’est qu’elles existent. Il leur faut de la fréquence, pas de la vitesse. Rouler à 80 ou 90 km/h suffit. Dans ce sens-là, elles ne représentent pas des dépenses pharaoniques. En dehors du train, il y a d’autres solutions, comme le bus pour remplacer la voiture à la périphérie des villes. A Briis-sous-Forges, dans l’Essonne, il y a un parking. Nous sommes à 50 km de Paris. Une navette en bus en part toutes les dix minutes, sur voie dédiée, vers Massy. Elle fonctionne du feu de Dieu. Il y a toutes sortes de solutions à trouver aussi autour de petites lignes locales de véhicules à 9 places. Nous avons une belle expérience de ce type en vigueur, aux Pays-Bas : les Buurtbus.

 

MM : Et le covoiturage ?

TM : Il ne décolle pas encore. Le forfait mobilité de la LOM y aidera. Mais il ne résoudra qu’une partie des problèmes de mobilités dans les entreprises.

MM : Sur la transition énergétique, sur le numérique, le Maas, les données que dîtes-vous à vos clients ?

TM : Nous avons des exemples forts qui fonctionnent dans toutes les nouvelles énergies. L’hydrogène à Lens, avec Safra, c’est de la production française. La ligne de cars électriques entre Aix et Toulon, entre Aix et Avignon, etc. Autre sujet de l’heure, le transport public autonome, arrive. Nous lançons bientôt un véhicule autonome à Saclay dans des couloirs réservés aux bus. A propos du Maas, les collectivités locales doivent prendre la main. Elles doivent avoir le dernier mot sur les données de déplacement. Il y va de la qualité de desserte de leurs territoires. Nous nous sommes beaucoup battus pour cela dans le cadre des discussions de la LOM pour cela. Ce n’est pas à la SNCF, la RATP ou Google de leur imposer leur Maas.

 

 

Interview/Frédéric Baverez, directeur France Keolis

L’intelligence artificielle, c’est aujourd’hui !

Propos recueillis par Hubert Heulot

Mobilités Magazine : Les RNTP sont l’occasion de rencontrer beaucoup de clients français. Quel message leur avez-vous passé ?

Frédéric Baverez : Que l’idée en vogue de gratuité était la principale menace pesant aujourd’hui sur le transport public. Nous avons partagé notre argumentaire contre cette fausse bonne idée avec eux.

 

MM : C’est toujours une mauvaise idée ?

FB : La gratuité ne sert pas la mobilité. C’est l’offre de transport public. Et c’est ce que demandent les usagers.

 

MM : Et sur les grands dossiers comme la transition énergétique, les données de déplacement, le Maas ?

FB : Nous insistons auprès d’eux sur deux sujets : la Data et l’intelligence artificielle. L’utilisation des données va faire faire des économies. Par maintenance prédictive, par exemple. Dans un bus, 40% des pannes viennent des portes. A Rennes, des capteurs sur toutes les portes nous ont permis de ne plus d’entretenir moins souvent les deux du fond du véhicule moins utilisées que les autres. A Lille, Lyon, Rennes encore, nous surveillons ainsi nos escalators.

 

Le véhicule autonome, c’est aussi du traitement de données. A Lyon, d’ici la fin de l’année, des navettes autonomes permettront de relier trois zones de la vallée de la chimie sur des modes de transports lourd.

Autre exemple de traitement de données, nos algorithmes tournent pour deux innovations. D’abord le transport à la demande dynamique. Rassembler des voyageurs sur des lignes déclenchées quand ils le demandent, il y a cinq ans, nous leurs demandions de réserver deux jours avant. A présent, c’est en temps réel. Une heure ou deux, j’appelle ça du temps réel. Autre sujet, le traitement de la voix. Plus exactement le transport public commandé et personnalisé par la voix : c’est un « coach de mobilité » que nous avons testé à Dijon et lançons en ce moment. Il peut être téléchargé sur n’importe quel portable. Le progrès qu’il apporte, c’est de ne plus obliger le voyageur à écrire sur son téléphone mais à le commander par la voix pour ce qui est de son transport public. Grâce à l’intelligence artificielle « dialogue » de mieux en mieux avec lui. A Dijon, des clients allaient au-delà de la demande d’itinéraire. Ils disaient : « appeler l’agence ». Sous-entendu : du réseau. L’appli le fait pour lui. Cette simplification dans l’accès aux transports public intéresse aussi aussi les personnes plus âgées.