• Jean-Philippe Pastre

Que les modes doux le demeurent


21/09/2021 - En cette 20e édition de la Semaine Européenne de la mobilité, plus encore qu'aux vélos, la mode est aux « engins de déplacement personnels ». Il y a la trottinette, outil indissociable des métropolitains écologiques-alternatifs-et-citoyens mais aussi les hoverboards, skateboards, mono-roues, gyropodes, patins à roulettes et bientôt peut-être (qui sait ?) déambulateurs électriques.


Si ces modes supposés « doux » se contentaient de choisir un camp, trottoir ou chaussée, la vie en ville serait plus « lisible » pour les infortunés piétons. A l'image de ces VTTistes, Ubérisés ou non, qui sautent d'un espace à un autre de façon imprévisible, les adeptes de ces engins à roulettes n'ont qu'une seule ligne de conduite : la leur !


Ils ont beau revendiquer, et être adoubés politiquement, comme utilisateurs de modes « citoyens », le concept de civisme leur semble souvent étranger.


Ce consternant résultat est le fruit d'une accumulation d'erreurs, de lenteurs administratives et de discours « politiquement corrects ». Erreur d’abord avec l'adoption du texte de loi n°85-677 du 5 juillet 1985, dit loi Badinter, qui crée le concept juridiquement discutable de « responsabilité sans faute » pour les conducteurs d'engins motorisés en cas de dommage à un usager de la route dit « faible » (comprendre : non motorisé).


Celui-ci sera toujours indemnisé, même s'il est la cause de son propre dommage du fait d'une imprudence ou d'une négligence. Un effet pervers immédiat fut une hausse considérable du coût des assurances pour les véhicules à moteur (avec un corollaire : l'augmentation du nombre de défauts d'assurances).


La situation actuelle en est aussi un legs tardif. En effet, cela a contribué à ancrer dans les esprits de certains irresponsables sus-mentionnés, que quoi qu'ils fassent, ils seraient toujours hors de cause et indemnisés. La notion de responsabilité individuelle s'était perdue.


Un statut juridique tardif


Deuxième erreur : la lenteur bureaucratique française, qui n'a défini le statut juridique de ces engins de déplacements personnels qu'au travers de la Loi d'Orientation des mobilités n°2019-1428 du 24 décembre 2019. La Sécurité Routière n'ayant fini par créer une sous-catégorie liée à ces engins qu'en 2020.


Car il serait bon également de savoir qui (ou quel engin) est à l'origine des accidents subis par les cyclistes et piétons. Histoire que ce ne soit pas, comme à chaque fois, l'automobiliste ou le conducteur d'autobus, d'autocar ou de camion qui soit désigné coupable d'office.


Une consultation rapide des fils d'actualités sur internet montre que ces accidents dûs aux « modes doux » font désormais partie intégrante des rubriques faits-divers des journaux locaux, voire nationaux pour les plus spectaculaires.


Même le « tunnel modes doux » de la Croix-Rousse à Lyon a connu quelques accidents corporels très graves entre 2017 et l'été 2021, avec notamment des collisions frontales.


Le piéton oublié ?


Entre-temps, l'anarchie s'était installée, bien aidée en cela par le discours officiel glorifiant les « modes doux » et les faisant passer pour des parangons de vertus (au moins supposément écologiques).


Au point que le Fonds de garantie des assurances obligatoires de dommages s'était alarmé en juin 2019 en découvrant que certains prestataires de trottinettes et libre-service n'avaient pas souscrit d'assurances en responsabilité civile.


Ne parlons pas des particuliers, qui méconnaissent les dispositions de l'article L211-1 du Code des Assurances ! Après avoir envahi, dans une anarchie quasi-totale et une impunité absolue, la voirie, les voici désormais à la conquête des transports publics.


Autobus, tramways, métros et trains ne peuvent même plus constituer de lieu refuge pour les bipèdes. Et ne vous avisez pas de suggérer le repli de la trottinette traînant dans le couloir, ou le remisage de l'hoverboard ou du skateboard squattant la banquette ou le siège : vous risqueriez, au mieux un regard méprisant et incompréhensif, au pire d'être traité de vieux-réac-pas-inclusif…