• Jean-François Bélanger

Lyon-Turin : la France accentue son retard


13/05/2022 - L’Italie vient de confirmer la réalisation des voies d’accès au tunnel transfrontalier en vue de sa mise en œuvre dès 2030. La question des voies d’accès du côté français reste au point mort.


En fin de semaine dernière, Calogero Mauceri, commissaire du gouvernement en charge du dossier Lyon-Turin, a signé l’ordonnance autorisant RFI, homologue transalpin de SNCF Réseau, à développer le projet définitif des voies d’accès italiennes au tunnel transfrontalier.


Elle confirme la volonté de l’Italie de livrer les 50 kilomètres des voies d’accès de la section italienne au moment de l’ouverture du tunnel transfrontalier, c’est-à-dire en 2030.


Les Italiens pourront ainsi bénéficier de l’aide de l’Union Européenne à hauteur de 50% pour des travaux estimés à 1,9 Md€. C’est une étape et une avancée majeure du côté italien au moment où le dossier patine du côté français.


Certes, le chantier des voies d’accès y est plus long, d’environ 150 kilomètres, mais aujourd’hui, le discours qui tient la corde serait plutôt favorable à une modernisation des voies ferrées classiques entre Dijon et Modane, un chantier qui, de toute façon, ne serait pas éligible à des financements européens.


Et ce alors que cette portion entre Lyon et l’entrée du tunnel transfrontalier en Savoie, a été déclarée d’utilité publique en 2013.


Au terme d’une nouvelle séquence d’études engagée en 2019 par la préfecture Auvergne-Rhône-Alpes, l’Etat était censé officialiser fin mars le choix d’un scénario de première phase…



La France moins ambitieuse que l’Italie


Selon le Comité pour la Transalpine, les aménagements Dijon-Modane ne sembleraient pas susceptibles de s’aligner sur les caractéristiques techniques qui reposent sur une exploitation prévoyant une capacité de 162 trains de fret par jour, soit 25 millions de tonnes par an basculées de la route sur le rail.


Ils se limiteraient, lors de la mise en service du tunnel transfrontalier, à une capacité fret de 10 millions de tonnes par an avec moins de 100 trains par jour, soit des objectifs très inférieurs à ceux actés par le projet développé côté italien.



« Nous saluons cette décision qui traduit une forte dynamique d’accélération du projet côté italien tout en soulignant à nouveau l’urgence d’une prise de décision concernant la section française. Cela fait longtemps que nous alertons sur cette désynchronisation des différentes sections qui compromet les ambitions écologiques et économiques du programme » rappelle Jacques Gounon, président du Comité pour la Transalpine.


Il insiste sur l’urgence de cette décision, qui doit nécessairement s’accompagner d’une clarification du calendrier et de l’enclenchement rapide du processus de réalisation des travaux.


L’enjeu de la section française est de garantir la massification et la fluidité des trafics sur l’ensemble de l’itinéraire Lyon-Turin, en assurant sa connexion aux grands corridors européens.


Et surtout de ne pas nuire à la performance du tunnel transfrontalier par des voies d’accès non compétitives. La réponse sera-t-elle apportée lors des Connecting Europe Days qui doivent se tenir en juin à Lyon ?