• Jean-Philippe Pastre

Les autobus, cette nouvelle race d'automobiles !


22/09/2021 - Avez-vous remarqué combien dans certaines municipalités, et malgré l’amour qui leur est souvent déclaré en pleine Semaine européenne de la mobilité, les autobus sont bien considérés ? Ils ont par exemple vu disparaître leurs couloirs et voies réservées ces derniers mois au prétexte de la création de coronapistes.


Les traminots et passagers peuvent légitimement prendre ces dernières en grippe, car l'autobus n'a plus comme recours que la voie routière banalisée. Une voirie que les municipalités (élus et services techniques) auront préalablement pris soin de congestionner.


Le transport public, censé être promu, se trouve ainsi paradoxalement pénalisé. L'ADEME a, dans ce sens, le 20 septembre 2021, mis en avant les mérites des actions visant à la piétonnisation et la restriction des voies de circulation pour (théoriquement) « améliorer la qualité de l'air extérieur par une modification du trafic routier en milieu urbain ».


Les cyclistes et autres usagers « à roulettes » devraient donc avoir droit aux anciennes emprises dédiées aux autobus et taxis, créant de fait de véritables « autoroutes » cyclables.


Certains iront même jusqu’à dire qu’ils pourront désormais à loisir renverser à pleine vitesse piétons et clients des transports publics montant ou descendant de l'autobus dont l'arrêt est traversé par ces axes. Certains aménagements, quais de Seine à Paris, ou à Lyon, sont à cet égard emblématiques.


Quoi qu’il en soit, rapporté au nombre de voyageurs/heure entre transport public et vélos, on serait aussi curieux de voir le réel rapport coût/bénéfice de telles initiatives pour la collectivité.


Qui paiera réellement la note ?


La sécurité des piétons et passagers des transports publics n'est pas la seule menacée. Pour les exploitants et conducteurs, le respect des horaires ou fréquences de passage devient un véritable casse-tête. Et cela finit par avoir un coût : une ligne de bus engluée dans le trafic, pour tenir les horaires, exige en effet des courses supplémentaires.


Qui dit courses supplémentaires dit en substance autobus et conducteurs en plus ! Une broutille à 500 000€/an/autobus (coût machine et heures de travail supplémentaires). Tout ceci pour un bénéfice nul, puisqu'il ne s'agit pas d'améliorer le service mais de seulement en limiter sa dégradation !


La dernière marotte du moment consiste aussi en l'extension des zones 30 km/h. Après Grenoble, Paris, Strasbourg, Lyon s'y prépare. Certes, l'exploitation en heure de pointe (déjà bloquée), n'est pas impactée. En revanche, les temps de parcours en heures creuses peuvent « prendre cher ».


Ainsi, un très grand réseau de province a fait dans son département Méthodes une petite estimation. Le passage en zone 30 sur toute la commune induirait sur les lignes entre 1 et 9 minutes supplémentaires par course ! Tout dépend, évidemment, de la longueur de la ligne.

Ne croyez pas que la minute soit anodine. En exploitation, elle peut impacter les temps de battement, voire de repos, comptabilisés aux conducteurs-receveurs. Et c'est toute la grille horaire qui doit alors être revue !


La même étude, confidentielle, révèle que pour ce réseau, le passage de la commune-centre en zone 30 représenterait 2 à 5 M€ par an de surcoût.


Les relations entre exploitants, leurs Autorités Organisatrices et les services municipaux (ou métropolitains) de voirie n'ont pas fini de se tendre. Pas sûr que le vert soit vraiment la couleur de l'harmonie et de la paix...


Photo : © 94.citoyens.com.