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  • Hubert Heulot

Les affres de Saint-Nazaire au sujet de l’hydrogène



27/04/2021 - La ville de Saint-Nazaire doit d’ici septembre prochain choisir l’énergie propre qui alimentera ses bus jusqu’en 2040. Mais elle n’obtient pas pour le moment assez de garanties sur certaines énergies, notamment du côté de l’hydrogène.


Ville moyenne de 76 000 habitants, industrielle et restant selon son maire (PS), David Samzun, « agréable à vivre », Saint-Nazaire attire sans cesse de nouveaux habitants. « Sur la politique des transports, nous ne pouvons pas traîner ! », en conclut-il. Pour cela, il proposera bientôt un relèvement du versement mobilité.


Alors qu’un bus à haut niveau de service (BHNS), en marche depuis 2012, arrive à saturation, il annonce deux autres lignes pour 2025. A la clé, un peu plus d’une trentaine de bus à acheter, au moins dans un premier temps. Dont une quinzaine pour remplacer les bus au gazole Euro VI de la première génération de BHNS. « Nous voulons choisir une énergie du futur, propre de bout en bout », précise-t-il.


Une seule énergie


Traduction pour Jean-Jacques Lumeau, son vice-président aux transports : ce seront des bus « zéro émissions ». Gaz hors-jeu, restent les bus électriques ou à hydrogène. Pour lesquels il n’obtient pas, pour le moment, les assurances qu’il recherche.


Il précise le problème : « nous choisirons une seule énergie, disposant d’un réseau de transport trop petit pour envisager un mix-énergétique. Notre dépôt doit être augmenté pour les véhicules arrivant en 2025. Il sera équipé pour cette seule énergie. En comparaison, Pau, lorsqu’elle a choisi son bus à hydrogène, n’avait pas, comme nous, l’obligation de tout faire basculer sur l’hydrogène ».


Deux projets locaux de production d’hydrogène


Jean-Jacques Lumeau, vice-président en charge des Transports de l’agglomération de Saint-Nazaire : « nous comparerons aussi les empreintes carbone de l’électrique et de l’hydrogène »

Pression supplémentaire, Jean-Jacques Lumeau entend faire son choix d’ici septembre, visant en cela les aides publiques de l’Etat et de la Région des Pays de la Loire dans l’achat de bus à « zéro émission ». Même si elles ne s’appliquent pas pour le moment à des véhicules articulés.


« Pour arrêter notre position, nous oscillons en permanence entre un choix qui sécurise notre réseau à long terme et notre désir d’innovation, car nous sommes, de plus, un territoire d’innovation », ajoute Jean-Jacques Lumeau.


Presqu’un regret dans sa bouche, car EDF d’un côté, Engie de l’autre, chacun accompagnés d’une kyrielle d’acteurs industriels et institutionnels, mènent localement deux projets de production d’hydrogène vert. Tous les deux sont soutenus par l’ADEME. L’un l’est même par l’Europe.


« Notre décision est très attendue par ces porteurs de projets, parce que parmi les nombreux équipements en développement à base de propulsion électrique à partir de l’hydrogène, navires, grues, barges de distribution fluviale, nous sommes les seuls, avec nos bus, à garantir un débouché pour 100 kg d’hydrogène par jour », explique Jean-Jacques Lumeau.


Il est en discussion avec eux, en particulier pour adapter le système de distribution aux bus de l’agglomération.


L’électrique, technologie plus avancée


Mais son premier souci, du côté de l’hydrogène, c’est le manque de véhicules : « Safra ne fait pour l’instant que des 12 m, nous voulons des bus articulés. Nous serions plus à l’aide si des constructeurs référencés, Evobus ou Iveco, nous garantissaient du matériel fiable pour 2025, mais nous n’avons que Van Hool en face de nous. Car nous ne voulons plus expérimenter mais d’exploiter un réseau. Et que les coûts pour le faire ne deviennent pas prohibitifs ».


En dehors de sonder les autres constructeurs sur leurs projets du côté de l’hydrogène, Jean-Jacques Lumeau examine aussi la filière électrique car il la juge beaucoup plus avancée sur les véhicules qu’elle propose.


Dans ce cas de figure, il n’envisage pas seulement de la recharge au dépôt mais même du « biberonnage » en ligne. Une réserve : la relative faiblesse environnementale du côté du cycle de production et de vie des batteries.


Quant à l’origine de l’électricité, il s’assurera qu’elle soit décarbonée. Mais l’avantage technologique, la fiabilité, se trouvent sans doute de ce côté.


D’ici septembre, Jean-Jacques Lumeau sera donc dans une phase de benchmark intensif. Le juge de paix risque bien d’être le bilan de l’empreinte carbone qu’il va faire établir pour les différentes options. « De bout en bout », a dit le maire.



Photos : © Guy Toublanc Carene