• Jean-François Bélanger

Le transfert du trafic routier du Mont-Blanc vers le Fréjus inquiète


tunnel du Mont-Blanc - Copyright : Florian Pépellin.

25/06/2021 - Saisissant l’occasion de la prochaine fermeture du tunnel sous le Mont-Blanc pour travaux, plusieurs associations (*) viennent d’adresser un courrier aux autorités nationales et locales (**) demandant d’accélérer le transfert modal de la route vers le fer.


Le tunnel du Mont-Blanc doit fermer quatre mois pour d'importants travaux. Selon l’ATMB, cette fermeture est prévue durant deux mois, à l'automne 2022, puis deux mois à l'automne 2023.


Mais, compte tenu des travaux programmés, de nombreux observateurs estiment que cette durée soit augmentée. De son côté, la Société Française du Tunnel Routier du Fréjus vient d’annoncer l’ouverture de la galerie de sécurité du Fréjus à la circulation routière à partir du dernier trimestre de cette année.


En comptant les poids-lourds, les autocars et les véhicules particuliers, la fermeture du tunnel du Mont-Blanc occasionnera, pour aller en Italie par l’A43 et le Tunnel du Fréjus, le report du passage d’environ 5 000 véhicules supplémentaires par jour sur la rocade de Chambéry, puis dans la vallée de la Maurienne, dont 1 700 poids lourds.


Pour les associations signataires, la ficelle est trop grosse, car elle valide comme voie de circulation ce tube sous le Fréjus construit initialement à vocation de voie de secours.


Les associations demandent donc que ce deuxième tube du tunnel du Fréjus soit interdit à ce transfert de trafic et ne soit uniquement ouvert qu’aux services de secours et d’exploitation, comme cela était son but initialement annoncé.


Sauf qu’un recours a déjà été opposé et il a été rejeté en 2008 par le tribunal administratif. Ces associations s’interrogent aussi sur cette concomitance et sur les modalités et conséquences de cette politique de transport favorisant une fois de plus le transport routier, en opposition avec tous les discours des autorités nationales et européennes.


Selon elles, les 1 700 poids lourds par jour passant dans le tunnel du Mont Blanc doivent être réorientés vers le ferroviaire et non sur l’autoroute de Maurienne et les dispositions doivent être prises avant les fermetures du tunnel sous le Mont-Blanc.


Autant d’arguments en faveur du Lyon-Turin


En particulier, elles mettent en avant la ligne ferroviaire Ambérieu-Modane, très largement sous utilisée, avec moins de 3 millions de tonnes de marchandises par an, alors qu’elle peut en transporter jusqu'à 15 millions.


Ne pas utiliser des capacités ferroviaires disponibles aujourd'hui est injustifiable et constitue, à leurs yeux, une faute politique et sociale.


L’ouverture de cette galerie du Fréjus à la circulation est contraire aux grandes orientations de l’Accord de Paris, issu de la Cop 21, de la Stratégie Nationale Bas Carbone, des objectifs de l’Union Européenne, du projet de loi « Climat » et, enfin, de la Convention Alpine, un traité de droit international que la France a ratifié.


Mais pour l‘Union Européenne, comme l’a encore confirmé la dernière réunion intergouvernementale du 14 juin à Chambéry, la solution au problème transalpin reste la réalisation du Lyon-Turin.


Même s’il ne règlera pas le problème de la fermeture du tunnel sous le Mont-Blanc dans les toutes prochaines années, ces préoccupations environnementales sont autant d’arguments supplémentaires à l’exécutif national pour parafer rapidement l’acte d’exécution avec l’Italie et déclencher des financements complémentaires pour les accès des côtés français et italiens, un document qui reste toujours en l’attente.


 

*Les signataires : France Nature Environnement Auvergne Rhône-Alpes, Mountain Wilderness, Commission Internationale pour la Protection des Alpes, Vivre et Agir en Maurienne, Réseau Air 74 et Amis de la Terre.


**Destinataire du courrier : Président de la République, Ministre de la Transition Écologique, Ministre des Transports, Préfets de Savoie et de Haute Savoie, Commissaire à l’Aménagement, au Développement et à la Protection du Massif des Alpes, Président du Tribunal Administratif, Président de la Région Auvergne Rhône-Alpes, Parlementaires, Présidents des Conseils départementaux de Savoie et de Haute Savoie et Maires et Conseillers Municipaux de Savoie et de Haute Savoie.


Photo : © Florian Pépellin.