• Michel Chlastacz

La LGV Bordeaux-Toulouse, entre polémiques et jeux politiciens


03/11/2021 - Les récentes déclarations de Pierre Hurmic, maire de Bordeaux, contre la LGV Bordeaux-Toulouse, ont lancé une polémique qui risque de durer... au moins jusqu’aux élections présidentielles !


Le 27 octobre 2021, lors d’une conférence de presse, le maire Europe-Écologie-Les Verts (EELV) de la capitale girondine a estimé « qu’il est urgent d’arrêter ce projet pharaonique insensé qui va balafrer des villages du Sud-Ouest » en évoquant la ligne à grande vitesse Bordeaux-Toulouse.


Il oppose à ce projet « le développement des trains du quotidien » en se référant aux propos d’Emmanuel Macron en 2017 lors de l’inauguration des LGV Bretagne-Pays de la Loire et Sud Europe Atlantique.


Plus généralement, il a estimé que « les LGV ont asséché nos territoires au détriment du maillage du réseau ferroviaire régional ».


Il a également opposé à la LGV la rénovation des lignes Bordeaux-Toulouse et Bordeau-Hendaye, en se référant à des études SNCF, mais aussi en comparant le coût de la LGV... aux investissements hospitaliers !


Au-delà de ces curieuses comparaisons il a rappelé que « les Toulousains seront de toutes façons toujours plus loin de Paris que les Bordelais [et que] si le TGV mettrait Toulouse à 3 heures 10 de Paris, les Toulousains continueraient de prendre l’avion ».


Pierre Hurmic, maire de Bordeaux

Arrière-pensée électorale ?


Une déclaration qui a provoqué immédiatement une véritable levée de boucliers en Occitanie. La présidente de la région, Carole Delga, et le maire de Toulouse, Jean-Louis Moudenc, se sont retrouvés sur la même ligne de défense pour rappeler que les projets de LGV Tours-Bordeaux et Bordeaux-Toulouse sont indissociables, comme l’a montrée l’aide de l’Occitanie (300 M€) à la réalisation de la première ligne.


L’occasion pour les deux élus de fustiger « l’égoïsme » bordelais, alors que Pierre Hurmic refuse de faire voter la même somme pour la LGV Bordeaux-Toulouse si elle ne sert pas exclusivement « à la résorption du bouchon ferroviaire de Bordeaux ».


On connaît le peu d’attirance d’EELV pour les grands projets transports de tous types, même ferroviaires* comme Lyon-Turin et les extensions du réseau ferré à grande vitesse.


Le rejet se fonde ici sur une sous-estimation technique assortie de l’utilisation de la rivalité Bordeaux/Toulouse, comme des préoccupations politiciennes liées à la campagne présidentielle, Carole Delga étant l’un des soutiens d’Anne Hidalgo...


La sous-estimation technique est connue. Elle consiste à estimer que, dans tous les cas, le renforcement de la ligne classique permet d’éviter la construction d’une ligne nouvelle. En dépit du fait que si l’on peut jouer sur les capacités (voies supplémentaires, signalisation), les gains de vitesse sont toujours limités.

Et que, dans ce cas, avion et autoroute gardent leurs parts de marché au détriment de l’environnement...


 

* Comme l’ont montré en 2020 les programmes municipaux des Verts en matière de transports (voir « Mobilités Magazine ».