• Michel Chlastacz

La conquête ferroviaire russe à l’Est de l’Ukraine


30/05/2022 - Dans la guerre en Ukraine, les objectifs ferroviaires apparaissent déterminants dans la stratégie de Moscou visant à la domination de l’Est du pays.


Aussi, de nombreuses attaques contre le réseau ukrainien visent à couper le Donbass du reste du pays et, afin d’établir une continuité territoriale et ferroviaire, d’y ajouter un territoire le reliant à la Crimée annexée en 2014.


Cette réalité stratégique explique l’acharnement russe à conquérir le port de Marioupol, terminus d’une antenne portuaire rattachée à l’axe majeur qui relie Donetsk à Sébastopol.


Dans le reste de l’Ukraine, la coupure ferroviaire avec le Donbass a eu pour conséquence immédiate un effondrement du trafic fret* lourd (charbon, fer, produits métallurgiques) ce qui a libéré le réseau de flux considérables d’Est en Ouest.


Et, en même temps, offert de précieux sillons pour l’évacuation des populations vers l’Ouest comme on a pu le constater durant les premières semaines du conflit mais aussi au profit de l’armée et surtout de sa logistique.



En dépit des destructions d’ouvrages d’art et d’équipements (sous-stations électriques, postes d’aiguillages) le réseau ferré ukrainien tient bon et fonctionne sans trop d’à-coups, en quelque sorte en raison des... qualités de ses défauts !


Avant le conflit, l’image des chemins de fer ukrainiens était celle d’un lourd monstre post-soviétique difficile à gérer en raison d’équipements surdimensionnés comportant de nombreux doublons, de l’existence d’« itinéraires-bis » stratégiques lourds à entretenir et d’un important parc des matériels de traction en réserve.


Ces nombreux handicaps d’hier se sont aujourd’hui transformés en opportunes réserves de capacités.

Le problème de la prise en charge des flux fret céréaliers demeure.


À Bruxelles, la Communauté Européenne du Rail les évalue à 20 millions de tonnes en attente, hors future récolte de 2022. Leur expédition massive nécessitera d’importants moyens et de longs temps de transbordement aux points d’échanges avec la Pologne*, la Hongrie, la Slovaquie et la Roumanie.

 

* La ligne à voie large LHS (voir Mobilités Magazine 2 mars 2022) permet la traversée sans transbordement du fret jusqu’au centre-sud de la Pologne.