• Pierre Cossard

La Commission donne un label « durable » au nucléaire et au gaz naturel


07/02/2022 - Malgré les pressions nombreuses qui voulaient écarter le nucléaire de la taxonomie européenne, la Commission a finalement statué le 2 février 2022, et accordé à l’électricité d’origine nucléaire (et au gaz naturel) la qualification de « durable ».


Cette fameuse taxonomie reconnait donc, sous certaines conditions, la contribution de ses deux sources d’énergie à la lutte contre les émissions de gaz de serre.


Les commissaires européens ont voté (l’unanimité étant visiblement impossible à trouver) une liste de critères permettant donc de classer comme « durables » les investissements dans des centrales nucléaires ou au gaz pour la production d’électricité.


Un avantage financier jusqu’ici réservé aux énergies renouvelables et qui permettra aux banques européennes de financer plus facilement et sans être montrées du doigt le nucléaire et le gaz.


Cette étape apparait en tous cas fondamentale pour la transition énergétique des transports, qui est massivement orientée vers l’électrique, et réclamera un accroissement majeur de la capacité de production énergétique européenne dans les années à venir.


La Commission chiffre d’ailleurs les besoins d’investissements à rien moins que 350 Mds€ par an d’ici 2050 pour atteindre l’objectif affiché de neutralité carbone à cette date.


Fort de cette taxonomie désormais favorable au nucléaire, le gouvernement français devrait par exemple annoncer très prochainement la commande de six nouveaux réacteurs EPR 2.


Les anti-nucléaires ne décolèrent pas


Pour autant, un petit groupe de pays menés par l'Allemagne, et comprenant notamment l'Autriche et le Luxembourg, largement épaulés par diverses ONG, et soutenus par les « gagnants » de l’industrie du « renouvelable », semble bien décidé à continuer à batailler pour exclure l'atome. L’Autriche, qui possède de vastes ressources hydroélectriques, aurait même l’intention de saisir la Cour de justice européenne pour contester cette décision.


L'Autriche (toujours elle), le Danemark, les Pays-Bas et la Suède ont par ailleurs contesté dans une lettre commune le label « vert » donné à l’usage du gaz.


On notera dans ce cas l’absence de l’Allemagne, qui mise elle largement sur des centrales au gaz (et sur le gazoduc Nord Stream 2 en provenance directe de Russie…) pour pallier la fermeture de ses centrales nucléaires et l’intermittence de ses parcs éoliens et solaires.


On le constate, l’Europe de l’énergie est une vue de l’esprit, surtout à cause de la fébrilité de certains de ses décideurs, qui se retrouvent aujourd’hui confrontés aux conséquences des décisions, et des échéances, qu’ils se sont imposés il y a quelques années…


Photo: © Creative Commons - Maarten Sepp.