• Michel Chlastacz

L’Ukraine veut passer à l’écartement standard européen


13/06/2022 - Le 25 mai 2022, dans une interview à notre confrère polonais Rynek Kolejowy, le Premier ministre ukrainien Denis Chmyhal, a affirmé la nécessité de « convertir le réseau ferré ukrainien à la voie standard afin de lier le pays à l’Union européenne ».


Une décision qui était « déjà étudiée avant le conflit », a-t-il tenu à préciser, et qui affirme une forte volonté de rupture à la fois technique, géographique et historique, mais également « stratégique » avec l’espace ferroviaire russe.


Une volonté qui, dans la partie occidentale du pays, marque un retour aux sources de l’histoire ferroviaire et à celles de l’Histoire tout court*.


Cette évolution vers la voie standard devrait commencer très rapidement dans l’Ouest du pays avec la création de nouvelles liaisons transfrontalières polono-ukrainiennes en provenance comme en direction de Lviv.

D‘une part, avec l’achèvement de la revitalisation de l’axe frontalier à double écartement Hrebrenne-Rava Ruskaja (8 km) situé au Nord-Ouest du pays, une opération déjà lancée en 2020 mais qui a été ensuite ralentie par la crise sanitaire.


S’ajoute la conversion rapide au double écartement de la ligne ukrainienne jusqu’à Lviv afin de mettre en place une liaison Varsovie-Lublin-Lviv (339 km) sans nécessiter de changement de train à la frontière.


D’autre part, avec la remise en service de la ligne de montagne internationale polono-ukrainienne à voie standard Przemysl-Kroscienko, dont l’itinéraire fait un « coude » en territoire ukrainien.


En même temps, dès 2023, l’actuelle section frontalière à double écartement (1,435 m et 1,524 m) Przemysl-Mostyka (voir Mobilités Magazine, 18 mars 2022) serait prolongée sur plus de 70 km jusqu’à Lviv.


Ce qui permettrait d’effectuer en 3 heures 30 le trajet Cracovie-Lviv qui demande près de neuf heures actuellement en raison des changements de trains ou de bogies.


C’est « une opération prioritaire du Gouvernement », a affirmé le Premier ministre ukrainien. II faut toutefois rappeler que la décision avait été officiellement prise il y a trois ans (voir Mobilités Magazine, 11 décembre 2019), puisque cette opération figurait dans le Plan d’investissement ferroviaire national ukrainien (voir Mobilités Magazine, 11 novembre 2020).


Au-delà, Denis Chmyhal évoque une mise à l’écartement standard ou mixte de l’axe Lviv-Kiev puis la conversion progressive des grands axes parallèlement à l’adaptation des matériels existants et à l‘acquisition de nouveaux.


Une annonce éminemment politique et qui veut faire signification dans le contexte actuel. D’autant que la démarche pose parallèlement de nombreuses questions techniques et financières, et que sa réalisation réclame une longue durée avec des phases transitoires marquées par l’exploitation d’axes à double écartement. Comme l’illustre l’exemple de l’Espagne...

 

* Dans la région de Lviv la création puis le développement du réseau ferroviaire sont liés à l’ex- Empire austro-hongrois jusqu’en 1918, puis à la Pologne de 1919 à 1939.