• Michel Chlastacz

L’étalement des pointes, effet structurel du télétravail et du Covid


07/12/2021 - On a vu que l’Union des Transports Publics a récemment fait le point sur les conséquences favorables à « l’auto-solisme » et, plus généralement, à l’usage de la voiture, de la pandémie Covid 19*, avec ses contrecoups sur la fréquentation des transports publics.


Une autre étude associant l’Institut d’urbanisme Paris-Région, Transilien SNCF et trois cabinets spécialisés respectivement dans les analyses de transports (Mass Transit Academy et Sustainable Mobilities) et dans l’immobilier (Kisio), analyse cet impact sur le système francilien des transports.


Un système qui, en France, regroupe géographiquement la majorité des volumes des flux dans le domaine dit du mass transit ferroviaire qu’il s‘agisse des tramways, des métros comme des trains de banlieue.


L’étude, qui a été centrée sur trois corridors d’accès à Paris, jugés ici particulièrement représentatifs (Paris-Colombes-Argenteuil, Paris-Aulnay-sous-Bois et Paris-Pontoise-Cergy), constate « qu’après des mois de crise sanitaire [...] la reprise économique s’accompagne d’un retour des voyageurs dans les transports en commun franciliens (alors que cette crise) a aussi joué un rôle d’accélérateur pour certaines évolutions sociétales avec [notamment] le développement du télétravail, des achats à distance et de la pratique du vélo ».


L’automobile gagne le match


La reprise du trafic routier (+10% par rapport à l’avant-Covid) et des embouteillages qui en découlent (+ 33%) a été plus rapide que celle du mass transit (-20%) tandis qu’après un pic le télétravail s’est stabilisé à un niveau un peu plus élevé qu’avant la pandémie.


Dans ce contexte, dès l’automne de 2020, on a constaté que « l’affluence aux heures de pointes se rapproche du niveau de l’avant-Covid » sur deux des trois corridors (celui de Pontoise est resté très en deçà avec - 25%).

Globalement le phénomène de pointes est devenu plus journalier qu’horaire, l’écart de voyageurs entre le mardi et le vendredi passant à 24%, l’impact du télétravail élargissant la plage des week-ends.

Et l’étude fait le lit du buzz médiatique qui évoque un abandon - sinon massif, au moins important - de l’Île-de-France au profit d’autres régions.


Il est vrai que les transferts internes de Paris vers la Petite Couronne comme de celle-ci vers la Grande Couronne se sont accentués (+ 4,5%), ceux de l’Île-France vers la province quoiqu’en plus notable progression (+ 17,9%) ne totalisent toujours que 40 à 45% des changements de domicile...


On se trouverait face à des évolutions structurelles en grande partie installées auparavant, et qui sont redynamisées par la crise sanitaire.


Ainsi, « le résidentiel s’éloigne et le professionnel se recentre », les bureaux ayant tendance à quitter les villes nouvelles pour revenir dans la zone centrale de Paris et de Petite Couronne.

Celle qui sera bientôt irriguée par le « Grand Paris Express », une nouvelle composante de la gamme du mass transit !

 

* Voir « Mobilités Magazine », 29 novembre 2021.