• Michel Chlastacz

L’enclave de Kaliningrad, un point chaud militaire et ferroviaire


17/05/2022 - Le 10 avril 2022, la Russie a interrompu officiellement « pour des raisons techniques de travaux » ses communications ferroviaires entre l’Oblast de Kaliningrad (le Nord de l’ex-Prusse-Orientale) et la Pologne.


Pour mémoire, rappelons qu’en raison de l’importance du port et de la base navale de Kaliningrad (ex-Koenigsberg), le Nord de l’ex-Prusse-Orientale a été annexée par l’URSS en 1945 en dépit des demandes polonaises visant à récupérer l’ensemble de ce territoire « confié » au XIIIe siècle par le Roi de Pologne aux Chevaliers teutoniques.

Ces communications ferroviaires passent par trois lignes elles-mêmes jalonnées de trois doubles gares frontières (Braniewo/Mamonovo, Glomno/Bagrationovsk et Skandawa/Zeleznodorozny) qui associent la voie large à la russe (1,524 m) et la voie standard à l’européenne (1,435 m).


Trois lignes qui, dans le passé jusqu’en 1992, avaient joué un important rôle militaire pour le transit des unités de l’Armée soviétique alors stationnées dans l’ex-République Démocratique Allemande.


Durant ces dernières années, ces trois points de passages ferroviaires frontaliers assuraient le transit annuel de deux millions de tonnes de fret et de près de sept millions de voyageurs.


La première de ces lignes offre l’intérêt de bénéficier d’une voie standard parallèlement à la voie large depuis la frontière polonaise jusqu’à Kaliningrad, soit sur 55 kilomètres de parcours, la gare de Kaliningrad disposant d’un faisceau de voies standard à quai ce qui assure une continuité technique directe avec le réseau polonais.


C’est pourquoi elle a pu disposer durant ces dernières années d’une offre voyageurs régulière de trains à voie standard qui associait des trains transfrontaliers régionaux (Malbork-Kaliningrad), des trains Inter Cités (Gdynia-Gdansk-Kaliningrad), et une relation internationale saisonnière à grande distance (Berlin-Kaliningrad).


Avant la guerre russo-ukrainienne cette ligne traitait un trafic conteneurs de 9000 TEU par an et faisait l’objet d’études visant à en faire un « itinéraire-bis » des Routes de la Soie avec le prolongement de la voie large existante sur une cinquantaine de kilomètres supplémentaires jusqu’au nœud ferroviaire polonais de Malbork, au sud de Gdansk.


L’attaque russe de l’Ukraine a effacé ces projets.

Alors que l’activité fret de la gare de Braniewo/Mamonowo qui traitait notamment des trafics de gaz liquéfié russe acheminés par wagons-citernes, a été en grande partie interrompue avant même la fermeture de la frontière en raison de l’arrêt des livraisons de Gazprom à la Pologne.


Dans ces conditions, le seul lien ferroviaire de l’enclave passe par la Biélorussie et la Lituanie via Minsk, Vilnius et Kaunas avec une sorte de « train corridor ».


Situation complexe dans un territoire qui ne l’est pas moins. Puisque cette enclave russe, « trophée » de la Seconde guerre mondiale, est un véritable arsenal militaire à la fois classique et nucléaire....