• Pierre Cossard

L’Allemagne revient sur le nucléaire dans la taxonomie verte européenne


23/05/2022 - L’information est presque passée sous les radars en France dans un contexte anxiogène mêlant élection, guerre en Ukraine et retour de l’inflation.


Alors que la France et l’Allemagne avaient trouvé en janvier dernier un consensus pour inscrire à la fois le gaz et le nucléaire comme énergies dites « de transition » dans la taxonomie verte européenne, voilà que l’Allemagne met son veto à cette mesure.


Le gouvernement allemand vient donc de faire machine arrière en la personne de Robert Habeck, porte-parole du ministère allemand de l’Économie et du Climat au sein de la coalition SPD/Verts d’Olaf Scholz, qui a déclaré le 17 mai : « l’énergie nucléaire n’est pas durable et ne doit donc pas faire partie de la taxonomie ».


Pour mémoire, cette taxonomie verte permettait de classifier les différentes énergies par rapport à leurs émissions de gaz à effet de serre ou autres effets environnementaux nuisibles, seules les énergies reconnues ou assimilées vertes pouvant bénéficier de subventions de l’UE.


Le consensus trouvé en janvier traduisait d’abord un constat d’échec quant à la stratégie énergétique européenne. En donnant au gaz et au nucléaire ce statut, Bruxelles reconnaissait implicitement (mais sans le dire) la croissance 100% renouvelables comme une utopie.


Elle ménageait aussi la chèvre (l’Allemagne) et le chou (la France) en permettant à la première de mener à bien ses projets gaziers (permis de construire à déposer avant le 31 décembre 2030) et à la seconde ses projets nucléaires (date butoir en 2045, soit pour les derniers EPR français).


La guerre en Ukraine et la problématique du gaz russe étant passées par là, l’Allemagne semble désormais devoir se tourner vers le charbon. Ne voulant pas, dans ce contexte, laisser à la France l’avantage compétitif d’une énergie produite à 70% au moyen du nucléaire, notre voisin revient unilatéralement sur sa décision de janvier dernier.


Il lui faudra trouver au sein de l’Union Européenne des alliés pour appuyer cette volte-face, un minimum de 20 états sur 27 sont en effet nécessaire pour appuyer son veto sur la taxonomie verte établie en janvier. L’Allemagne peut d’ores et déjà compter sur l’Autriche, le Luxembourg, et le Danemark.


Dans ce bras de fer, la France pourrait, elle, compter sur la Pologne, la Hongrie, la Finlande, la Croatie, ou la Roumanie.


Autre possibilité ouverte à notre voisin d’outre-Rhin, déclencher un vote à la majorité simple du Parlement européen, mais ce avant le 2 juin.


Si ces manœuvres nouvelles ne fonctionnent pas, le texte entrera en vigueur le 1er janvier prochain.


(Pour tout comprendre des enjeux de cette taxonomie verte : Mobilités Magazine N°57, mars 2022.)