• Jean-François Bélanger

L’aéronautique française veut revenir sur la règle des 2h30

10/02/2022 - La mission d’information commanditée par la Commission des affaires économiques de l’Assemblée Nationale, propose de revenir sur l’interdiction des vols de moins de deux heures trente sur le territoire français, lorsqu’il existe une alternative par chemin de fer, sous condition.


Aéroport de Lorient Bretagne Sud - © Josiane Grand-Colas.

Les rapporteurs parlementaires Jean-Luc Lagleize et Sylvia Pinel, viennent de faire part de 43 propositions pour sauver cet important secteur économique français qu’est l’aéronautique.


Car au-delà des secousses imposées par la crise sanitaire, le secteur doit aussi affronter la question environnementale, ainsi que la modification des comportements en matière de mobilités.


Le trafic aérien a baissé de 60% en 2020 et en 2021 par rapport à 2019. La filière représentait 51 Mds€ en 2020, accusant une baisse de 30% par rapport à 2019 et engendrant une baisse de 8% se ses effectifs, avec jusqu’à 63% des salariés en chômage partiel.


Le secteur est pointé du doigt pour des questions environnementales avec les contraintes imposées par la loi « Climat et Résilience ».


C’est pour cela que la mission préconise de publier dans les meilleurs délais le décret d’application prévu à l’article 145 de cette loi, qui doit préciser les modalités de dérogation à l’interdiction des vols de moins de 2h30 su le territoire national, lorsqu’il existe une solution par chemin de fer, sous conditions de décarbonation.


Car les compagnies s’orientent de plus en plus vers des carburants verts, les Sustainable Aviation Fuel (SAF), mais qui coûtent bien plus cher. C’est pourquoi les deux rapporteurs préconisent aussi d’accélérer la transition : « identifier les gisements de biomasse, structurer la filière, solliciter des subventions pour son soutien… ».


Ne pas laisser l’aéronautique français à la concurrence


Car le temps est compté. Certains experts envisagent un retour à la normale du trafic aérien d’ici 2024, d’autres plus tard. La compagnie nationale a annoncé des hausses de tarifs et a besoin d’une recapitalisation supplémentaire de 4 Mds€ d’ici ce printemps.


Les autres compagnies européennes ne sont pas mieux loties. Pour faire avancer leurs propositions, Jean-Luc Lagleize et Sylvia Pinel comptent sur deux événements majeurs qui doivent se tenir cette année : la présidence française de l’Union Européenne, puis la 41e session de l’Organisation de l’Aviation Civile Internationale (OACI) qui doit se tenir en octobre prochain.


Le risque est de laisser l’aéronautique française se faire piéger par des conceptions nord-européennes qui n’ont pas cours dans de nombreuses autres parties du monde, en Amérique du nord, en Inde, en Chine… et de livrer les clés du secteur à des concurrents. L’objectif est stratégique puisque 86% de l’activité de cette filière (les majeurs comme les sous-traitants) sont réalisés à l’export.


Carole Delga : « l’avion vert s’invente en Occitanie »


Le secteur aéronautique vient aussi de trouver le soutien de Carole Delga, présidente de la Région Occitanie et de l’Association des Régions de France.


Lors du sommet de l’aviation, organisé dans le cadre de la présidence française de l’Union Européenne, qui vient de se tenir à Toulouse début février, elle a annoncé un plan Régional de soutien de 100 M€, pour « des avions plus verts, plus légers, avec une part plus importante de bio-carburants durables, électriques, hybrides et même hydrogène ».


L’Occitanie concentre à elle seule un tiers des effectifs du secteur avec un millier d’entreprises.