• Jean-François Bélanger

Démobilité et individualisme, les leçons de la crise sanitaire


Christophe Fanichet, PDG de SNCF Voyageurs.

21/01/2021 - Les résultats d’une large enquête menée par l’Observatoire Société et Consommation, entre les deux confinements sont sans appel : une limitation très forte des déplacements a favorisé les modes individuels. La reconquête par les transports collectifs s’annonce difficile.


Du 20 au 29 octobre 2020, c’est-à-dire entre les deux confinements, un large échantillon de 4 500 personnes de 18 à 75 ans a été interrogé par l’Observatoire Société et Consommation (Obsoco) avec le soutien de l’Ademe et de la SNCF, le quatrième du genre après ceux de 2014, 2016 et 2018.


Ses résultats mettent en lumière une évolution profonde des comportements : 19% des personnes sont restées confinées, 55% ont continué à limiter leurs déplacements et seulement 25% ont repris le cours normal de leur vie.


Dans la première catégorie, on retrouve les personnes inactives ou âgées, alors que dans la dernière ce sont les plutôt les jeunes et les actifs.


Le télétravail, pour les déplacements professionnels, les systèmes de click-and-collect, les drive… pour les déplacements personnels, se sont généralisés et ont été adoptés de façon massive.


Le paradoxe


Le paradoxe : préserver l’environnement et reprendre sa voiture

« C’est un paradoxe : les gens revendiquent des transports propres et utilisent de plus en plus la voiture », constate amèrement Christophe Fanichet, PDG de SNCF Voyageurs.


Pour ce qui est de la sécurité sanitaire, 57% des réponses accordent pourtant leur confiance aux compagnies aériennes, 52% aux grands opérateurs (SNCF, RATP…), contre 33% par exemple aux opérateurs de véhicules en libre service.


Mais c’est le comportement des autres qui pose problème. En effet, 52% des interrogés ne font pas confiance aux usagers des transports collectifs. Et 65 % pensent que l’on ne pourra jamais complètement abandonner la liberté que procure la voiture, un niveau en forte hausse par rapport aux précédentes enquêtes.


Finalement, les personnes interrogées font de la démobilité une expérience plutôt positive. Entre individualisme et accroissement des clivages sociaux, à partir des comportements des déplacements, la sortie de crise devra sans doute se pencher d’abord sur la reconstruction des rapports aux autres.