• Jean-Philippe Pastre

Déflagrations et stagflation


08/03/2022 - La Coface, organisme dédié à l’assurance-crédit, a publié le 7 mars 2022 une note d’actualité économique dont le titre rappelle des heures difficiles : la stagflation est clairement évoquée !


Certes, les entreprises de transport ne peuvent que subir la hausse des prix des énergies qui s’est emballée comme jamais depuis le début des hostilités entre la Russie et l’Ukraine. Cela tend déjà les négociations entre syndicats patronaux et de salariés.


Les industriels travaillant dans un contexte de globalisation, ne sont pas épargnés par cette flambée qui touche l’ensemble des matières premières. Sans oublier que la Russie joue un rôle majeur dans la production d'acier, de nickel et d'aluminium.


L’attaque de l’Ukraine par la Russie intensifie « la menace d'une inflation élevée et durable, pas seulement pour les besoins de base, augmentant ainsi le risque de troubles sociaux dans les économies avancées et émergentes.


Les industries telles que l'automobile, les transports, la chimie et, plus généralement, tous les secteurs utilisant les matières premières susmentionnées apparaissent comme particulièrement vulnérables », précise le document de la Coface. « Par ailleurs, compte tenu de l'ampleur des sanctions annoncées par les pays occidentaux et leurs alliés, l'économie russe sera en grande difficulté et retombera en (profonde) récession en 2022, ce qui nous amène à dégrader l'évaluation du risque du pays de B à D.


En raison de sa dépendance au pétrole et surtout au gaz naturel russes, l'Europe apparaît comme la région la plus exposée aux conséquences de ce conflit.


Si le remplacement de la totalité de l'approvisionnement de l'Europe en gaz naturel russe (~40 % de la consommation européenne totale) est pratiquement impossible à court ou moyen terme, les niveaux de prix actuels, s'ils sont maintenus jusqu'à la fin de l'année, auront déjà un effet significatif sur l'inflation.


Nous estimons à au moins 1,5 point de pourcentage d'inflation supplémentaire en 2022 par rapport à nos prévisions précédentes dans la zone euro, ce qui aura pour effet d'éroder la consommation des ménages et de réduire la croissance du PIB.


Si certains pays, comme l'Allemagne et l'Italie, sont plus dépendants du gaz naturel russe, l'interdépendance commerciale des pays de la zone euro suggère un ralentissement général (1 point de pourcentage après prise en compte des impacts sur le commerce extérieur et les investissements des entreprises).


Une interruption complète de l'approvisionnement en gaz naturel russe porterait le coût à 4 points de pourcentage au moins - ce qui ramènerait la croissance annuelle du PIB à zéro en 2022 ». La Coface est également pessimiste pour les autres régions du monde, surtout les pays dépendants des matières premières où les tensions inflationnistes s’étaient déjà manifestées.