• Jean-Philippe Pastre

De l’art de marquer contre son camp


16/09/2021 - En ce premier jour de la Semaine Européenne de la Mobilité, il est un paradoxe amusant et cruel : la réalité des émissions de CO2 des transports en commun n’est pas toujours aussi vertueuse que l’on voudrait le faire croire. Le législateur, animé par une volonté de transparence et de promotion du transport public, peut parfois marquer contre son camp.


En effet, l’obligation de publication des émissions des gaz à effet de serre des entreprises de transport public peut se retourner… contre le transport public !


Illustration de l’absurdité du système : sur ces fiches horaires de la ligne 155, Cars Réseau Ain de la Région Auvergne Rhône-Alpes de 2020, les émissions de CO2 par kilomètre/voyageur - calculées sur les données 2018 -s’élevaient pour notre exemple à 42g/voyageur/km.


L’entreprise prestataire ayant procédé à son Bilan Carbone, comme exigé par la réglementation, elle a communiqué à son Autorité organisatrice (elle aussi obligée par les textes) les valeurs corrigées en fonction de la fréquentation de la ligne.


Et là, patatras : pour 2021 - données 2020 -, le bilan laisse apparaître un peu flatteur 171 g/voyageur/km ! Soit une valeur moyenne nettement supérieure à celle d’une automobile très sportive comme l’Alpine A 110 qui, malgré ses 292ch, obtient une moyenne d’homologation maximale de 168g/km ! Cherchez l’erreur !


Ce résultat absurde est le fruit d’un corpus de textes dont les plus importants sont la loi n°2010-788 du 12 juillet 2010 portant engagement national pour l’environnement et son décret d’application n°2011-1336 du 24 octobre 2011, ainsi que la loi n°2015-992 pour la Transition énergétique et la croissance verte d’août 2015.


Une contrainte transcrite dans le Code des Transports à l’article L.1431-3 qui s’applique aux entreprises de transport de voyageurs comme de marchandises depuis le 1er octobre 2013.


Pour expliquer cette soudaine et aberrante inflation, on ne peut qu’émettre des hypothèses : un premier bilan théorique - faute de données de fréquentation - basé sur la capacité des véhicules rapportée à la consommation de gazole, puis en second lieu, l’effondrement de la fréquentation - cette fois-ci mesurée au réel - dû à la crise du Covid 19.


L’exemple ne manque pas de piquant : l’Alpine A110, sportive très radicale aux performances « peu politiquement correctes », est une stricte deux places ! Comment dès lors convaincre les automobilistes des vertus des transports en commun avec de telles méthodes ?