• Michel Chlastacz

Charleville-Mézières-Givet, la nouvelle vie d’une vieille ligne


23/11/2021 - Le 16 novembre 2021, Jean Rottner, président de la région Grand Est et Jean Sébastien Lamontagne, préfet de région, entourés d’élus locaux et régionaux et de Laurence Berrut, directrice territoriale de SNCF Réseau, inauguraient la ligne Charleville-Mézières-Givet (64 km) rénovée après deux mois de travaux intenses.


Ils avaient été d’ailleurs précédés de chantiers de même type organisés de 2008 à 2013 (54 M€) mais aussi en 2016, 2017, 2019 et 2020 sur d’autres sections de la ligne.


Un ensemble qui totalise 72,2 M€ depuis cinq ans partagés entre l’État (41%), la Région Grand Est (28,7%), SNCF Réseau (13,7%), le Département des Ardennes (7,5%) et les diverses collectivités territoriales intéressées (9,1%) pour renouveler les deux voies sur la totalité du parcours, remplacer une dizaine d’appareils de voie, conforter ou remplacer de nombreux ouvrages d’art et supprimer les nombreuses plages de ralentissement qui ont dégradé fortement au fil des années les temps de parcours sur la ligne.


Le chantier de l’été 2021 concernait le renouvellement de 14 km de voies (34 kilomètres de rails, 39 000 traverses et 30 000 tonnes de ballast), la réfection de quatre passages à niveau, le remplacement d’un pont-rail et la pose de quatre kilomètres de nouveaux câbles de la signalisation du Block Automatique Lumineux (BAL) qui équipe la ligne.


Cette dernière rénovation, qui achève le projet lancé en 2016 va permettre de retrouver les vitesses maximales autorisées sur le parcours et, partant, de réduire significativement les temps de parcours avec 58 minutes* pour un TER omnibus au lieu de 1 heure 10 auparavant.


Sur une ligne qui, outre ses 34 TER quotidiens (2500 voyageurs/jour), accueille de nombreux trains de fret en provenance ou à destination des carrières de Givet, de la centrale nucléaire de Chooz et d’autres entreprises embranchées.



La ligne Charleville-Mézières-Givet-frontière belge est la dernière section d’un axe qui avait été imaginé durant le Second empire en continuité avec la ligne Paris-Soissons jusqu’à la frontière belge par la vallée de la Meuse.


Avec ici un tracé tortueux ponctué de nombreux ouvrages d’art dont six tunnels qui cumulent à eux seuls plus de trois kilomètres de longueur.


En 1957 la concession de la ligne passe de l’éphémère Chemin de fer des Ardennes à la Compagnie de l’Est en 1857 qui réalise les travaux de construction en deux étapes de 1858 à 1862.


Une dernière section de Givet jusqu’à la frontière belge à Morialmé (3 km) est mise en service en 1863 et est raccordée à la ligne belge en provenance de Namur.


Cette section frontalière a été fermée au trafic de voyageurs en 1988 et au trafic fret l’année suivante. Même démarche à la même époque en Belgique avec la fermeture aux voyageurs et au fret de Dinant-Givet.


En octobre 2021, les ministres belge et français des Transports ont lancé et cofinancé une (énième) étude de réouverture de la ligne. En effet, l’intérêt de cette opération irait au-delà du seul aspect local et régional, puisqu’elle permettrait en même temps la suppression de deux culs-de-sac ferroviaires à Givet, en France, et à Dinant, en Belgique.


En outre, ce chaînon manquant, dit Axe Mosan, offre la possibilité de relier Bruxelles et Namur à Charleville-Mézières et Reims, et il connecte les aéroports de Bruxelles et de Charleroi à la relation TGV Paris-Charleville-Mézières.


Aussi, Charleville-Mézières-Givet occuperait la quatrième place des lignes transfrontalières qui seraient prioritairement à moderniser - ou à rouvrir - dans le cadre du programme Interreg de l’Union européenne...


 

* Soit encore une à deux minutes de plus qu’en... 1970 !