• Hubert Heulot

La bonne image du transport public dans la crise



23/11/2020 - C’est un bon résultat. L’enquête 2020 de l’Observatoire de la mobilité*, une émanation de l’UTP (Union des Transports Publics) montre que les Français qui les utilisent déjà, interrogés mi-septembre, leur font confiance face à la crise sanitaire.


Principales raisons : ils se sont bien adaptés lors du 1er confinement, ils ont pris les mesures pour les protéger. Ils ont rassuré leurs clients à plus de 75% quant à toutes les dispositions préconisées : port du masque, gel hydroalcoolique, distanciation sociale.

« En France, moins de 1% des clusters sont nés dans les transports publics. Il faut le faire savoir à ceux qui ne les empruntent pas. Parce que parmi le grand public, beaucoup d’idées fausses circulent. D’autant qu’il existe beaucoup de raisons objectives, constatées par de nombreuses études à travers le monde, qui font que les transports publics ne sont pas des lieux de contamination. Les gestes barrières y sont, par exemple, presque naturellement respectés », souligne Frédéric Baverez, directeur de Keolis France.


Le transport public bon pour la santé


Depuis le mois de mars, le transport public a quand même perdu des plumes. Pendant le 1er confinement, les deux tiers de ses clients habituels ont pris d’autres moyens de transport. Principalement la voiture. Beaucoup aussi se sont tournés vers la marche et le vélo.

« Une bonne nouvelle. Le plan vélo et la crise sanitaire nous auront fait gagner quatre ans pour développer la complémentarité avec ces modes actifs. Pour le moment, cela nous aide aux heures de pointe », remarque Marie-Claude Dupuis, directrice stratégie, innovation et développement à la RATP.


En définitive, autre satisfaction, deux tiers des utilisateurs des transports publics comptent les utiliser autant ou d’avantage à l’avenir. Les grandes raisons perdurent : c’est pratique et mieux pour l’environnement. La sortie du confinement a fait craindre à beaucoup un regain de la pollution liée à la voiture et les embouteillages.

Aux yeux de ses utilisateurs, le transport public est aussi plus économique, plus propre et même plus hygiénique. « Le transport public, bon pour la santé, cette perception est un peu nouvelle. Cela a été mesuré, il fait marcher en moyenne 27 minutes par jour, ce qui correspond aux recommandations de l’OMS. Cela aussi, il va falloir le dire », note Marie-Claude Dupuis.


La mobilité selon Esther Duflo


L’après confinement ne se colore toutefois pas que de rose. Un tiers de passagers qui ne sont pas revenus, ce sont 2 Mds€ de recettes commerciales et 1 Md€ de versement mobilité en moins. Les transports publics en ressortent fragilisés financièrement.

L’UTP appelle l’Etat à davantage de compensation, en particulier hors de l’Île-de-France déjà secourue. « La compensation des manques de recettes sous forme d’avances remboursables ne suffiront pas », pointe Thierry Mallet, pdg de Transdev et président de l’UTP.

Les marges des opérateurs de transport sont très limitées. Sans soutien, le risque est grand d’une diminution de l’offre de transport public. Or il est plus nécessaire que jamais. Ne serait-ce que devant la probable crise sociale à venir, car 10 millions de Français l’utilise chaque jour. Sans lui, se présenteront des questions d’accès à l’emploi.

Esther Duflo, la prix Nobel de l’économie parle de la mobilité comme d’un des principaux outils d’égalité entre les territoires : « Le transport public est nécessaire, aussi, en face d’évolutions révélées par le confinement. Après un pic à 23%, 10% des Français veulent déménager, encore aujourd’hui, dans des espaces moins contraints. On parle beaucoup de villes des proximités plutôt que de villes spécialisées mais éloignées. Il faudra du transport public pour cet aménagement du territoire-là ».


La taxation des Gafam


Parmi les nouveaux moyens financiers à trouver, l’UTP profite de la publication des résultats de l’observatoire pour avancer ses idées. Il y a bien sûr l’augmentation de la contribution des usagers.

« Nous sommes à 30% du coût réel en France, contre 50% en moyenne en Europe », rappelle Marie-Claire Dupuis.

« Il y a des limites à cela, précise Thierry Mallet. La crise sanitaire donne sans doute l’occasion de revoir l’organisation tarifaire des transports. Plutôt que des augmentations globales et s’il faut conserver les gratuités ciblées, il y a sans doute des tarifications adaptées au temps de la crise à trouver. Des tarifs à l’usage, pour le télétravail, des abonnements pour les sociétés comme cela s’expérimente par exemple en Occitanie ».

Autre idée dans l’air du temps, la taxation des Gafam qui utilisent beaucoup les données des transports pour leurs algorithmes. Ou le bon vieux taux de TVA à 5,5%.


*https://www.utp.fr/actualite/edition-2020-de-lobservatoire-de-la-mobilite-les-resultats