• Jean-François Belanger

RATP : à la recherche de l’impossible


Devant les sénateurs de la Commission de l’Aménagement du Territoire et du Développement Durable du Sénat, Catherine Guillouard, présidente de la RATP, n’a pas caché le 6 mai 2020, la difficulté de l’épreuve qui lui est proposée à partir du 11 mai.

Les mesures prises modifieront profondément le fonctionnement de l’entreprise, en attendant les prochaines discussions liées aux conséquences financières de la crise.

Dès le 30 avril, Catherine Guillouard avait co-signé, aux côté d’autres opérateurs et sous l’égide de l’UTP, un courrier adressé au Premier ministre pour lui signifier, en court, que les règles de distanciation physique ne pourraient pas être réalisables partout et à tout instant dans les réseaux.

« Nous ferons de notre mieux », a assuré Catherine Guillouard devant la Haute Chambre. Dès ce 11 mai, l’offre sera rétablie à hauteur moyenne de 75%, jusqu’à 85% sur la ligne de métro 13, 100% sur les lignes de métro automatique 1 et 14, 75% pour les RER et les autobus et entre 80 et 100% pour les tramways.

Pour tenter de respecter les règles des gestes barrières et de la distanciation, pour la gestion des flux, la RATP va engager 3 000 de ses salariés ainsi que 150 agents de sécurité extérieurs. Mais elle estime à 5 000 l’effectif nécessaire supplémentaire pour faire respecter notamment les accès du réseau souterrain.

Quant au reste, il faudra faire appel à la généralisation du télé-travail, et à l’étalement des horaires, pour lequel Catherine Guillouard pense que l’attestation de l’employeur est nécessaire. Et surtout au comportement citoyen des utilisateurs…

« Mais le pire du pire serait que les transports en commun sortent affaiblis de cette crise », déclare la patronne de la RATP. Elle se base sur la baisse de 80% de la fréquentation enregistrée dans les grandes métropoles asiatiques notamment, après la sortie progressive du confinement.

Le poste nettoyage en hausse exponentielle

D’où sa volonté de présenter un réseau irréprochable au niveau sanitaire. Les effectifs engagés sur les opérations de nettoyage sont passés de 1 300 à 1 700 personnes. Et, surtout, le budget de ce poste de dépense va flamber de 90 M€, en 2019, à 160 M€ cette année. Dès le 11 mai, une cinquantaine de distributeurs de produit hydro-alcoolique sera installée. Ils seront un millier d’ici la fin juin.

Une augmentation sensible des dépenses qui sera par ailleurs liée à une diminution certaine des recettes. « Nous tablons sur des pertes liées à la crise sanitaire autour des 350 M€ », calcule Catherine Guillouard, une somme qui s’ajoutera au coût de la grève contre la réforme des retraites.

La présidente de la RATP rassure cependant sur la trésorerie de l’entreprise, indiquant que 2,4 Mds€ ont été levés sur 30 ans.

Mais cette détérioration des comptes ne va pas sans poser des questions sur les relations avec l’Autorité Organisatrice. La RATP souhaite faire valoir la force majeure pour justifier la baisse de sa production, mais Ile-de-France Mobilités ne l’entend sans doute pas de cette oreille, préférant parler d’un partage des risques.

D’autant que cette dernière va devoir face, elle aussi, à une baisse des Versement Mobilités…