• Christine Cabiron

Aymeric Durandy, directeur opérationnel de Keolis mobilité Roissy

Propos recueillis le 6 mai 2020

Le réseau de transport à la demande Filéo desservant la plate-forme aéroportuaire de Roissy fonctionnera normalement le 11 mai 2020. Comme cela a été quasiment le cas pendant tout le confinement. Témoignage d’Aymeric Durandy, directeur opérationnel de Keolis mobilité Roissy.

Mobilité Magazine : comment a fonctionné le réseau Filéo pendant le confinement ?

Aymeric Durandy : le niveau d’offre a été maintenu car Filéo est utilisé quasi exclusivement par des professionnels. Notre réseau compte 813 arrêts et dessert la plate-forme aéroportuaire de Roissy qui est le premier pôle d’emplois de France. De plus, il dessert cinq hôpitaux dont nous avons renforcé les dessertes. Nous avons donc maintenu notre activité pour permettre aux salariés de pouvoir continuer de travailler. C’est un service qui fonctionne H24 et répond aux besoins de déplacement des personnes qui commencent très tôt ou finissent très tard. En 2019, nous avons enregistré plus de 994 000 validations par an. Soit environ 30 900 réservations par mois. Pendant le confinement, la fréquentation a bien évidemment baissé, mais il y a eu malgré tout 20 842 validations en mars et 4 574 en avril.

MM : comment vous-êtes organisés en interne pour assurer ces services ?

AD : Filéo emploie 120 salariés dont 94 conducteurs. Le service est opéré avec 50 véhicules. Le 3 mars, nos représentants du personnel ont déposé un avis de danger grave et imminent. Celui-ci a été levé en deux heures car nous avions anticipé cette crise et pris un ensemble de mesures visant à protéger les salariés. Nous avions en stock du gel hydroalcoolique, des lingettes, aérosols, des combinaisons, des masques. Résultat : nous n’avons pas eu de droit de retrait. Sur 120 salariés, seules 4 ont été en garde d'enfant. Au plus fort de la crise, le taux d’absentéisme lié au Covid-19 a été de 9%. Ce qui nous a permis de maintenir notre activité quasiment à 100% depuis le début de la crise.

MM : quelle était l’ambiance dans l’entreprise ?

AD : toutes les mesures de protection prises ont créé un climat de confiance. Nous sommes unis face à l'adversité. Il y a un fort engagement des équipes. L'encadrement était physiquement présent dans l’entreprise. Les conducteurs nous voyaient tous les jours. Nous étions à leurs côtés. Il y a eu une mobilisation superbe des équipes. Je rends hommage aux partenaires sociaux qui ont été responsables et ont joué le jeu. Les conducteurs aussi ont été très engagés et courageux. On l’oublie un peu, mais ils sont enfermés 7h dans un bus avec des voyageurs qui sont potentiellement malades. D'où une peur instinctive de contracter le virus, et pire de le ramener chez eux. Or, ils sont venus tous les jours travailler avec cette angoisse y compris au plus fort de la crise. Donc : respect !

MM : quelles mesures de protection allez-vous prendre le 11 mai 2020 ?

AD : nous allons maintenir celles que nous avons déjà déployées. En prévision de la remonté par la porte avant, le poste de conduite sera isolé avec une bâche car nos véhicules n’ont pas de portillons d’accès ni de vitre anti-agression. Le nettoyage renforcé des véhicules sera maintenu. Nous allons neutraliser un siège sur deux avec une signalétique claire. Nous continuerons aussi de mettre à la disposition de nos salariés tous les équipements de protection nécessaires (gants, lingettes, masques…)

MM : qu’est-ce que cette crise a révélé ?

AD : notre extrême dépendance vis à vis de fournisseurs qui sont à l'autre bout du monde. Elle remet également en cause les théories économiques du zéro stock.

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