• Christine Cabiron

Frédéric Decompte, directeur des transports et mobilités durables de l’agglomération de Draguignan

Propos recueillis le 30 avril 2020

L’agglomération de Draguignan rétablira une offre de 100% sur les lignes régulières urbaines et de 100% sur les interurbaines. Les circuits scolaires fonctionneront normalement. La gratuité des transports publics sera prolongée jusqu'au 30 juin 2020. Témoignage de Frédéric Decompte, directeur des transports et mobilités durables de l’agglomération de Draguignan

Mobilités Magazine : quel est l’impact du Covid-19 sur la mobilité dans l’agglomération de Draguignan ?

Frédéric Decompte : la fréquentation a chuté de 80%. En temps normal, nous enregistrons 700 000 validations par an. L’agglomération Dracénie Provence Verdon organise dix lignes régulières (dont trois sont gérées en régie) et sept lignes interurbaines confiées à des transporteurs dans le cadre de marchés publics. Le niveau d’offre actuel est de 30%. Nous avons maintenu le transport à la demande car ce service est emprunté chaque jour par une trentaine de personnes qui ont des déplacements impératifs.

MM : quelle est votre organisation interne ?

FD : l’entreprise emploie 40 salariés dont 37 conducteurs. Seule, une personne est en arrêt pour garde d'enfants. Nous avons adapté le planning des conducteurs. Ils alternent 3 jours de travail et 3 jours à domicile. Nous avons renforcé les opérations de nettoyage des véhicules. Les bus ne sortent qu'une demi-journée et sont systématiquement nettoyés après.

MM : quelles mesure sanitaires allez-vous vous prendre le 11 mai 2020 ?

FD : la montée par la porte arrière sera maintenue, tout comme le confinement du poste de conduite. La gratuité du réseau (instaurée le 16 mars) sera maintenue jusqu’au 30 juin pour accompagner le pouvoir d’achat des habitants. Nous maintiendrons également la neutralisation d’une place sur deux, effective depuis le début du confinement. Nous limiterons le nombre de personnes à bord des véhicules. Nous fermerons les portes lorsque ce quota (en cours d’évaluation) sera atteint ou alors nous ne marquerons pas l’arrêt.

MM : que se passera-t-il si un voyageur ne porte pas de masque ?

FD : les conducteurs seront chargés d’effectuer un contrôle visuel. Si un voyageur n’obtempère pas, nous appellerons les services de police. Nos agents seront aussi présents sur le terrain pour mener des actions de médiation dans la mesure où ils ne s'exposeront pas à des risques. Une chose est sûre : le bus ne partira pas si une personne sans masque veut monter.

MM : quel sera le niveau d’offre au moment du déconfinement ?

FD : 100% des services urbains fonctionneront. L’interurbain disposera d’une offre à 100%. Cela paraît énorme, mais si nous supprimons un service, nous risquons d’avoir une affluence à certaines heures. Ce qui posera des problèmes de distanciation physique.

MM : qu’en sera-t-il pour les transports scolaires ?

FD : dans l’agglomération, les services primaires sont différenciés des services collèges et lycées. A partir du 11 mai, nous adapterons l’offre en fonction de l’ouverture des établissements scolaires, car elle diffère d’une commune à l’autre. Nous allons condamner un siège sur deux en quinconce. Du moment où les effectifs des classes seront divisés par deux, nous pourrons faire respecter la distanciation physique. L’agglomération a décidé de doter chaque élève inscrit au TS (soit 3500 élèves) de masques en tissu lavable et réutilisable.

MM : en combien de temps vous êtes-vous mis en ordre de marche pour modifier l’organisation des transports publics ?

FD : nous étions en veille sur le Covid-19 depuis le 26 février. Nous sommes un territoire habitué aux crises : nous avons vécu des inondations en 2010, 2011, 2013 et 2019. Nous avons une bonne culture du risque qui découle du plan intercommunal de sauvegarde que nous avons activé le 5 mars. Cela nous a permis de réagir plus vite. Cette culture nous a permis de nous relever et d'avoir les mécanismes de résilience.

MM : qu’est-ce que cette crise du Covid-19 a révélé ?

FD : elle révélé encore plus le rôle d'utilité publique et sociale du transport public. Nous transportons des personnes qui vont faire des courses, qui travaillent dans les secteurs de l'alimentation et hospitalier. Le Covid-19 souligne la beauté du métier qui est d'être au service de nos concitoyens. Cet engagement est partagé par notre personnel. L’ensemble des agents a vraiment été à la hauteur des enjeux depuis le 16 mars car conduire dans un climat anxiogène n’est pas évident.

MM : quel est l’impact financier de cette crise sanitaire ?

FD : nous avons perdu près de 600 000€ de recettes commerciale. Cette crise aura également un impact sur le versement mobilité. Il faut savoir que dans notre territoire, un emploi sur deux est public. Mais globalement nous allons amortir le coup. L’impact financier est supportable par l'agglomération qui va un peu piocher dans ses réserves. Par conséquent nous pourrons financer les mesures sanitaires. Notre inquiétude est de savoir comment nous allons reconquérir la clientèle car en 2019, la fréquentation des transports publics a augmenté de 10%, grâce à la nouvelle offre déployée en 2018.

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