• Christine Cabiron

Joaquim Bertoluci, DG de la SPL Chartres métropole transport

Propos recueillis le 28 avril 2020

L'offre de transport public à Chartres devrait être de 80% le 11 mai 2020. L'ensemble des services scolaires seront assurés. Des mesures de protection ont été prises pour les salariés et la collectivité réfléchit à limiter le nombre de voyageurs par bus. Explication de Joaquim Bertoluci, directeur général de la SPL Chartres métropole transport.

Mobilités Magazine : quelle organisation avez-vous mis en place à Chartes pour assurer la continuité des transports publics ?

Joaquim Bertoluci : depuis le 23 mars, nous opérons 47% des services et instauré la gratuité des transports. En effet, comme nous avons interdit la montée par la porte avant et que les valideurs se trouvent à ce niveau, il était impossible aux voyageurs de valider leur titre de transport. Dés le début du confinement, nous avons eu des problèmes d’absentéisme liés aux gardes d'enfants mais aussi en lien avec des pathologies à risque. Nous avons donc eu recours au chômage partiel. Le réseau fonctionne actuellement sur une amplitude de 14h, contre 16h habituellement. Une cinquantaine de conducteurs (sur 136) travaillent quotidiennement pour assurer les services. Quatre personnes sont en télétravail. Les vérificateurs ont été encouragés à prendre des congés et des jours de récupération. A la maintenance, la totalité des effectifs est présente. Nous réalisons moins de 3 000 voyages par jour contre 25 000 à 30 000 en temps normal.

MM : comment préparez-vous la fin du confinement ?

JB : nous sommes dans l’expectative. Nous sommes en concertation avec l’autorité organisatrice et nos partenaires sociaux. En interne, nous avons instauré un parcours d’entrée et de sortie pour accéder aux locaux et distribué des masques. Les véhicules sont désinfectés tous les jours et nous avons mis à la disposition des conducteurs un virucide à la prise de service qu’ils utilisent avec des lingettes. Nous avons par ailleurs commandé via la Centrale d’achat du transport public du gel hydroalcoolique et des masques. En prévision de la levée de la gratuité, nous allons installer des plexiglas de protection pour les postes de conduite.

MM : comment prévoyez-vous de faire respecter le port du masque dans les bus ?

JB : tout dépendra si nous réinstaurons la montée par l’avant et la vente à bord. Pour l’instant, ces questions ne sont pas tranchées. Autre question en suspend : nos vérificateurs auront-ils le droit de refuser de laisser monter des personnes sans masque ?

MM : comment allez-vous procéder pour assurer la sécurité dans les transports scolaires ?

JB : à ce sujet aussi il y a encore beaucoup d’incertitudes. Dans un car de 60 places, s’il y a 20 élèves, nous serons capables de les positionner un seul par banquette. Par contre, j'’ai une grande inquiétude pour faire respecter la distanciation sociale dans les bus. Nous ne savons pas quel sera le savoir-être des passagers. Aux arrêts de bus, nous serons incapables de mettre du personnel pour gérer l’affluence aux heures de pointe. Nous envisageons aussi une distribution de gel hydroalcoolique à l’intérieur des véhicules.

MM : quel sera le niveau d’offre le 11 mai 2020 ?

JB : le plan de transport n'est encore totalement arrêté. Même si la rentrée scolaire est échelonnée, nous devrons malgré tout organiser l’intégralité de nos circuits scolaires. Pour le réseau urbain, nous reprendrons une activité de l’ordre de 80% au regard du taux d’absentéisme que j’évalue à 20%. Pour rassurer la clientèle, nous communiquerons sur les procédures de désinfection des véhicules. Nous délivrerons aussi des messages de civisme pour rappeler que chaque déplacement doit être nécessaire et utile en respectant les distanciations sociales. Si le bus est plein, nous les inviterons à attendre le suivant. Enfin, nous réfléchissons à limiter le nombre de personnes à bord, mais c’est difficile car nous n'avons pas de cellules de comptage.

MM : quelle est l’ambiance dans l’entreprise ?

JB : elle est plutôt sereine. Je pense que cette crise va changer la nature des relations entre les salariés. L’ambiance est même plutôt joyeuse chez les personnes qui travaillent. Nous appelons une fois par semaine, les salariés en chômage partiel pour maintenir le contact et les rassurer car ils sont très inquiets.

MM : quel est l'impact financier de cette crise ?

JB : il sera forcément très important du fait de la perte de recettes commerciales (180 000 à 200 000€/mois) et de la baisse du versement mobilité. Il sera imputé de l’ordre de 1 à 3 M€. Ce qui sera un manque à gagner énorme pour la collectivité. Cela va remettre en question les projets de développement des transports publics. De plus nous avons des surcoûts liés aux équipements de protection sanitaires (entre 12 000 et 15 000€) auxquels il faut ajouter ceux liés aux opérations de nettoyage renforcées que se chiffrent entre 20 000 et 25 000€.

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