• Christine Cabiron

Guillaume Tierny, DG de la Compagnie des transports du Bas-Rhin

Propos recueillis le 27 avril 2020

La Compagnie des transports du Bas-Rhin va maintenir la gratuité des services de transports interurbains jusqu’à fin mai 2020. Les voyageurs seront installés en quiconque dans les cars et séparés par un siège pour assurer la distanciation sociale. Explications de Guillaume Tierny, directeur général de SPL La Compagnie des transports du Bas-Rhin (CTBR).

Mobilités Magazine : quelle offre avez-vous mis en place dans le Bas-Rhin pendant le confinement ?

Guillaume Tierny : nous assurons aujourd’hui 10% des services. Nous avons réduit progressivement l’offre pour inciter au confinement, s’adapter à la fréquentation et permettre aux conducteurs de ne plus effectuer de relèves durant la journée. Depuis début avril, seules les six lignes principales du réseau fonctionnent à raison de deux allers/retours par jour, à l’exception de la ligne entre Strasbourg et Wasselonne qui dispose de quatre allers/retours. Ces services sont accessibles gratuitement depuis un mois et le seront encore jusqu’à fin mai. Parallèlement, nous avons mis en place un service de TAD destiné aux soignants que nous avons sous-traité à des taxis. Nous avons créé en interne une centrale de réservation pour organiser les voyages.

MM : comment avez-vous organisé le travail ?

GT : la CTBR est une société publique locale détenue à 80% par la région Grand-Est et l’Eurométropole de Strasbourg. Elle opère 36 lignes interurbaines et emploie 125 salariés dont 100 conducteurs. Nous avons eu recours au chômage partiel à l’exploitation, à la maintenance et dans les services administratifs. Les deux tiers des services support sont en télétravail. Pour des questions d’organisation et de respect des mesures sanitaires, nous avons organisé des roulements pour limiter le nombre de personnes dans l’entreprise et à l’atelier. En mars, nous avons distribué du gel hydroalcoolique et des gants à l’ensemble des salariés. Dans les cars que nous désinfectons chaque jour, nous avons suspendu la vente à bord, la montée par la porte avant et condamné la 1ère rangée des sièges derrière le poste de conduite.

MM : quelle est l’ambiance au sein de l’entreprise ?

GT : nous avons maintenu un dialogue non seulement social mais aussi continu avec l’ensemble des salariés. Chacun s’est un peu retrouvé face à lui-même du fait du confinement, donc cela a généré des appréhensions. Les chefs de service appellent régulièrement les salariés pour garder un lien avec eux.

MM : comment préparez-vous le déconfinement du 11 mai 2020 ?

GT : malgré les nombreuses incertitudes, nous travaillons sur plusieurs scénarios, mais nous n’avons encore rien arrêté. Nous travaillons également avec les membres du comité de direction et les représentants du personnel sur des mesures sanitaires qui nous paraissent les plus appropriées non seulement dans les véhicules mais aussi dans les bâtiments.

MM : en quoi vont-elles consister ?

GT : dans les cars, nous allons maintenir l’interdiction de monter par la porte avant. Nous ne vendrons pas non plus de titres de transport dans les cars. Nous allons développer des solutions digitales pour remplacer la vente à bord. Nous allons mettre en place un marquage pour respecter la distanciation sociale. Les voyageurs s’assoiront en quinconce, un siège sur deux. Nous avons aussi décidé de ne pas utiliser les systèmes de ventilation et d’aération dans les cars. Pour l’instant, nous pouvons encore nous affranchir de la climatisation.

MM : comment envisagez-vous de faire respecter le port du masque dans les cars ?

GT : cela fait partie des difficultés que nous allons rencontrer. Les conducteurs n’ont pas vocation à faire respecter ce type de mesure. De plus, en interurbain, c’est compliqué de faire appel aux forces de l’ordre. Je pense qu’il y aura une sorte d’autodiscipline chez nos clients. Dans les bâtiments, nous allons limiter au maximum la présence des salariés. Pour les conducteurs, nous prévoyons d’organiser les services pour qu’ils fassent leur coupure à l’extérieur.

MM : qu’est-ce qui est le plus dur à gérer dans une telle crise ?

GT : c’est l’incertitude des jours suivants. Au départ, nous avons dû nous adapter dans l’urgence et prendre des mesures de protection. Aujourd’hui, nous ne pouvons pas nous projeter quant au niveau d’offre à mettre en place. Tout dépendra de l’ouverture des établissements scolaires. Cet élément déterminera le niveau d’offre. Nous serons aussi contraints par le taux d’absentéisme au sein de l’entreprise. Nous prévoyons plusieurs solutions pour ne pas être pris au dépourvu.

MM : quelle stratégie de communication allez-vous mettre en œuvre pour rassurer vos clients ?

GT : en 2019, nous avons réalisé 3,2 millions de voyages, en hausse de +2,3%. De nombreux clients vont privilégier dans un premier temps les modes de transport individuel. Dans les agglomérations, ils opteront pour le vélo. En interurbain, ils prendront leur voiture. Ce qui va provoquer des problèmes de circulation au sein des métropoles. Nous devrons les rassurer pour qu’ils reprennent les transports interurbains.

MM : Quels sont les impacts financiers de cette crise ?

GT : en temps normal nous enregistrons 4 M€ de recettes commerciales par an. Fin mai, nous aurons un manque à gagner de 1 M€. Nous avons aussi des coûts supplémentaires liés à l’achat d’équipements de protection. Il est trop tôt pur tirer un bilan de la crise sur le plan financier d’autant plus que l’impact sur les recettes va probablement durer.

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