• Christine Cabiron

Ludovic Jourdain, DG de la STAS

Propos recueillis le 20 avril 2020

La Société des Transports de l’Agglomération Stéphanoise a élaboré plusieurs scénarii pour la reprise de l’activité le 11 mai 2020. Elle prévoit une offre supérieure au potentiel de fréquentation pour que la distanciation sociale soit respectée à bord des véhicules. Témoignage de Ludovic Jourdain, directeur général de la S.T.A.S.

Mobilités magazine : quels services assurez-vous aujourd’hui à Saint-Etienne?

Ludovic Jourdain : le niveau d’offre actuel est de 34% depuis le 30 mars. Nous étions descendus à 30% mais nous avons rétabli les services de soirée pour répondre aux besoins des établissements hospitaliers. Ces services de nuit fonctionnent jusqu’à 23h30. Nous avons modifié l’exploitation du tramway (une ligne a été arrêtée car elle était peu fréquentée) qui dispose désormais d’une fréquence de 16 mn. Nous avons injecté sur la ligne principale des rames de grande capacité pour assurer les distanciations sociales. Actuellement nous réalisons entre 7 et 10% de la fréquentation habituelle qui s’établit à 160 000 voyages par jour.

MM : pourquoi avez-vous instauré du transport à la demande pour les soignants en plus de vos service de soirée?

LJ : les lignes régulières ne répondaient pas à tous les besoins des salariés du CHU et des Ehpad qu’ils soient soignants, administratifs, agents de nettoyage et de sécurité. A la demande du président de la métropole, ce TAD a été ouvert le 20 avril aux auxiliaires de vie. Chaque jour, une cinquantaine de personnes utilisent ce service pour lequel nous mobilisons six agents de la STAS et des taxis.

MM : sur quel effectif pouvez-vous compter aujourd’hui pour assurer la continuité du service public ?

LJ : sur 680 salariés, environ 160 travaillent tous les jours dont 90 conducteurs. Nous faisons des points de situation quotidiens avec l’encadrement pour adapter l’organisation dans le cadre du confinement. Nous sommes également en relation quotidienne avec l’autorité organisatrice et Transdev. Assez rapidement, le groupe a posé un cadre général concernant un plan de continuité de l’activité qui a été enrichi localement. Nous programmons actuellement les retours d’un certain nombre de salariés dans l’entreprise. Si le déconfinement est prévu le 11 mai, la montée en puissance de l’entreprise a débuté aujourd’hui pour que nous soyons prêts.

MM : comment envisagez-vous la reprise d’activité ?

LJ : ce sera un véritable challenge car nous devrons assurer le service public tout en respectant les règles de sécurité sanitaires. Nous allons élaborer plusieurs scénarii, mais il nous manque encore beaucoup de données liées au déconfinement du 11 mai. Nous allons proposer plusieurs niveaux d’offre de sorte à être très réactifs dés que les contours du déconfinement seront précisés. Nous allons de devoir inventer de nouveaux modèles de fonctionnement. L’offre de transport sera certainement supérieure à la clientèle attendue pour que la distanciation sociale soit respectée. Ce qui nécessitera de mobiliser plus de moyens en exploitation. En sachant que notre parc disponible (150 bus et 43 rames) n’est pas extensible.

MM : quelles seront les mesures sanitaires ?

LJ : nous allons distribuer des masques à nos salariés. Ils disposeront aussi de lingettes et de gants. Nous poursuivrons nos processus de nettoyage des véhicules. Depuis le début de la crise nous avons un double process de désinfection. Nous appliquons tous les jours un virucide sur l’ensemble des zones de contact sur l’ensemble parc. De plus, tous les véhicules en exploitation sont une deuxième fois désinfectés par la pulvérisation d’un virucide. Toutes ces opérations sont tracées : quand le véhicule a été désinfecté, nous apposons sur le pare-brise une sorte de scellé. Nous envisageons aussi d’installer des distributeurs de gel hydroalcooliques dans les véhicules.

MM : envisagez-vous de limiter le nombre de voyageurs à bord des véhicules ?

LJ : c’est une solution que nous étudions. Aujourd’hui, nos conducteurs de bus et tram signalent à notre PC toute fréquentation anormale estimée à 20 personnes dans un bus et à 40 dans un tram. Chaque jour, nous effectuons des contrôles avec les forces de l’ordre. Au départ, une personne sur quatre était verbalisée pour défaut d‘attestation. Aujourd’hui cette proportion a fortement diminué.

MM : quel sera l’impact du Covid-19 sur la fréquentation après le déconfinement ?

LJ : il n’y aura pas un off/on le 11 mai. A cette date, nos réseaux ne retrouveront pas les niveaux de fréquentation passés. Cette crise va remettre en question les modèles de productivité. Aujourd’hui, nous savons qu’un bus peut transporter X personnes. Après le 11 mai et pendant une période qu’il faudra apprécier, un bus en transportera moins.

MM : quelle est l’ambiance dans l’entreprise ?

LJ : elle est sereine. Les salariés et les partenaires sociaux ont appréhendé l’anxiété avec beaucoup de responsabilités. Les managers sont très présents sur le terrain. Dans ce type de crise, il y a un impact sanitaire mais aussi psychologique. C’est un virus dont on n’a pas tous les contours et dont on en apprend tous les jours. L’information est un point majeur dans la gestion de cette crise. La transparence dans la communication, y compris lorsque que nous n’avons pas les réponses, est un élément clef. Il faut être très clair avec les salariés.

MM : qu’est-ce que cette crise a révélé ?

LJ : c’est une crise inédite qui touche tout le monde. Elle a déclenchée de grands élans de solidarité dans la profession. J’insiste sur la responsabilisation des équipes. Franchement, les salariés sont engagés dans ce maintien de service public. Nous avons trouvé un équilibre entre sa continuité et la protection de nos agents. C’est pour cela que le réseau a tenu. Notre métier de service public n’a jamais autant pris sa valeur et tout son sens.

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