• Paul Will

En attendant… Edouard Philippe


Emmanuel Macron a tenu, le 23 avril, une visio-conférence, durant près de quatre heures, avec 22 maires dont la plupart des présidents d’associations de maires. Son objet : la préparation du plan de déconfinement. Ou du moins l'écoute par le chef de l'Etat des remarques et des attentes des élus.

Des consignes nationales…

Ce n’est pas un des moindres paradoxes de la période : les élus attendent des consignes nationales mais on sait que le déconfinement, nécessairement progressif, se fera selon les situations rencontrées au niveau local. Les régions elles-mêmes le concèdent : elles organisent les transports scolaires mais il faudra tenir compte de l’avis des maires, des gestionnaires de bâtiment, du personnel mis à disposition par les mairies (en plus évidemment, de la consultation des organisations syndicales, côté enseignants, comme côté personnels de conduite pour les entreprises qui effectuent le transport scolaire).

La plupart des élus ont demandé au chef de l’Etat la fixation de consignes nationales mais avec la possibilité d’être adaptées localement. Résultat : si le président de la République est apparu ouvert à un déconfinement « adapté aux territoires », il semble en revanche opposé à une stratégie par grandes régions. Pourtant, le niveau de contamination n’est pas homogène, des régions sont fortement touchées pendant que d’autres sont relativement épargnées.

Le Premier ministre va présenter un plan de déconfinement à l’Assemblée nationale le 28 suivi d’un vote des députés. Les associations d’élus seront évidemment consultées.

Et toujours la question des masques !

Le sujet empoisonnera les débats jusqu’à la fin. Faute de masques, faute de mesures de prévention suffisantes et assez tôt, le gouvernement court derrière la crise plutôt qu’il ne peut reprendre l’initiative. Le plan de déconfinement présente aujourd’hui par le Premier ministre constitue une tentative de reprendre la main mais les questions demeurent ouverte : les élus présents (à la visioconférence du 23 avril) ont réclamé plus de clarté, plus de souplesse, plus de masques et plus de tests.

Même le président de l’Association des petites villes de France a estimé, dans une interview donnée à l’Express, que « l’Etat ne doit pas se défausser sur les maires sur les consignes sanitaires comme les masques ». Le risque est grand de voir l’Etat tenté par l’idée de ne pas imposer de masques pour les transports publics, et laisser le soin aux opérateurs ou à leurs donneurs d’ordre de prendre la mesure…avec la nécessité alors de s’assurer de la fourniture de masques (voire de les acquérir).

Sur ce point, les régions se montrent peu enclines, à part quelques exceptions, à se laisser dans l’achat et la fourniture de masques. Tandis que les mesures s’assouplissent s’agissant de la vente de masques (buralistes, grandes surfaces et maintenant pharmacies), la question du caractère obligatoire du port du masque continue à se poser.

Réouverture des écoles

L’adaptation aux spécificités locales que réclament les élus locaux est logique : les règles en la matière relève de la responsabilité de l’Etat. C’est d’ailleurs lui qui, avec les mesures de réquisition et à cause d’une communication incohérente, a fait des masques un sujet des plus délicats (certes les réquisitions étaient motivées par l’approvisionnement des établissements de soin).

Parmi les sujets les plus sensibles abordés, toujours sous l’angle de l’adaptation aux spécificités : la réouverture des écoles avec la demande de différences d’approche selon la taille des communes ou les régions.

Emmanuel Macron a promis que cette rentrée serait « progressive, concertée avec les élus locaux et adaptée aux réalités locales ». Par ailleurs, il a souligné que ce retour à l’école dès le 11 mai vise à privilégier les élèves en décrochage scolaire et les enfants dont les parents sont déjà ou seront amenés à devoir retravailler (hors télétravail).

A la lumière de cette déclaration, on se demande ce que pourront être les circuits scolaires et si les cars seront à moitié vides. Il faudrait presque le souhaiter, car les mesures de distanciation sociale, faute de masques pour les élèves, ne toléreront pas des cars pleins…

Mais une chose est certaine, les chefs d’entreprise devront avoir pris les mesures adéquates de protection de leurs salariés, en particulier pour le personnel de conduite en « première ligne », comme il est désormais convenu de les appeler…