• Christine Cabiron

David Cronenberger, directeur de la RTCR

Propos recueillis le 17 avril 2020

A la Rochelle, la RTCR tente de limiter le nombre de passagers à bord des bus. Pour l'après-crise, l'entreprise souhaite travailler avec les générateurs de déplacements (écoles, entreprises, administrations) pour lisser la fréquentation et éviter la promiscuité. Interview de David Cronenberger, directeur de la Régie des transports communautaires Rochelais.

Mobilités Magazine : en combien d'étapes avez-vous réduit l'offre ?

David Cronenberger : la 1ère semaine du confinement, nous sommes passés à 80% puis à 50% la seconde. Depuis le 30 mars, nous assurons 45% de l'offre avec une fréquence à la demi-heure sur les lignes structurantes et à l'heure sur les lignes complémentaires. Sur les lignes principales nous avons maintenu une amplitude de 5h45 à 22h afin de façon à répondre aux besoins des personnels soignants. La fréquentation a fortement chuté puisque nous réalisons aujourd'hui 3 000 voyages par jour, contre 40000 voyages en temps normal.

MM : comment vous êtes-vous organisés en interne ?

DC : le RTCR emploie 280 salariés, dont 170 conducteurs. Aujourd'hui 73% de l'effectifs est en poste. Dés le début, nous avons privilégié le télétravail pour les administratifs, agents commerciaux et d'accueil. Nous avons ouvert des lignes VPN (Virtual private network, ndlr) pour limiter autant que possible la présence des salariés au bureau.

MM : quelles mesures de protection avez-vous prises vis à vis des salariés ?

DC : pour protéger les conducteurs, nous avons confiné le poste de conduite, arrêté la vente à bord, condamné la porte avant. Dés le départ, j'ai imposé le port du masque dans les zones de prises et de fin de service. Nous avions encore maintenu le système de relève en ligne mais en limitant à 2 le nombre de personnes par voiture avec obligation de porter des gants et un masque. Il y a 15 jours, nous avons supprimé les relèves en ligne et appliqué le principe suivant : un service, un homme, un bus. Lorsque ces véhicules changent de mains, le poste de conduite est dans l'intervalle passé au virucide tandis que tous les bus sont intégralement désinfectés tous les soirs.

MM : qu'en est-il pour les voyageurs ?

DC : nous avons multiplié l'information sur les gestes barrière et la distanciation sociale, y compris aux arrêts. Nous informons nos abonnés par SMS, mail, mais aussi via l'application mobile et notre site internet. Nous tentons de limiter à 20 le nombre de personnes dans les bus standards et à 30 dans les articulés. Les conducteurs évaluent la fréquentation. Dés qu'ils estiment que ce nombre est atteint, affichent complet sur la girouette et préviennent le PC régulation qui envoie un autre bus en renfort. Cette affluence est observée sur les lignes qui desservent les grands centres commerciaux. Pour autant, nous sommes incapables de modéliser l'affluence car elle n'a pas lieu tous les jours à la même heure.

MM : quelle est l'ambiance dans l'entreprise ?

DC : à l'image de la population, il y de l'angoisse, de la peur et beaucoup d'interrogations quant à la nature du virus, son mode de transmission. Cette inquiétude légitime est difficile à gérer car il y a beaucoup de questionnements auxquels il faut répondre. Nous informons notre personnel car tout ce que nous entendons quand on allume son poste TV est très anxiogène. Ce qui est notable, c'est que tous nos salariés font l'effort de venir au travail. Pas un ne s'est demandé si c'était raisonnable d'être maintenu à son poste. Je salue tous les salariés qui travaillent avec un professionnalisme remarquable dans des conditions de confinement qui ne sont pas évidentes. Ce n'est pas facile de gérer des salariés éclatés dans 20 communes dans un rayon de 30 min à 1h de l'entreprise. Mais finalement nous nous adaptons tous.

MM : comment avez-vous modifié l'organisation du travail ?

DC : dans les ateliers, nous avons modifié les horaires, les amplitudes et nous avons imposé le port masque. Ils jouent le jeu et sont vigilants. Encore une fois je salue le professionnalisme de nos équipes. Le transport public a su s'adapter et répondre aux besoins de mobilité pour tous ceux qui n'ont pas d'autres solutions pour aller travailler. Et ce malgré les angoisses, les craintes, les interrogations. Nous devons tout cela à nos salariés.

MM : pratiquiez-vous le télétravail au sein de la RTCR avant la crise ?

DC : nous le pratiquions au compte-gouttes car nous ne sommes pas une profession habituée à ce mode de fonctionnement. L'un des enseignements de cette crise est que l'entreprise peut fonctionner avec plus de télétravail dans une certaine limite. Une partie de nos effectifs en télétravail sont en souffrance du fait notamment de l'absence de communication directe. Nous sommes en régie, nous ne sous-traitons quasiment rien. Il y a beaucoup d’échanges entre notre communication, notre infographiste et notre community manager. Ces échanges s'effectuent aujourd'hui par téléphone et visioconférences mais honnêtement ce n'est pas optimal. Ce n'est pas facile de travailler ainsi quand on est à la maison avec des enfants.

MM : avez-vous rencontré des problèmes techniques liés au télétravail ?

DC : grâce à des accès VPN, tous nos progiciels métiers propres au transport sont accessibles à distance. Nos salariés sont depuis chez eux comme s'ils étaient devant leur poste de travail. Au bémol près que le débit n'est pas le même selon les secteurs où ils habitent. Avec cette crise sanitaire, nous avons constaté qu'il y a une iniquité profonde entre les territoires sur l'accès à ce qui est fondamental aujourd'hui : le débit. Nous vivons au quotidien ce problème dont on entendait parler. Les fractures numériques apparaissent petit à petit de façon flagrante.

MM : pensez-vous à l'après-crise ?

DC : oui évidemment à court, moyen et long terme. Pour le court terme, nous avons une date : le 11 mai. S'il est question de la fin du confinement strict, nous n'avons pas plus de précisions sur le processus du déconfinement. Le port du masque sera-t-il ou non obligatoire dans les transports en commun ? Qu'en sera-t-il de la distanciation sociale ? Si aujourd'hui nous estimons raisonnable de ne pas avoir plus de 20 personnes dans un standard et 30 dans un articulé, comment va-t-on faire si tout le monde revient dans nos bus en même temps ?

MM : quelles solutions envisagez-vous pour éviter la promiscuité ?

DC : il faudra qu'il y ait une concertation entre l'Education nationale, les administrations, les entreprises et les transports publics pour étaler les heures de pointe et "diluer" la fréquentation. A moyen et long terme, nous ne savons pas si cette crise va modifier profondément les comportements. Va-t-elle installer durablement une sorte d'anxiété à la promiscuité et au contact dans les transports publics ? A titre personnel, je redoute que l'anxiété perçue aujourd'hui ne devienne contre productive et entraîne un retour au tout voiture dans les agglos.

MM : comment envisagez-vous de vous adapter ?

DC : il faudra adapter durablement le transport de masse à d'autres visions du vivre-ensemble et de la promiscuité. Peut-être, faudra-t-il envisager plus de télétravail au sein des entreprises. Dans tous les cas, il faudra trouver des solutions prônant plus de souplesse et moins de concentration car l'extension des moyens humains et techniques n'est pas possible à l'infini car cela posera la question de l'économie du transport public de façon générique. Il faudra d'abord penser autrement les déplacements et tous les éléments générateurs de ceux-ci. Cette crise sanitaire modifiera durablement les comportements avec un danger : que les gens se précipitent sur les modes individuels. Ce qui sera une catastrophe écologique évidente.

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