• Christine Cabiron

Thierry Durand, directeur de la Régie mixte des transports toulonnais

Propos recueillis le 16 avril 2020

A Toulon, la RMTT utilise un purificateur d’air pour désinfecter les véhicules. L’entreprise prépare la reprise de l’activité, mais il reste encore beaucoup d’inconnues quant au niveau d’offre qu’il faudra mettre en place. Témoignage de Thierry Durand, directeur de la Régie Mixte des Transports Toulonnais.

Mobilités magazine : comment s'est opérée la réduction de l'offre sur le réseau Mistral?

Thierry Durand : nous l'avons réduite en trois étapes en concertation avec la métropole toulonnaise. Actuellement nous assurons 35% des services, ce qui correspond à une offre du dimanche améliorée. Nous avons maintenu une desserte quotidienne dans chacune des 12 communes de l'agglo. Nous avons réorienté les services pour desservir prioritairement les établissements sanitaires et élargi un peu l'amplitude pour cela.

MM : le confinement est-il bien respecté ?

TD : dans l'ensemble oui. Mais début avril - comme à chaque début de mois - nous avons constaté un pic de fréquentation de 10h à 15h30. Les polices nationales et municipales ont effectué des contrôles et nous nous sommes aperçus qu'il s'agissait de personnes qui allaient à la Poste ou à la banque. De ce fait nous avons injecté des bus articulés pour que soit respectée la distanciation sociale.

MM : qu'a-t-il été décidé concernant 4 lignes maritimes que vous exploitez également?

TD : nous avons considérablement réduit leur amplitude. Celle qui dessert un établissement de formation militaire a été arrêtée assez tôt. Sur les trois autres nous avons maintenu la même amplitude, mais la fréquentation a fortement chuté. Nous réalisons 3% de voyages, là où il y en 1,9 million par an. La fréquentation dans les bus est de 7 %. C'est un véritablement effondrement car en 2019, nous avons réalisé 32 millions de voyages.

MM : quelle organisation interne avez-vous instaurée ?

TD : la RMTT emploie 762 salariés, dont 480 conducteurs et 60 marins et fonctionne avec un peu plus de 300 véhicules. Le 16 avril, 182 personnes travaillaient. Globalement 97 conducteurs travaillent tous les jours, ainsi que quatre équipages de deux marins. Nous avons 261 personnes en chômage partiel et 25 en télétravail. La maintenance fonctionne normalement. Ce service est peu impacté par la baisse d'activité, ce qui est une occasion pour rattraper le retard.

MM : quelles mesures de protection avez-vous mises en place?

TD : les relèves s'effectuent au dépôt où les bus sont systématiquement désinfectés à midi.

Comme les autres réseaux, nous avons interdit la montée par l'avant, isolé le poste de conduite avec du rubalise, levé les vitres anti-agression, suspendu la vente de titres de transport à bord et affiché les gestes barrières. Nous avons aussi distribué à nos conducteurs du gel hydroalcoolique. Dans les bateaux, la distanciation sociale s'est appliquée "naturellement" du fait de la chute de la fréquentation.

MM : pourquoi avez-vous fait le choix de désinfecter vos bus et bateaux avec un purificateur d’air ?

TD : notre prestataire de nettoyage nous a proposé solution BioZone® , utilisée par la NASA pour désinfecter ses navettes. Le principe consiste à pulvériser de l'ozone et des ions négatifs. Il suffit pour cela de suspendre le diffuseur à une barre de maintien dans un bus et de le brancher. L'utilisation est d'une facilité déconcertante et ça ne produit aucun déchet : ni eau sale, ni produit détergeant. Nous sommes assez fiers de recourir à cette solution qui est aussi recommandée par le CNRS et la plupart des blocs opératoires des hôpitaux.

MM : quelle est l'ambiance dans l'entreprise ?

TD : aujourd'hui, nous sommes entrés dans une sorte de routine. Les partenaires sociaux ont été très constructifs. Ils ont très vite pris la mesure du problème et ont été porteurs de messages positifs. Pour les agents de maintenance qui doivent aller chercher des véhicules tombés en panne en ligne, nous avons mis des règles de protection plus drastiques car ils étaient inquiets. Pour les conducteurs, nous avons établi des roulements pour équilibrer la charge de travail et éviter les heures supplémentaires. Aujourd'hui, toutes les mesures barrières sont entrées dans les habitudes.

MM : pensez-vous d'ores et déjà à l'après-crise ?

TD : oui nous en discutons avec l'autorité organisatrice. Si le 11 mai nous devons respecter les règles de distanciation, il faudra un parc et des effectifs plus importants. Il reste néanmoins beaucoup d'interrogations. Faudra-t-il confiner tous les postes de conduite ? Ce sera possible dans les bus standards mais pas dans les minibus qui n'ont pas de vitre anti-agression. Il faudra donc trouver des solutions avec du plexiglas ou du film plastique. Autre interrogation : nous ne savons quel niveau d'offre nous devrons déployer. Tout dépendra des procédures de déconfinement. Nous devrons aussi préparer la saison d'été même s'il risque d'y avoir moins de touristes. Enfin, nous attendons de savoir si le port du masque et des gants sera obligatoire.

MM : qu'est-ce qui est le plus dur à gérer dans cette crise?

TD : c'est le moral des troupes. Nous avons tous eu des proches touchés directement ou indirectement par le Covid-19. Même si elle est dissimulée, la peur est présente. Les salariés ont besoin de parler, de s'exprimer, d'être rassurés. Cinq agents ont été touchés par le virus. Nous avons expliqué aux autres que les règles avaient été respectées, que ces personnes étaient confinées, que nous avions mené les enquêtes nécessaires pour savoir quels contacts elles avaient eu. J'ai recommandé à mon encadrement de veiller à ce que personne ne reste isolé. Nous ne savons pas dans quelle condition vivent les salariés en chômage technique. Donc, nous prenons de leurs nouvelles régulièrement. Dans l'entreprise, nous avons chance d'avoir une infirmière à plein temps. Elle est très impliquée. Nous avons aussi une cellule de soutien psychologique, destinée initialement aux salariés agressés ou insultés. Si des salariés ont des craintes quant à cette épidémie, ils peuvent contacter l’un des psychologues avec qui nous travaillons.

MM : quel sera l'impact du Covid-19 sur la mobilité toulonnaise ?

TD : la progression de la fréquentation (+6 % en 2019) risque d'être ralentie. Les lieux de rassemblement n'ont pas bonne presse. Or dans un bus, même si ce n'est pas le métro parisien, il y a du monde en heure de pointe et les clients peuvent être tassés. A mon avis, nous allons perdre une frange de personnes qui seront dubitatives, inquiètes quant à la proximité. Il nous faudra quelques mois, voire quelques années pour retrouver le niveau de trafic du dernier trimestre 2019.

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