• Christine Cabiron

Roland de Rechniewski, directeur d'exploitation de la C.A.M.

Propos recueillis le 16 avril 2020

La Compagnie des Autobus de Monaco a réduit l'offre de 50%. L'entreprise prépare la reprise de l'activité et prévoit un certain nombre de mesures pour protéger les salariés et les voyageurs. Interview de Roland de Rechniewski, directeur d'exploitation de la C.A.M.

Mobilités Magazine : quelle offre de transport public avez-vous maintenue dans la principauté de Monaco?

Roland de Rechniewski : au moment de la fermeture des écoles, nous avons maintenu les services normaux pour s'assurer que les gens n'allaient pas être serrés dans les bus. Au bout de trois jours, nous avons constaté une diminution très nette de la fréquentation sur nos six lignes. Nous avons donc instauré les services du samedi pendant un jour puis une offre du dimanche. Ce qui correspond à la moitié des services avec une fréquence divisée par deux. Toutes les lignes de nuit ont été suspendues. Nous avons aussi arrêté le bateau-bus qui dessert le terminal croisières. Ce service, opéré par la société Monaco Riviera Navigation et intégré au réseau urbain, transporte 120 000 passagers par an. Il a été suspendu car il n'y a plus de croisiéristes. Actuellement, les transports publics fonctionnent de 7h à 21h15 avec 38 salariés contre 90 en temps normal sur un effectif de 145 personnes. Globalement, un conducteur travaille un jour sur trois. Le reste du temps il est en chômage partiel.

MM : quelle organisation interne avez-vous mis en place ?

RdR : nous avons regroupé nos trois lieux de remisage en un seul. L'objectif est de limiter les mouvements. Les relèves en ligne ont été maintenues mais elles sont organisées différemment. La partie avant des bus a été isolée avec un film transparent. Nous avons distribué des lingettes et des masques. Le fait d'avoir pris des mesures de protection très tôt ( à partir de février) a permis de détendre l'ambiance. Nous avons pour cela réalisé un travail en profondeur avec les délégués du personnel. Il y a eu beaucoup d'échanges, beaucoup d'idées.

MM : quelles mesures de protection avez-vous pris ?

RdR : dans notre réseau, les bus sont traditionnellement nettoyés tous les jours à l'extérieur et à l'intérieur. Nous avons ajouté des virucides et un nettoyage intérieur supplémentaire en milieu de journée et installé des distributeurs de gel hydroalcoolique.

MM : quelle stratégie de communication avez-vous déployé pour informer les voyageurs?

RdR : nous envoyons de push sur notre application mobile. Nous diffusons aussi des infos sur CityMapper et sur nos écrans dynamiques dans nos arrêts. Pour l'achat des titres de transports, nous avons incité les voyageurs à se numériser encore un peu plus, en sachant que l’essentiel de nos clients sont abonnés. Pour les occasionnels, le problème ne se pose pas car il n'y a plus de touristes.

MM : quel est l'impact de cette épidémie sur la fréquentation ?

RdR : habituellement, nous transportons entre 24 000 et 27 000 personnes par jour. Nous allions entrer dans la période touristique et des grands évènements qui ont été annulés. C'est un sacré bouleversement pour une ville-état qui vit en grande partie du tourisme. Aujourd'hui, nous transportons des gens qui vont travailler ou faire leurs courses. Par contre, nous avons "perdu" les pendulaires qui habitent en France.

MM : en quoi cette crise sanitaire est particulière ?

RdR : il faut aller vite. C'est assez libérateur en ce sens où l'on n'a pas le temps de se poser 10 000 questions pour prendre une décision. Pour autant, il ne faut pas avoir peur de se tromper. Mais cela implique une grande réactivité pour mettre en place des correctifs. Nous avons appris à l'être et finalement c'est un exercice palpitant. C'est une crise totalement inédite. La succession des priorités n'est pas la même.

MM : réfléchissez-vous déjà aux mesures sanitaires que vous devrez prendre lors de la reprise de l'activité ?

RdR : nous travaillons sur des prototypes de parois en plexiglas pour isoler nos conducteurs. Nos véhicules n'ont pas de vitres anti-agression car nous n'avons pas ce type de problème à Monaco. Deux prototypes en cours d'évaluation et nous allons lancer la production pour être prêts en mai. Des lingettes seront en permanence à la disposition des conducteurs dans les bus pour nettoyer leur poste de conduite. Ils auront aussi un flacon de gel hydroalcoolique. Nous avons équipé les salariés de deux types de masques. Des sociétés de Monaco en confectionnent. Nous allons aussi en imprimer en 3D.

MM : comment allez-vous procéder pour que les distanciations sociales soient respectées dans les bus ?

RdR : aujourd'hui les gens savent qu'il faut se tenir à distance. Le font-ils vraiment ? C'est très variable selon les individus. Plusieurs questions se posent à ce sujet : doit-on avoir un rôle de régulateur ? Doit-on imposer un nombre de personnes maximum dans les bus ? Comme fait-on pour faire descendre les gens si le quota est atteint ? La situation sera compliquée. Nous informerons sur les mesures à suivre délivrées par le gouvernement monégasque et l'UITP. Nous mettrons également à la disposition des voyageurs des distributeurs de gel hydro alcoolique. Supprimer des sièges n'a pas de sens car dans un bus on passe toujours à côté de quelqu'un. Notre mission c'est de transporter en sécurité les voyageurs, de donner les bons conseils et de protéger nos salariés.

MM : quel est l'impact financier de cette crise sur la CAM ?

RdR : il sera important dans la mesure où une grande partie de l'activité repose sur le tourisme. Sur 7 millions de voyages annuels, cette clientèle en réalise environ 2,5 millions. S'il n'y a pas de touristes cet été, nous allons perdre environ 2 M€. Certes, comme nous roulons moins, nos coûts de carburant et d'amortissement sont moins élevés. Mais cela de compensera pas la baisse des recettes commerciales.

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