• Christine Cabiron

Jean-Michel Gressard, directeur Vectalia Béziers Méditerranée

Propos recueillis le 15 avril 2020

A Béziers, la fréquentation du réseau beeMob a chuté de 90%. Des réflexions sont en cours pour adapter l’offre aux besoins de mobilité et aux capacités financières de l’agglomération. Explications de Jean-Michel Gressard, directeur de Vectalia Béziers Méditerranée.

Mobilités magazine : comment avez-vous assuré la continuité des transports publics ?

Jean-Michel Gressard : à partir du 26 mars, nous avons mis en place un réseau spécifique Covid-19 qui assurait environ la moitié des services. Celui-ci tenait compte des horaires d’entrée et de sortie des soignants. Nous avons baissé les fréquences et supprimé quelques petites lignes dont une qui ne pouvait être exploitée qu’avec des minibus. L’instauration du couvre feu a bouleversé notre réseau car nous avons dû réduire l’amplitude : les services débutent à 6h30 et se terminent à 19h30. Ces horaires laissent le temps à nos salariés et aux équipes de nettoyage pour rentrer chez. Les lignes maintenues desservent les trois sites hospitaliers et l’intégralité des grandes surfaces alimentaires. Le 1er avril, l’autorité organisatrice a décidé d’instaurer la gratuité pour 30 jours. Le 13 avril, nous avons à nouveau réduit l’offre à 30% du fait de la baisse de la fréquentation, en chute de 90%. En 2019, nous avions réalisé 4,3 millions de voyages.

MM : quelle est l’organisation interne ?

JMG : Vectalia Béziers Méditerranée emploie 170 salariés dont 132 conducteurs. Lors de la première phase du réseau Covid, nous avions 63 salariés sur terrain. Cet effectif a baissé depuis. Les conducteurs travaillent par roulement et les relèves sont désormais organisées au dépôt à midi. Nous essayons de limiter à 20 le nombre de voyageurs par véhicule pour que les distances de sécurité soient respectées. Quand ce chiffre est dépassé, nous ajoutons des bus.

MM : quelles mesures avez-vous prises pour protéger les salariés ?

JMG : comme dans tous les réseaux, nous avons isolé le poste de conduite, arrêté la montée par la porte avant et la vente à bord. Nous avons doté nos conducteurs d’une fiole individuelle de gel hydroalcoolique. Les bus sont nettoyés et désinfectés deux fois par jour, notamment lors des changements de service.

MM : en quoi consiste le travail au bout de quatre semaines de confinement ?

JMG : la routine ne s’est pas encore installée car nous venons de mettre en place la phase III du réseau Covid. L’exploitation a été pas mal sous tension. Idem pour les services marketing car il a fallu informer les voyageurs de la nouvelle offre. Nous avons beaucoup d’échanges numériques avec les équipes en télétravail car il y a encore beaucoup à faire. Il y a eu quelques réticences au changement des habitudes de travail. Il a fallu expliquer que nous étions au cœur d’une crise sanitaire mondiale et que nous devions changer l’organisation de l’exploitation et des services. Tout le monde ne vient pas travailler sereinement. Des salariés ont peur, ce que je peux comprendre. Mais il y a une forme d’entraide ; on s’épaule plus les uns et les autres. Depuis deux semaines, il y a un nouvel état d’esprit dans l’entreprise : les salariés communiquent beaucoup entre eux via les réseaux sociaux pour prendre des nouvelles des uns et des autres.

MM : avez-vous mesuré l’impact financier de cette crise ?

JMG : nous sommes en train de l’évaluer. L’agglomération essaie d’y voir plus clair car avec la fermeture d’un certain nombre d’entreprises, la ressource liée au versement mobilité se tarit. Nous étudions ensemble le niveau raisonnable d’offre à maintenir pour que la collectivité puisse continuer à nous rémunérer. L’idée est d’adapter le réseau aux besoins de transport et aux capacités financières de l’agglomération.

MM : comment imaginez-vous la reprise de l’activité lors de la levée du confinement ?

JMG : pour l’instant, nous avons du mal à appréhender la fin du confinement. Je ne pense pas que tous les enfants retourneront à l’école le 11 mai. Les classes seront-elles divisées par deux ? Y aura-t-il un phasage de la reprise ? L’organisation du réseau dépendra de ces éléments et du maintien de l’interdiction ou non de monter par la porte avant. Autre question : pourra-t-on maintenir la désinfection des bus en milieu de journée ? Par ailleurs, le groupe Vectalia s’est organisé pour réaliser des commandes groupées de masques fabriqués en Chine. Nous devrions être livrés en fin de mois afin de doter nos salariés si cette mesure est obligatoire.

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