• Christine Cabiron

Olivier Le Grontec, DG de la SEMITAN

Propos recueillis le 9 avril 2020

A Nantes, la SEMITAN fait en sorte de limiter le nombre de passagers dans ses trams et bus. Des distributeurs de gel hydroalcoolique ont été installés à chaque porte du tram. Pour les soignants, un service de transport à la demande est assuré par 250 conducteurs volontaires. Explications d'Olivier Le Grontec, directeur général de la SEMITAN.

Mobilités magazine : comment avez-vous réduit l'offre des Transports de l'agglomération nantaise?

Olivier Le Grontec : une semaine après le début de la crise, nous avons constaté que la fréquentation était très faible. Nous avons donc réduit une nouvelle fois l'offre pour assurer 30% de services. Comme cette offre du dimanche ne correspondait pas aux besoins de déplacement des personnes actives, nous avons donc élargi l’amplitude le matin : le réseau débute à 5h30 et s’arrête à 20h. Nous avons aussi renforcé les fréquences en heures de pointe sur le réseau structurant.

MM : avez-vous mis en place des services spéciaux pour les soignants?

OLG : il y a deux semaines, nous avons mis en place un transport à la demande pour les soignants. Ce service de porte à porte gratuit fonctionne de 5h à 22h. Nous transportons plus de 200 personnes chaque jour. Pour opérer ce service, nous avons fait appel à des conducteurs volontaires car ce n’est pas évident de transporter des personnes exposées à des risques sanitaires. Nous avons eu un élan de solidarité dans l’entreprise avec plus de 250 conducteurs qui ont répondu présents. Cela donne une dimension supplémentaire à ce service public indispensable.

MM : pourquoi avez-vous limité le nombre de voyageurs par véhicule?

OLG : nous tenons à ce que la distanciation sociale soit respectée. Nous faisons en sorte de limiter à 40 le nombre de voyageurs par rame de tram et à 25 dans les bus articulés. Ce qui correspond à une personne par mètre carré. Quand les conducteurs nous indiquent que la fréquentation est supérieure à ce quota nous injectons des véhicules supplémentaires dans les deux jours qui suivent. Dans le tram, nous effectuons des contrôles en fin de journée en lien avec les forces de l’ordre car il y a des personnes qui n’ont pas forcément la nécessité de se déplacer. Ces contrôles ont permis de rabaisser la fréquentation. Globalement, le trafic a chuté de 90 à 95%. En temps normal, nous réalisons en moyenne 650 000 voyages par jour.

MM : sur quel effectif vous appuyez-vous pour assurer la continuité du service public?

OLG : la SEMITAN emploie 2000 salariés dont 1200 conducteurs. Aujourd'hui, 400 personnes sont sur le terrain tous les jours aux postes de conduite, à la maintenance ou aux fonctions support telles que le PCC, les services d’intervention, l'encadrement. S’ajoutent à ces 400 personnes, 180 agents télétravail. Les autres salariés sont en chômage partiel, en arrêt pour garde d’enfant, pour maladie ou en repos.

MM : quelles mesures de sécurité avez-vous prises pour protéger les salariés et les voyageurs?

OLG : les véhicules sont désinfectés deux fois par jour. Les stations de tramway et du Busway le sont une fois par jour. Depuis une semaine, nous avons neutralisé un siège sur deux en quinconce avec un affichage et nous diffusons des messages sonores sur les distanciations sociales. Depuis le 6 avril, nous avons installé des distributeurs de gel hydroalcoolique à chaque porte des tramways. C'est très apprécié des voyageurs. Nous allons certainement étendre cette mesure aux lignes de bus les plus importantes. Dans les bus nous avons confiné le poste de conduite et les conducteurs n'effectuent plus de relèves en ligne.

MM : comment s'organise le travail après trois semaines de confinement ?

OLG : le travail est très centré sur l’organisation quotidienne de gestion de crise. Notre cellule de crise de réunit tous les jours à 8h30 depuis le 26 février. Ces réunions donnent lieu à des comptes-rendus envoyés aux organisations syndicales et aux cadres pour les informer de la situation et des décisions prises. Nous communiquons beaucoup en interne. Nous avons un flash-info quotidien. Nous travaillons sur un mode de communication un peu plus dynamique via des vidéos pour que les salariés à domicile puissent se parler entre eux, partager leur quotidien.

MM : quelle est l'ambiance au sein de l'entreprise ?

OLG : elle est bonne. Nous vivons une expérience inédite (dont on se serrait passée) qui a créé du lien même si les gens sont à distance. Nous arrivons à bien travailler, même en étant chacun chez soi. Cette crise nous a contraints à nous moderniser sur le plan numérique. Nous étions un peu réticents au télétravail. Nous l'avions un peu mis en place mais limité à quelques personnes. Aujourd'hui, nous constatons que ça marche très bien. Nos mentalités ont évolué. Les salariés qui n'étaient pas forcément à l’aise avec les moyens numériques, s’y sont mis. Dés le début de la crise, nous avions commandé des ordinateurs portables. C’est intéressant de voir comment une entreprise peut mener assez rapidement cette transformation et s’adapter.

MM : pensez-vous d'ores et déjà à penser à l'après-crise ?

OLG : oui, une cellule travaille sur le déconfinement. L'idée est de cerner les problèmes auxquels nous serons confrontés et évaluer le niveau de l’offre. Aujourd’hui, nous avons une maintenance minimum. Il va falloir reprogrammer des opérations que nous ne faisons plus pour l’instant. Il faut aussi définir quelles précautions sanitaires nous devrons maintenir. Nous devons aussi prévoir le réapprovisionnement des distributeurs de gel, de masques et lingettes. Nous avons eu la clairvoyance de commander ces moyens de protection. Par conséquent nous avons encore quelques stocks, excepté pour les masques que nous avons donnés aux EHPAD de la métropole la semaine dernière.

MM : craignez-vous que cette crise freine l'engouement pour les transports publics?

OLG : à Nantes, la fréquentation a progressé de +3,5% en 2019 et de + 3% sur les premiers mois de 2020. Il faudra être bien sorti de la crise pour que les clients aient à nouveau confiance pour reprendre les transports publics. En heure de pointe, la proximité est dense dans nos véhicules. Notre réseau est très fréquenté, parfois proche de la saturation. Il faudra du temps pour que nos voyageurs acceptent de voyager les uns contre les autres. La fréquentation sera forcément impactée en 2020. Difficile pour savoir pour la suite. Si nous devons conserver les distanciations sociales, ces contraintes vont nous pénaliser en termes de capacité. Nous allons devoir nous adapter et trouver des solutions.

MM : quelles leçons tirez-vous de cette crise ?

OLG : c'est sans conteste la très forte mobilisation des salariés de l’entreprise au service des autres. Nous avons envie de servir, même s'il faut prendre des risques pour cela. Autre enseignement : le service public de transport que nous délivrons est essentiel. Nous nous en rendons encore plus compte dans des périodes comme celle-ci car tout le monde n’a pas de voiture. Nous sommes fiers d’être là pour les aider et cela donne encore plus de sens à notre métier.

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