• Christine Cabiron

Pierre Reboud, DG de la Régie des Transports Métropolitains (RTM)

Propos recueillis le 7 avril 2020

Dans la métropole Aix-Marseille-Provence, la RTM assure 30% des services de transport public. Une offre qui nécessite des renforts lors des « pointes » de fréquentation, même si le confinement est plutôt bien respecté dans l’ensemble. Témoignage de Pierre Reboud, directeur général de la RTM.

Mobilités magazine : comment avez-vous procédé à la réduction l’offre ?

Pierre Reboud : nous avons tenu compte de plusieurs paramètres. Avec la métropole Aix-Marseille-Provence, nous souhaitions continuer à desservir la totalité du territoire puisque le transport est une activité essentielle. Nous avons aussi adapté le réseau aux besoins de déplacement en fonction des moyens dont nous disposions. Autre paramètre : la protection de nos agents et de nos clients. Nous avons donc réduit l’offre par étape. Aujourd’hui nous assurons 30% des services. Nous avons par contre arrêté les navettes maritimes à destination de l’Estaque, de la Pointe Rouge et le Ferry Boat et maintenu la liaison du Frioul. Nous renforçons l’offre lorsque nous constatons des pointes de fréquentation. Pour cela, nous avons des conducteurs en réserve. Nous injectons des services sur certaines lignes, comme celles qui desservent les quartiers nord et nord/est de Marseille ainsi que dans la vallée de l’Huveaune. Cette organisation permet de limiter le nombre de personnes à bord des véhicules et garantir la sécurité de nos agents.

MM : est ce que cela signifie que le confinement n’est pas bien respecté ?

PR : non. Malgré les beaux jours, le confinement est assez bien respecté dans l’ensemble. Par contre, il y a des périodes où l’affluence est plus importante. En sachant que la fréquentation (800 000 voyages par jour en temps normal) a baissé de trois quart. Néanmoins, dès que nous constatons une présence trop importante de clients, nous appelons les forces de l’ordre pour qu’elles viennent contrôler s’ils sont en règle. La police municipale et nationale effectue ce type d’opération désormais tous les jours.

MM : comment vous êtes-vous organisés en interne pour assurer le service ?

PR : la RTM emploi 3500 salariés dont 1600 conducteurs. Il n’y a pas plus d’arrêts maladie que d’habitude. Nous avons beaucoup de monde en télétravail et une partie des agents sont en chômage partiel. Chez les conducteurs, environ la moitié est sur le pont. Ils fonctionnent par roulement car l’amplitude du service est supérieure au temps de travail normal. L’autre moitié est en arrêt pour garde d’enfant ou en réserve pour assurer les renforts d’offre.

MM : quelles mesures de sécurité ont-elles été prises ?

PR : toutes celles qui sont bien connues : désinfection des locaux, des véhicules, distribution de gel hydroalcoolique, confinement du poste de conduite. Tout cela réclame une organisation. S’il y a des cas de suspicions de Covid-19, nous faisons passer des tests à nos agents. Les craintes sont nombreuses chez les salariés. Le rôle du management est d’informer le personnel pour éviter les rumeurs. Il consiste aussi à ne pas demander aux salariés d’être présents quand c’est inutile, à organiser des cycles de travail.

MM : quelle est l’ambiance au sein de la RTM ?

PR : contrairement au H1N1, l’épidémie du Covid-19 est une crise longue qui génère des craintes. Celles-ci sont d’autant plus justifiées que la maladie est un peu mystérieuse dans ses modes de transmission, avec des conséquences très différentes selon les individus. En interne, cela créé une ambiance complexe. Les salariés sont amenés à travailler avec des camarades qui peuvent être un vecteur de contamination ou une victime. Après trois semaines de confinement, même si cette crise est prise très au sérieux, une sorte d’accoutumance à cette vie un peu étrange s’est installée. Les salariés sont fiers d’être des agents de ce service public indispensable. Ils assument fort correctement et avec courage leur boulot. Cette crise a mis en lumière une bonne capacité d’adaptation de notre personnel.

MM : après trois semaines de confinement, en quoi consiste le travail au quotidien ?

PR : nous avons le sentiment d’entrer dans une phase de stabilisation au niveau des ressources humaines. Nous réunissons encore tous les matins une petite cellule de crise. Nous avons un dialogue assez intense avec les organisations syndicales qui nous font remonter un certain nombre de peurs et de difficultés. Le travail consiste à maintenir les moyens nécessaires à l’exploitation. Le tout sans savoir quelle sera la durée du confinement qui aura des conséquences sur la vie des entreprises, donc sur la nôtre. Nous n’avons pas encore mesuré l’impact financier. Néanmoins, quand on produit le tiers de ce qu’on produit normalement, il ne peut pas ne pas y avoir d’incidences. Nous sommes très tributaires des décisions gouvernementales. Redémarrer l’activité est une affaire relativement simple. Si l’école reprend, les parents seront à nouveau disponibles pour travailler. Idem pour les salariés en télétravail.

MM : pensez-vous que le Covid-19 mettra un coup de frein à l’augmentation de la fréquentation ?

PR : nous étions sur une progression de +1 à +3% par an. Je ne pense pas que cette crise y mette un coup d’arrêt trop important. Le coût de l’usage de la voiture restera élevé. Les questions environnementales et les préoccupations écologiques prévaudront. Surtout que pendant le confinement, la qualité de l’air s’est améliorée.