• Christine Cabiron

Marc Delayer, DG des transports publics du choletais

Propos recueillis le 6 avril 2020

A Cholet, le réseau urbain assure environ un quart des services. L’un d’entre eux est à destination d’une zone d’activités pour permettre aux salariés de se rendre au travail. Les bus sont gratuits depuis le 20 mars 2020. Interview de Marc Delayer, directeur général des transports publics du choletais, qui rappelle le rôle essentiel des transports dans cette crise sanitaire.

Mobilités Magazine : dans cette crise sanitaire, le rôle des transports est-il suffisamment mis en avant ?

Marc Delayer : non, du moins pas assez au niveau national. Le transport fait partie des liens qui sont restés actifs. Bien évidemment, nous n’avons pas la même implication et nous sommes moins exposés que les personnels soignants. Mais nous apportons des solutions de mobilité à des personnes qui en ont besoin. Plus largement, sans les services publics - souvent dénigrés mais tous mobilisés lors de cette crise - le pays aurait sombré. Cette crise révèle leur importance. Une des leçons à tirer sera de savoir comment toujours les faire fonctionner correctement.

MM : justement comment assurez-vous la continuité du service à Cholet ?

MD : entre 25 et 30% des services fonctionnent. Nous avons progressivement réduit l’offre. Tout d’abord lorsque les établissements scolaires ont fermé et lorsque le confinement a été instauré. Aujourd’hui, le réseau Choletbus fonctionne de 7h à 20h. Nous avons maintenu une ligne régulière pour desservir la ZAC car des entreprises ont rouvert la semaine dernière. Il y a toujours un flux de personnes actives, même s’il n’est pas extraordinaire. Les entreprises ont besoin que leurs salariés puissent venir travailler. Nous avons par ailleurs mis en place deux allers et retours par jour et par commune. Nous avons maintenu le service de transport pour les personnes à mobilité réduite car il y a encore quelques demandes. Ces personnes n’ont que le transport public pour se déplacer.

MM : quelles mesures avez-vous pris pour les transporteurs à qui vous sous-traitez une partie de l’activité ?

MD : la crise du coronavirus a mis un coup d’arrêt à leurs activités car ils gèrent essentiellement les lignes scolaires et périurbaines. Avec la région Pays de la Loire nous avons décidé de leur maintenir un niveau de rémunération, déduction faite de 10% pour des frais non engagés. Nous voulons absolument que ces transporteurs survivent à cette crise car une fois terminée, il faudra qu’on puisse compter sur eux.

MM : pour quelle raison avez-vous instauré la gratuité ?

MD : nous l’avons instauré le 20 mars compte tenu de la faible fréquentation. En effet, nous réalisons aujourd’hui entre 500 et 700 voyages par jour contre 15 000 en moyenne. De plus, il était impossible de déplacer les valideurs à l’arrière des véhicules du fait du confinement de l’espace avant des bus.

MM : comment avez-vous organisé les ressources humaines en interne ?

MD : Choletbus emploie 80 salariés dont 60 conducteurs. Nous avons quelques arrêts pour garde d’enfant ou raison médicale, mais c’est assez limité. Nous avons mis en place des rotations dans le service d’exploitation/production. Les conducteurs travaillent environ deux jours par semaine. Nous avons limité à une les relèves en ligne. Ce qui laisse le temps de nettoyer le poste de conduite. La majorité du personnel administratif est en télétravail par rotation pour qu’il y ait une continuité. Il faut pouvoir payer les salariés, les fournisseurs et passer les commandes. A la maintenance, nous avons mis en place des astreintes et les trois mécanos se relaient.

MM : quelle est l’ambiance dans l’entreprise ?

MD : tous les salariés sont conscients de la nécessité d’assurer le service public. Certes ils éprouvent de l’angoisse pour eux et leurs proches. Nous les accompagnons au jour le jour pour leur expliquer pourquoi ils sont sur le pont et nous mettons tout en œuvre pour limiter les risques. Nous rappelons les gestes barrières, les règles de protection. Les bureaux et les véhicules sont désinfectés tous les jours. Les bus tournent un jour sur deux pour permettre ces opérations de nettoyage. Actuellement 7 bus sur 31 sont mobilisés pour assurer le service.

MM : préparez-vous l’après-crise ?

MD : bien évidemment. Nous réfléchissons à l’organisation qu’il faudra mettre en place pour relancer l’activité et sur les règles sanitaires que nous devrons respecter. Jusqu’à présent, nous avons la chance d’être dans une région très peu touchée par le Coronavirus. Si cela continue, nous ne devrions pas avoir trop de souci de personnel. Nous devrons travailler sur le revivre ensemble car l’ambiance de confinement est un peu anxiogène. Pour l’instant il y a beaucoup d’interrogations. De plus, l’incertitude sur la date de sortie du confinement remet toujours tout à plat.

MM : avez-vous chiffré les impacts financiers ?

MD : non, pas encore. Nous savons que l’impact sera très important. A Cholet, les recettes commerciales sont supérieures à 2 M€. Nous avons suspendu les prélèvements des abonnements en avril. Nous ferons les comptes à la fin.