• Christine Cabiron

Jérôme Léger, directeur de Transdev Le Havre

Propos recueillis le 3 avril 2020

Au Havre, le réseau LiA propose un transport à la demande pour les soignants qui fonctionne 24h sur 24, 7 jours sur 7. Par ailleurs, l’offre du réseau LiA a été réduite à 40%. L’entreprise a modifié l’organisation des services de conduite pour limiter les risques de contagion. Explication de Jérôme Léger, directeur de Transdev Le Havre.

Mobilités magazine : quelle est aujourd’hui l’ambiance au sein de l’entreprise ?

Jérôme Léger : j’ai l’impression que nous nous installons dans une sorte de routine par rapport à ce que nous avons dû gérer depuis le début de la crise sanitaire. Les urgences ont été réglées et nous sommes un peu dans l’exploitation d’un système presque normalisé.

MM : quelles actions avez-vous mises en place pour faire face à cette épidémie ?

JL : dès le 2 mars, nous avons préparé avec la communauté urbaine, en lien avec organisations syndicales, un plan de continuité de service. A l’époque, nous étions encore au stade 2 de l’épidémie. Nous avons demandé à nos sous-traitants chargés du nettoyage des véhicules, de multiplier leurs équipes pour augmenter le nombre d’opération par jour. C’était un point important pour rassurer nos agents et limiter la propagation du virus. Nous avons aussi demandé à nos conducteurs de relever les vitres anti-agressions. Cet équipement est un vrai luxe dans cette période car c’est une parade essentielle. Comme dans les autres réseaux urbains, nous avons suspendu la vente à bord, interdit l’accès aux véhicules par les portes avant et confiné le poste de conduite avec du rubalise.

MM : comment avez-vous organisé l’offre de service ?

JL : suite à la fermeture des écoles, nous avons suspendu toutes les lignes scolaires. Le réseau fonctionnait presque normalement. Le lendemain de l’instauration du confinement, nous avons réduit l’offre de 30% car la fréquentation avait baissé de moitié. En temps normal, nous réalisons 100 000 voyages par jour. Nous avons vite constaté que des tensions apparaissaient chez nos agents. En cause : notre organisation des services multi-lignes. C'est-à-dire que les conducteurs changent plusieurs fois de bus et de lignes par jour. C’est très productif mais lors d’une épidémie telle que le Covid-19, cela multiplie les risques de contagion. Nous avons tout d’abordé décidé de renforcer le nettoyage des lieux d’échanges de services, mais c’est vite devenu ingérable.

MM : qu’avez-vous décidé ?

JL : en 24h, nous changé l’organisation et affecté un conducteur à un bus pendant tout son service. Pour gérer une offre à 70%, nous avions besoin des 450 conducteurs car les temps de préparation des véhicules et de retour au dépôt ont été multipliés par deux. Néanmoins, du fait de l’augmentation des arrêts de travail pour garde d’enfant, pathologie mais aussi à cause du stress, nous n’avions pas assez de conducteurs pour assurer ces services. De plus, certains étaient en repos ou en congés volontaires. Aussi, le 24 mars nous avons abaissé l’offre à 50% en réduisant les fréquences.

MM : quels services proposez-vous aux personnels de santé ?

JL : dès le 20 mars, nous leur avons proposé d’utiliser notre service de transport à la demande qui fonctionne la nuit. Celui-ci est disponible 24h/24, sept jours sur sept. Pour cela, nous mobilisons 21 véhicules : 6 minibus et 15 taxis. Actuellement, nous enregistrons 120 déplacements par jour. Ce service dédié nous a permis de réduire à nouveau l’offre sur les lignes régulières. Celle-ci est de 40% avec une amplitude de 6h à 22h30. L’objectif : offrir une solution pour aller faire des courses essentielles et permettre aux salariés des centres commerciaux de se rendre au travail.

MM : combien de salariés sont actuellement mobilisés au sein de Transdev Le Havre ?

JL : 143 conducteurs travaillent tous les jours. Nous n’avons pas réduit l’activité à la maintenance car nous avons besoin de 70 bus pour assurer les services, soit la moitié du parc. A cela s’ajoute les 22 rames de tramway. Cette période de crise est l’occasion de rattraper le retard. Ce qui nous permettra d’être prêts lorsque la situation reviendra à la normale. Les services commerciaux travaillent aussi. Aujourd’hui la fréquentation a chuté de 90%. La communauté urbaine a décidé d’accorder un dédommagement généralisé à tous nos abonnés. Dés la levée du confinement, le mois suivant sera offert pour les aider à remettre le pied à l’étrier. Nous devons aussi préparer la reprise de l’activité lorsque les écoles rouvriront

MM : avez-vous mesuré les impacts financiers de cette crise sanitaire ?

JL : la perte la plus grande sera liée à la baisse de la fréquentation. Pour regagner la confiance des voyageurs il va falloir du temps. De plus, tout ce qui se généralise aujourd’hui, comme prendre le bus sans payer, risque de perdurer un peu. La question aujourd’hui est de savoir comment nous allons reprendre une activité normale.