• Christine Cabiron

Guillaume Aribaud, DG de Transdev Rouen

Propos recueillis le 1er avril 2020

A Rouen, l’offre de transport public a été réduite de deux tiers. Le réseau Astuce s’est adapté aux besoins de déplacement des personnels soignants. Interview de Guillaume Aribaud, directeur général de Transdev Rouen.

Mobilités Magazine : à partir de quand avez-vous commencé à vous mobiliser à Rouen ?

Guillaume Aribaud : fin janvier, nous nous sommes mis en veille lorsque nous avons constaté que l’épidémie de Coronavirus se répandait en Italie. Nous avons décidé alors de rappeler au personnel les gestes barrière. Le 25 février, nous avons activé une cellule de crise qui réunit chaque jour les membres de comité de direction et les organisations représentatives du personnel. L’objectif est de faire le point et d’ajuster nos dispositifs. A partir de là, nous avons construit un plan d’action. Lorsque le stade 2 a été déclaré par le gouvernement, nous avons fortement augmenté la communication en interne pour informer nos salariés sur les mesures de prévention et distribué du gel hydroalcoolique.

MM : quand avez-vous commencé à réduire l’offre de transport public ?

GA : suite à la fermeture des établissements scolaires, nous avons instauré un service « vacances scolaires ». Le 23 mars, nous avons réduit de deux tiers de l’offre. Ce qui équivalait à une offre du dimanche avec une amplitude élargie notamment sur les lignes structurantes pour permettre aux soignants de se déplacer. Quelques lignes de bus ont été supprimées, mais nous avons maintenu une desserte par commune.

MM : à combien se chiffre la baisse de la fréquentation ?

GA : le trafic a baissé de 92%. En temps normal, nous transportons 220 000 voyageurs par jour en moyenne. Aujourd’hui, il y en a 10 000. C’est le signe que le confinement est respecté même si nous devons organiser presque tous les jours des opérations de contrôle en lien avec la police.

MM : quelle organisation avez-vous déployé en interne pour assurer ce service minimum ?

GA : sur les 1150 salariés que compte l’entreprise, entre 25% et 30% sont en activité partielle selon les jours. Le service est opéré avec un tiers du parc. Chaque jour, 50 bus et 7 rames de tramway sortent du dépôt. Pour rassurer les salariés, nous avons renforcé le nettoyage et la désinfection des véhicules. Nous utilisons des produits antibactérien, des virocides pour nettoyer les surfaces, textiles, barres de maintien, bouton de porte, valideurs. Nous avons condamné la montée par la porte avant, confiné le poste de conduite et distribué à chaque salariés du gel, des lingettes désinfectantes.

MM : des salariés ont-ils été contaminés par le Covid-19 ?

GA : une personne a été testée positive et nous avons eu des cas de suspicion. De ce fait, avec notre prestataire de nettoyage, nous avons mis en place un protocole de décontamination. Dès qu’il y a une suspicion de contamination, le véhicule est immédiatement retiré du service et décontaminé. Nous décontaminons également les salles de repos.

MM : quel est le rôle de l’encadrement?

GA : nous sommes présents par roulement sur le terrain pour discuter, échanger et rassurer les salariés. Une partie de l’encadrement est en effet en chômage partiel. Tous ont été et sont régulièrement sensibilisés à l’application des gestes barrière, informés des protocoles de désinfection des véhicules et des locaux.

MM : qu’est-ce qui est le plus dur à gérer dans une telle crise ?

GA : ma phrase fétiche est que la vérité d’hier n’est pas celle d’aujourd’hui ni celle de demain. Nous sortons de deux semaines absolument folles où nous avons dû gérer des urgences. En temps normal, notre boulot consiste à développer la fréquentation et l’offre. Avec le Covid-19, nous avons dû réduire l’activité. Or, la continuité de service est fondamentale. Il y a eu des phases où nous ne savions pas où nous allions. Le plus compliqué est de trouver les bonnes mesures, ajuster les dispositifs. Nous cherchons toujours à avoir un temps d’avance.

MM : pensez-vous d’ores et déjà à l’après-crise ?

GA : Oui, évidemment. D’autant plus que depuis le 30 mars nous sommes entrés dans une phase de stabilisation où le dispositif de crise est callé. Néanmoins se projeter dans l’avenir est compliqué car il y a encore beaucoup d’inconnues. Nous ne savons pas quel sera le niveau de la crise économique. Nous sommes très dépendants de la conjoncture économique locale. De plus, nous ne savons pas comment va se desserrer l’étau du confinement. Nous allons devoir reconquérir la clientèle. Jusqu’à présent la fréquentation progressait de +3 à +4% tous les ans. Actuellement nous sommes au creux de la vague. A l’heure actuelle, nous n’avons aucune visibilité quant à l’avenir.