• Michel Chlastacz

Jean René Delpine, porte-parole de Sud-Rail


« Les cheminots, comme le reste de la population, se trouvent face à un discours contradictoire. D’un côté, on prescrit un confinement à respecter coûte que coûte, les forces de l’ordre à l’appui et, de l’autre, on multiplie les injonctions à poursuivre le travail », explique Jean-René Delpine, porte-parole et secrétaire fédéral du syndicat Sud-Rail.

« Et tout cela sans que les employeurs soient pour autant concrètement incités à respecter leurs obligations de garantir la sécurité et la santé des employés, obligations prescrites par les articles 41-21-1 et 2 du Code du travail », ajoute-t-il.

Il rappelle aussi les entraves opposées par la ministre du Travail au droit de retrait, cette « barrière ultime de la santé au travail », et qui vont jusqu’à rendre ce droit illégitime.

Une situation qui est d’autant plus complexe Jean-René Delpine, qu’« à la SNCF, l’application de ces obligations comme la connaissance plus précise de l’épidémie dans les établissements est désormais entravée (depuis la réforme ferroviaire de 2018, NDLR) par la disparition des 600 anciens CHSCT (Comités d’hygiène de Sécurité et des Conditions de Travail) englobés dans 33 CSE (Comité Sociaux et Économiques). Ce qui a diminué le nombre d’interlocuteurs proches des salariés dans ce domaine. Notamment pour aider à adapter les gestes barrières édictés officiellement à la spécificité de chaque poste de travail. Et il s’ajoute, ici comme ailleurs, le manque de masques, de gants et d’autres protections ».

En même temps, selon le porte-parole de Sud-Rail, « l’éclatement de la SNCF en cinq entités distinctes ne facilite pas la mise en œuvre d’un plan de protection cohérent à l’échelle de l’ensemble de l’entreprise ».

Centralisation d’un côté et décentralisation de l’autre, un double mouvement bien difficile à mettre en marche et à faire fonctionner...

« On a salué à juste titre les soignants, les caissières et les transporteurs routiers, mais on n’a que très peu cité les cheminots qui continuent, eux aussi, à assurer le service dans les mêmes conditions difficiles », constate amèrement un autre syndicaliste de la SNCF. D’autant que la profession cheminote semblerait particulièrement atteinte par la pandémie*.

De quoi ajouter encore au profond malaise de la profession perceptible après des mois de contestation d’une réforme ferroviaire qui a été finalement adoptée sans grandes modifications en 2018. Réforme qui a été elle-même suivie d’un fort mouvement contre la réforme des retraites sans plus de succès, avant l’arrivée du Covid-19...

* Le 20 mars 2020, la SNCF avait indiqué aux organisations syndicales de l’entreprise que 676 agents étaient confinés et que 165 présentaient des symptômes du Covid-19, tandis que 157 étaient effectivement infectés, pour la plupart basés dans le Grand Est et en Île-de-France. Ce qui donnait un ratio près de sept fois plus élevé que la moyenne nationale du moment, explicable aussi en raison du fait que la profession reste plus encadrée médicalement que le reste du monde du travail...