• Christine Cabiron

Brigitte Nef, TCRA


Les Transports en Commun de la Région d’Avignon (TCRA) ont suspendu la circulation du tramway le 27 mars 2020. Le réseau Orizo fonctionne désormais avec quatre lignes de bus structurantes. Le transport à la demande a été étendu à l’ensemble des 16 communes du Grand Avignon. Discussion avec Brigitte Nef, responsable commerciale et communication TCRA.

Mobilités magazine : comment le réseau Orizo du Grand Avignon s’est adapté au confinement ?

Brigitte Nef : nous avons réduit l’offre progressivement. Tout d’abord au moment de la fermeture des établissements scolaires. Ensuite lorsque le confinement a été instauré avec une offre calée sur celle du dimanche. A ce moment 30% des services fonctionnaient mais au bout d’une semaine la fréquentation (10,7 millions de voyageurs en 2019) a chuté de l’ordre de 80 à 90% selon les lignes. De ce fait nous avons dû repenser le service. Depuis le 27 mars, nous avons suspendu le tram. D’une part car il était très peu fréquenté ; d’autre part car cela nous obligeait à maintenir ouvert le centre d’exploitation et de maintenance. Nous avons remplacé ce mode par une ligne de bus de substitution qui est complétée par trois autres services structurants. Ils fonctionneront de 7hà 19h du lundi au samedi avec des fréquences de 17, 25 et 30 min et le dimanche de 8h à 18h.

MM : avez-vous mis en place des services dédiés aux soignants ?

BN : nous avons étendu le transport la demande aux 16 communes du Grand Avignon. Ce service, accessible sur réservation, fonctionne tous les jours de la semaine de 6h à 21h. Cette amplitude facilitera le déplacement des personnels soignants. Nous limitons à deux le nombre de personnes par voyages pour respecter une distanciation sociale. La priorité est donnée aux soignants, salariés et aux personnes se rendant dans une unité médicale. Mais nous n’excluons pas d’amener les gens faire leurs courses. En sachant que nous invitons nos clients à rester chez eux le plus possible. Les prises de rendez-vous sont assurées par quatre de nos salariés depuis leur domicile que nous avons équipé de tout le matériel nécessaire.

MM : quelle organisation a été mise en place au sein de TCRA ?

BN : l’entreprise emploie 370 salariés. Une cinquantaine de conducteur est sur le pont, mais la quasi-totalité des personnel administratifs sont en télétravail, excepté les responsables de fonctions support. Nous avons instauré le chômage partiel pour une partie des effectifs et invité les salariés à poser des jours de congés ou de RTT. Dans l’ensemble, ils ont plutôt répondu favorablement.

MM : quelles mesures ont été prises pour protéger et informer la clientèle ?

BN : nous avons créé une zone de confinement pour les conducteurs et supprimé la validation des titres de transport le 14 mars. En même temps, nous avons rendu obligatoire la montée par la porte arrière. Tous les soirs, une équipe de nettoyage désinfecte l’ensemble des bus : le poste de conduite et les points de contact (accoudoirs, sols, boutons d’arrêt). Nous informons la clientèle en utilisant tous nos supports de communication, essentiellement numériques : réseaux sociaux, bornes d’information dans les arrêts, dièdres dans les bus, envoi de SMS de newsletters à nos abonnés, presse et radios locales. Nous informons également les 16 mairies et le Grand Avignon avec qui nous concevons toutes nos actions. Pour le TAD, nous allons communiquer auprès des hôpitaux, cliniques, centres commerciaux, associations de commerçants.

MM : avez-vous évalué l’impact financier de cette baisse exceptionnelle de la fréquentation ?

BN : non c’est trop tôt. D’autant plus que nous sommes encore en train d‘adapter le réseau et que beaucoup de salariés travaillent encore. Fin mars, nous aurons plus d’éléments pour dresser un premier bilan. Nous savons qu’il nous faudra des mois pour retrouver le niveau de fréquentation précédent la crise du Covid-19. Nous nous projetons déjà en estimant quel niveau d’offre nous devrons mettre en place quand le confinement sera terminé. C’est une crise inédite d’une ampleur que personne n’aurait imaginé. Toute la difficulté est d’assumer notre mission de service public tout en prenant des mesures et des décisions pour protéger la population et nos salariés. Cette dualité qui est complexe à mettre en œuvre.