• Christine Cabiron

Arnaud Meunier, Transvilles

Le réseau Transvilles qui dessert les communautés d’agglomération de Valenciennes et de la Porte du Hainaut, a réduit son offre de 75%. La gratuité a été instaurée et des contrôles de police sont effectués chaque jour dans le tram pour vérifier si les voyageurs ont une raison valable de se déplacer. Discussion avec Arnaud Meunier, directeur marketing chez Transvilles.

Mobilités magazine : comment a été recentrée l’offre de transport public au sein du réseau Transvilles ?

Arnaud Meunier : dés le 13 mars nous sommes passés en horaires vacances scolaires. Le 16 mars, en prévision du confinement, nous avons « basculé » sur une offre de dimanche. Ce qui représente une réduction de l’offre de 75%. Nous avons réadapté les horaires de manière à qu’il y ait régulièrement des services de 5h à 20h dans le tramway et six lignes essentielles. Les fréquences ont été réduites à 30 min pour le tram et à 1h pour les bus. Par ailleurs, une dizaine de lignes ont été suspendues, notamment car elles sont affrétées par des autocaristes qui ont mis au chômage partiel leurs salariés.

MM : quels moyens avez-vous mis en place pour compenser ces suppressions ?

AM : nous avons activé du transport à la demande en lien avec des taxis. Nous avons dédié un TAD aux déplacements des personnels soignants. L’hôpital de Valencienne est en train de recenser les besoins. En fonction, nous développerons ce service ou nous créerons une ligne de bus spécifique à destination de l’hôpital entre la gare et deux ou trois pôles générateurs. Pour l’instant nous n’avons pas encore imposé une restriction du nombre de passagers par véhicule car nous ne sommes pas confrontés à des demandes massives.

MM : pour quelles raisons il a été décidé d’instaurer la gratuité des transports publics ?

AM : nos agences et une partie des dépositaires ont fermé. Les équipes en charge de la maintenance des DAT étaient de moins en moins sûres de pouvoir aller sur le terrain pour les entretenir. De plus nous avons supprimé la vente à bord des véhicules. La gratuité retire énormément de contraintes. C’est aussi un moyen d’accroître un peu le pouvoir d’achat de nos clients.

MM : quelles mesures avez-vous mis en place pour protéger les salariés ?

AM : à la demande de la direction générale de RATP Dev, nous avons dès début mars rappelé aux 420 salariés tous les gestes barrière via un affichage et l’envoi d’un courrier à leur domicile. Nous leur avons distribué du gel hydroalcoolique, des gants et des lingettes désinfectantes. Pour protéger les conducteurs, nous avons bloqué la montée par la porte avant dans les véhicules. Les postes de conduite ont été confinés. Ils sont nettoyés tous les jours, ainsi que toutes les barres de maintien. Dans le tramway, nous avons neutralité une zone de passage avec du rubalise pour que les conducteurs ne soient pas en contact avec la clientèle en sortant de leur cabine. Dans les services administratifs, nous avons généralisé le télétravail dans la mesure du possible et placé une partie du personnel en chômage partiel ou arrêt de travail pour garde d’enfants. Tous les services vitaux fonctionnent avec des roulements : direction des ressources humaines, PCC, exploitation, maintenance. Nous avons créé un groupe WhatApp pour garder le contact avec les salariés, les rassurer, répondre à leurs interrogations, leur transmettre des consignes. Tout le monde est un peu perdu et on ne sait plus trop à quoi se fier.

MM : pour quelles raisons la police effectue-t-elle des descentes dans le tramway ?

AM : nous la sollicitons quand nous constatons qu’il y a un peu trop de monde dans les rames. Des opérations de ce type ont lieu deux à trois fois par jour. La police vérifie que les gens sont bien autorisés à se déplacer.

Nous sommes face à une réalité sociale de fracture médiatique et numérique qui fait que des gens ignorent l’actualité. Toute la semaine dernière, nous avons eu des appels téléphoniques de clients nous demandant pourquoi le bus ne passait pas près de chez eux. Ils n’étaient pas au courant du confinement.

MM : quel est l’impact du confinement sur la fréquentation ?

AM : elle a chuté de 90%. En 2019, nous avons transporté 12 millions de passagers. Un chiffre en augmentation de 4%. Il y a un point positif à cette crise sanitaire : nos équipes sont ouvertes à changer leurs habitudes de travail, à se rendre disponibles pour remplir leur mission de service public.