• Christine Cabiron

Christophe Babé, directeur de la SIBRA


A Annecy, la SIBRA a réduit de 35% l’offre des transports urbains et supprimé les services de soirée. Sauf pour le personnel soignant de l’hôpital et les salariés des supermarchés. Explication de Christophe Babé, directeur de la SIBRA.

Mobilités magazine : comment la SIBRA s’est organisée pour assurer la continuité des transports collectifs ?

Christophe Babé : dès le 19 mars 2020, nous sommes passés en horaires samedi/été. Ce qui représente une baisse de l’offre de 35%. Nous n’avons supprimé aucune des lignes régulières qui desservent le Grand Annecy. Par contre, nous avons suspendu les services de soirée. Le réseau s’arrête désormais à 21h. Néanmoins, nous avons dû réinjecté quatre services le soir au départ de l’hôpital pour permettre aux agents hospitaliers de rentrer chez eux et un pour les salariés d’un hypermarché.

MM : quelle sont les prochaines étapes ?

CB : nous allons à nouveau réduire l’offre car elle est encore surdimensionnée par rapport aux besoins de déplacement. Mais nous sommes vigilants car il faut tenir compte de la mobilité des personnes qui assurent un service public ou un service de nécessité comme l’alimentation. Nous travaillons en ce sens avec l’hôpital, les cliniques, les Ehpad et les supermarchés pour connaître leurs besoins. Nous souhaitons que cette baisse de l’offre se fasse en bonne intelligence.

MM : comment avez-vous garanti la sécurité des salariés de la SIBRA ?

CB : dès le 13 mars, nous avons arrêté la vente de titres de transport à bord des bus et procédé au confinement du poste de conduite. Nous avons par ailleurs instauré la montée par les portes arrières. Nous avons ensuite fermé notre agence commerciale et celle de location de vélos. Depuis le 16 mars, les contrôleurs n’effectuent plus de contrôles. Nous avons aussi modifié l’organisation des prises de service avec une consigne : limiter au maximum les échanges. Les conducteurs ne remplissent plus les documents ; nous le faisons à leur place. A la maintenance nous avons réparti les salariés sur l’ensemble du roulement pour qu’ils ne soient pas en contact les uns avec les autres. Tout le personnel administratif est en télétravail, à l’exception du DRH, du responsable sécurité/fraude (qui chapeaute les opérations de propreté et de sécurité sanitaire) et de moi-même. Actuellement, sur les 240 salariés, 30% sont à l’arrêt pour garde d’enfants ou pour des pathologies non compatibles avec le risque sanitaire.

MM : quelles mesures ont été déployées en direction des voyageurs ?

CB : la désinfection du poste de conduite, effective depuis 10 jours, a été étendue à l’espace voyageur. Nous avons maintenu l’exploitation des bus articulés. L’objectif n’est pas de réduire l’espace voyageurs, mais au contraire de le maintenir. Toute la difficulté est de pallier à la problématique de mobilité tout en la limitant.

MM : avez-vous évalué l’impact du confinement sur la fréquentation du réseau ?

CB : non pas encore. Par contre, nous constatons qu’il y a une forte baisse de la fréquentation. Cette épidémie arrive au moment où les habitants du Grand Annecy avaient vraiment changé leurs habitudes de déplacement et opté pour les transports collectifs. En 2019, nous avons enregistré une hausse de la fréquentation de 12% avec plus de 18,9 millions de voyages. Nous faisons marche arrière. Pour autant, je pense que le réflexe d’opter pour le bus reviendra après la crise car c’est un choix environnemental, un choix de vie. Reste que la perte des recettes commerciales sera énorme. Mais cet aspect n’est pas d’actualité. Nous ferons les comptes quand la crise sera terminée. La priorité est que le service public soit assuré.