• Pierre Cossard

Voiture autonome : bonne ou mauvaise idée


La voiture autonome (à ne pas confondre avec les navettes du même type) est régulièrement présentée comme l’alpha et l’oméga du futur de l’automobile. Censée, à terme, résoudre tous les problèmes de trafic dans les agglomération saturées, et rendre à ses utilisateurs le plaisir du voyage, elle est toutefois au cœur de quelques interrogations qui remettent parfois en question cette vision quasi religieuse de lendemains qui chantent…

Le salon de Genève, qui se déroule du 7 au 17 mars 2019, aura ainsi permis à plusieurs constructeurs automobiles de prendre des positions qui devraient doucher les plus optimistes. Rattrapée par quelques accidents largement médiatisés, par les difficultés à définir clairement un modèle assuranciel sérieux, et par des besoins d’investissements colossaux dans le domaine des infrastructures, la voiture réellement autonome (niveau 5 européen) devra peut-être attendre 2030 à 2050 avant d’être banalisée sur nos routes. Une analyse renforcée d’ailleurs par un certain nombre d’études scientifiques.

Ainsi, selon le chercheur Adam Millard-Ball de l'université de Californie, laisser rouler une voiture autonome à vide serait plus rentable que de la garer dans un parking. Selon cette étude, publiée dans la revue Transport Policy et commentée récemment dans Le Figaro, il serait donc bien moins coûteux, en coût horaire, pour leurs possesseurs de laisser rouler ces véhicules que de les garer dans des parkings de centre-ville, bien souvent hors de prix.

Une situation qui aurait évidemment tendance à augmenter la congestion, d’autant que ces voitures circuleraient sans doute au ralenti, pour économiser l’énergie, surtout si elle est électrique…

Un autre phénomène négatif possible sur les embouteillages urbains a été pointé du doigt, cette fois par le World Economic Forum. A travers un rapport publié en 2018, l’organisme estimait en effet que les citadins, séduits par le confort et le côté pratique de la voiture autonome, auraient naturellement tendance à délaisser les transports en commun, provoquant logiquement une hausse générale du trafic, sans compter avec l’appauvrissement envisageable de l’ensemble du secteur des transports collectifs...

Il mettait par ailleurs en avant la multiplication possible des véhicules de livraison autonomes, transportant des charges lourdes et roulant à basse vitesse dans les centres-villes. Autant de facteurs qui participeraient eux aussi à l’engorgement des agglomérations.

Des points de vue qui tranchent avec la béatitude ambiante sur ce sujet, et viennent s’additionner aux signaux d’alarme régulièrement tirés quant à la surconsommation de métaux rares nécessaires au développement de ces nouvelles technologies, à la croissance exponentielle des besoins de gestion de volumes de data toujours plus importants (et gros consommateurs d’énergie), ou de la nécessité - très, voire trop, coûteuse - d’adapter à marche forcée l’ensemble des infrastructures des pays développés…

Un ensemble de questions qu’il est certainement bon de se poser aujourd’hui, avant, peut-être, d’aller trop loin, et/ou trop vite… C’est d’ailleurs cette démarche qui a guidé Jean-Pierre Orfeuil et Yann Leriche*, deux spécialistes de la question, qui ont publié le 7 mars 2019 l’ouvrage « Piloter le véhicule autonome au service de la ville » aux éditions Descartes & Cie, collection Cultures Mobiles.

Les deux auteurs y font le point des connaissances actuelles dans ce domaine, discutent chaque hypothèse de développement, et passent en revue les conditions concrètes qui devront être fixées pour l'arrivée du véhicule autonome dans les villes .

Enfin, ils développent un outil d'analyse : TRUST, dont l'objectif est de mieux cerner les interactions des phénomènes complexes, et éviter le piège des analyse partielles.

*Yann Leriche, directeur Amérique du Nord chez Transdev, en charge des véhicules autonomes pour l'ensemble du Groupe, et de la Business Line BtoC (les activités non conventionnées avec les collectivités). Polytechnicien, ingénieur des Ponts et chaussées, titulaire d'un executive master en ingénierie fiscale et financière de l'ESCP Europe, il a été directeur de la division services en Europe des systèmes de transit guidé légers chez Bombardier avant de rejoindre Transdev en 2008.

Jean-Pierre Orfeuil, ingénieur et docteur en statistiques a dirigé l'équipe économie de l'espace et de la mobilité à l'Inrets (devenu Ifsttar) avant de rejoindre l'Ecole d'Urbanisme de Paris de l'Université Paris Est dont il est professeur émérite. Il a étudié la mobilité sous l'angle des enjeux économiques, financiers, sociaux, environnementaux, urbains et territoriaux. Auteur de nombreux livres sur ces questions, il collabore depuis sa création aux activités de l'IVM (aujourd'hui Institut pour la ville en mouvement-Vedecom).


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