• Michel Chlastacz

L’après-grève de tous les dangers

Alors que la fin du conflit à la SNCF ne se dessine pas encore clairement, les syndicats de cheminots ne sortiront pas indemnes de cet affrontement. Face à un gouvernement qui n’a pas dévié d’un pouce des fondamentaux de sa réforme : ouverture à la concurrence, transformation de la SNCF en société anonyme et fin du recrutement au statut.

Les conséquences à venir concernent tous les syndicats même ceux dits « réformistes » (CFDT et UNSA) jugés plus « ouverts » à la négociation, dans la mesure où il n’y a rien à négocier sur ce qui reste les raisons essentielles à l’origine de la grève. C’est donc la notion même de négociation qui peut à terme se trouver atteinte…

D’autant qu’au-delà de la seule SNCF le conflit semble servir de laboratoire de teste pour le rôle que l’Exécutif voudrait dans l‘avenir assigner aux syndicats, essentiellement centré sur l’entreprise.

Ce cloisonnement ne va pas de soi dans le cas de la SNCF, entreprise appartenant à l’État qui assure des obligations de service public en couvrant l’ensemble du territoire.

L’application de la règle gouvernementale s’avère ici d’autant plus complexe que la loi travail conjuguée à la réorganisation à venir de l’entreprise ferroviaire va chambouler aussi bien les cadres institutionnels internes que le fonctionnement et l’organisation territoriale des organisations syndicales.

Le 1er juin dernier, Sud Rail dénonçait la volonté de la direction de l’entreprise « de fixer unilatéralement le nombre et le périmètre [d’action] des établissements SNCF (les sites de l’entreprise ndlr) qui correspondent aux nouvelles instances CSE (Comités Sociaux et Économiques] ».

Établies par la Loi travail, ces CSE fusionnent Comités d’entreprises, Délégués du personnel et Comités d’Hygiène et de Sécurité. Ainsi, il y aurait à la SNCF 33 CSE (1 pour l’EPIC de tête, 26 pour SNCF Mobilités et 6 pour SNCF Réseau) pour remplacer les actuelles instances des 210 établissements. Une évolution qui, selon les syndicats, présente le risque d’un éloignement de ces CSE des « lieux de production » et des cheminots.

S’ajouteront des sources de conflits pouvant provenir d’une gestion complexe des personnels qui relèveront de trois statuts différents. À partir de janvier 2020, devraient ainsi se côtoyer dans l’entreprise les cheminots statutaires, les contractuels et les nouveaux embauchés hors statut, alors que, déjà, la motivation des personnels risque d’être atteinte par l’atmosphère d’après-grève, l’hostilité persistante à la réforme et les incertitudes qui demeurent. Et ce même si des avancées ont été obtenues sur les conditions de transfert des personnels entre la SNCF et les nouveaux opérateurs.

À ce stade d’un conflit qui semble aller vers l’impasse, la mise au point des stratégies syndicales s’avère d’autant plus difficile que le calendrier électoral s’en mêle, en raison d’élections professionnelles SNCF en novembre. L’occasion de dresser un bilan...