• Christine Cabiron

Rennes, une signalétique olfactive dans le métro


Keolis Rennes a installé des diffuseurs de parfums dans la station de métro Sainte-Anne du métro, pour aider les personnes déficientes visuelles à s’orienter. Deux fragrances ont été mises au point : chacune d’entre elle indique une direction.

Ce n’est pas parce que le métro rennais a des odeurs nauséabondes que Keolis Rennes a eu l’idée de diffuser des parfums dans la station Sainte-Anne. « Au contraire, notre métro est neutre et très propre », souligne Frédéric Clec’h, responsable du pôle information et innovation au service des voyageurs chez Keolis Rennes. « Par contre, nous souhaitions travailler sur l’accessibilité des personnes mal ou non voyantes en sollicitant un nouveau sens, celui de l’odorat ». L’opérateur du réseau STAR a, en effet, développé parallèlement des systèmes de guidage et d’information faisant appel à l’ouïe, au toucher au travers du braille et à la vue grâce à des tailles de police agrandies et contrastées.

Des petits airs de Bretagne

Pour mener cette expérimentation olfactive, Keolis Rennes a fait appel à la société Sensorys. Celle-ci a sollicité un parfumeur de Grasse pour définir deux fragrances aux consonances bretonnes. La première possède des notes iodées, tandis que la seconde rappelle l’odeur des ajoncs qui poussent en bord de mer. Deux parfums distincts, car chacun d’entre eux indique une direction de la ligne : Kennedy d’un côté, La Poterie de l’autre. « Nous avons la chance à Rennes d’avoir un métro cloisonné en ce sens où les deux quais de cette station sont isolés l’un de l’autre. Ce qui évite le mélange des parfums ». Tout comme les cages d’ascenseurs ne communiquent pas entre les quais et la surface. « Ainsi la personne mal ou non voyante sent la même odeur tout au long de son déplacement ».

Une impulsion toutes les 15 secondes

La station Sainte-Anne a été choisie pour deux raisons. D’une part, elle est dans le top 3 des stations les plus fréquentées du réseau ; d’autre part, elle a été construite à 20 mètres de profondeur. « Nous voulions valider les capacités techniques de la solution Sensorys dans une station profonde, dotée d’inters-paliers, d’ascenseurs avec ruptures de charge et d’escaliers mécaniques », précise Frédéric Clec’h. Autant de contraintes risquant d’entraîner une évaporation des parfums et limiter leurs effets. D’où la nécessité de trouver des emplacements idéaux pour installer les diffuseurs. Chaque quai en compte un, tandis qu’un second a été placé dans la colonne des ascenseurs. Les escaliers mécaniques sont pour leur part parfumés depuis un local technique. Chaque diffuseur est équipé d’une horloge interne qui propage toutes les 15 secondes les fragrances. « Lors du lancement de cette expérimentation, en avril 2018, il y avait une impulsion toutes les 5 secondes. L’odeur était désagréable car trop intense ».

Bilan à venir

Cette expérimentation va durer jusqu’en octobre 2018. Dès juin, un premier bilan technique sera dressé. En septembre, les membres du collectifs Handicap 35 seront sollicités pour recueillir leur avis et ressenti quant à cette signalétique olfactive. « Nous ne déploierons pas cette solution si nous n’avons pas l’aval des personnes concernées », affirme le responsable. En attendant, une première enquête réalisée auprès des voyageurs révèle que huit personnes sur dix trouvent que la diffusion de parfum dans le métro est une bonne, voire une très bonne idée.