• Michel Chlastacz

Grève SNCF : le double monologue continue

Une série de rencontres pour rien ? C’est en tous cas l’impression qui peut dominer après la série d’entretiens entre Édouard Philippe, Élisabeth Borne et les syndicats de cheminots. Le même jour, le Premier ministre et la ministre des Transports ont par ailleurs rencontré l’UTP, la FNAUT et la direction de la SNCF.

Bref, on a réuni tout le monde pour finalement annoncer que « le gouvernement ne reviendra pas sur les grands principes » de l’ouverture à la concurrence, de la fin du recrutement au statut et changement du statut de l’entreprise.

C’est ce qu’a expliqué en fin de journée Édouard Philippe qui « assumait pleinement sa main tendue mais ferme », s’il faut résumer ses propos précédents. Tout en estimant que « cela ne veut pas dire qu’il n’y a plus rien à discuter », et que« le texte peut être encore finalisé ». Une position bien entendu relayée par Élisabeth Borne.

Le gouvernement précise aussi que d’ici le 23 mai, la direction de la SNCF et les syndicats doivent « s’accorder sur un agenda social précis [d’autant que] la négociation d’entreprise relève de la SNCF », ce qui rappelle la position gouvernementale sur la priorité du champ de négociation interne aux entreprises. Manière d’oublier qu’ici l’employeur c’est l’État.

Par ailleurs, les négociations doivent se poursuivre avec l’UTP (Union des Transports Publics et ferroviaires) pour rédiger, d’ici le 1erjanvier 2020, une convention collective applicable à tout du secteur ferroviaire.

Dès maintenant, la ministre des Transports « se déclare prête à intégrer au projet de loi discuté au Sénat [à partir du 24 mai prochain] tous les amendements utiles à la réforme ». Proposition qui serait un pas vers la CFDT et l’UNSA pour les détacher d’un bloc syndical, pour le moment soudé.

Cela n’empêche qu’on se trouve toujours face à la même situation de blocage qu’auparavant. Au-delà des « grands principes » non négociables de la réforme qui, faut-il le rappele, sont à l’origine de la grève, le gouvernement veut aller « plus loin dans l’investissement » [en faveur du réseau ferré] mais continue de lier dette ferroviaire* [afin de mener la SNCF à l’équilibre d’ici 2022] et « efforts de productivité » demandés à l’entreprise pour réduire les 30% de surcoût constatés par rapport aux concurrents.

Un constat asséné sans plus de précisions qu’expliqués dans le rapport Spinetta. Un amalgame qui aura du mal à séduire les syndicats dits réformistes qui seraient ouverts à la discussion.

Aussi, Édouard Philippe et Élisabeth Borne ont également insisté sur le fameux « sac à dos social » [attaché aux cheminots SNCF et qu’ils conserveraient chez d’autres exploitants] et sur « les conséquences [pour ces mêmes salariés de leur] refus de transfert chez un nouvel opérateur » …

* Le changement de statut de la SNCF obligerait à reprendre une grande partie de la dette. Selon la législation, l’État actionnaire devrait en éponger au moins les trois quart, puisque le statut de SA exige que l’endettement ne dépasse pas dix fois le montant des résultats annuels. Ce qui amènerait à une dette de départ maximale d’environ 10 Mds€ pour SNCF–SA.