• Michel Chlastacz

Pourquoi et comment "déboulonner" le statut cheminot

Le statut des cheminots est-il l’obstacle au développement de la SNCF et, plus largement, du secteur ferroviaire ? Le gouvernement en est convaincu. Un pré-supposé que résumait le Premier ministre le 26 février dernier en estimant que « le statut à la SNCF est particulièrement rigide. Or, le monde change, la SNCF doit changer aussi. Face à ses concurrents, la SNCF est la seule à recruter au statut ».

Le statut serait donc à l’origine de ce … statu quo qui « n’est pas une option. Parce que c’est le statu quo qui menace le service public ». Nécessité du changement et exemples extérieurs inciteraient à s’en débarrasser.

Qu’en est-il vraiment ? Sa « rigidité » officiellement dénoncée tient aussi bien à la garantie de l’emploi et du déroulement de carrière, qu’à l’âge officiel de départ en retraite, fixée 52 ans pour les « roulants » et à 57 ans pour les « sédentaires » (en réalité 53,5 et 57,5 ans en moyenne). Il tient aussi au calcul de cette retraite à partir du niveau des six derniers mois d’activité. Il faut y ajouter les « facilités de circulation » qui sont offertes au cheminot et à sa famille.

Plus que le statut, ce sont sans doute ses dérives fonctionnelles qui pèsent sur les coûts salariaux de la SNCF. En raison d’abord de son application à l’ensemble des personnels au-delà des « roulants » ou de ceux soumis aux « astreintes ».

S’ajoute une stricte séparation des fonctions amenant à une non polyvalence des tâches, telle une forme d’archéo-taylorisation. Tandis que le « glissement vieillesse technicité* » augmenterait automatiquement chaque année la masse salariale de 2,4%.

L’abandon du statut pour les nouveaux embauchés (8 à 10% des personnels SNCF sont déjà hors statut) mènerait à une situation complexe en matière de gestion des personnels, en faisant coexister à la SNCF trois types de contrats de travail : les cheminots au statut, ceux qui sont déjà hors-statut et les nouveaux embauchés dont le contrat reste à définir.

De plus, avec l’ouverture à la concurrence des TER, des cheminots - sous ou hors statut - pourraient se trouver « détachés » chez les nouveaux exploitants !...

* effets cumulés de l’ancienneté et de l’évolution de carrière.