Pascal Fontaine, Président FNTV Pays de la Loire :

" Nos entreprises ont à s’adapter au numérique "

Président depuis deux ans de la Fédération nationale des transports de voyageurs des Pays de la Loire, Pascal Fontaine, qui dirige la société Quérard, à Nantes, une filiale du groupe Fast, considère que les entreprises ont à relever deux défis immédiats : le numérique et la montée en puissance des intercommunalités.

Propos recueillis par Hubert Heulot
Publié dans Mobilités Magazine N°1, février 2017

Activité, entreprises, marchés… Qu’en est-il aujourd’hui en région Pays de la Loire ? Et qu’en sera-t-il demain ? Entre transition énergétique et loi NOTRe, renforcement des compétences de la région et urgence à trouver du personnel. Décryptage avec Pascal Fontaine, Président de la Fédération nationale des transports de voyageurs Pays de la Loire, pour Mobilités Magazine.  

 

Mobilités Magazine :  Comment se portent les autocaristes en Pays de la Loire ?

Pascal Fontaine :  D’abord, nous avons la chance que l’économie, dans notre région, tourne plutôt bien, soutenue par un certain essor démographique. Conséquence, l’offre de transports se maintient. Bien sûr, il y a des ajustements. Ici où là on remplace des lignes régulières par du transport à la demande. Quand on augmente les fréquences d’un côté, on les diminue ailleurs. Mais la stabilité est là. Même si partout, les collectivités font état de budgets en baisse. Les marchés sont plus difficiles à garder. Le moins-disant s’impose en maître. Ce qui fait que les résultats de nos entreprises ne sont vraiment pas extraordinaires. Tout le monde, en 2016, a été content de profiter du crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi (CICE, ndlr). La pause que nous avons connue dans le rachat d’entreprises risque de reprendre. Pas seulement en raison de leurs résultats, mais parce qu’il n’y a pas toujours de repreneurs en interne et parce que demain, nos marchés vont encore se complexifier avec la mise en application de la loi NOTRe.
 

M. M. : Quel est l’état général de la concurrence dans la Région ?

P.F. : Le paysage ici est très varié. C’est historique. De la Mayenne à la Vendée, de la Loire-Atlantique à la Sarthe, une trentaine d’entreprises de tailles très différentes, de dix cars à beaucoup plus, se partagent le travail. Du groupe, généraliste - Keolis, Transdev et nous, Fast, en troisième position -à celui qui ne fait que du scolaire ou que du tourisme. Au final, la concurrence est forte. Mais le tissu d’entreprises locales existe bel et bien.
 

M. M. : Quels sont, pour l’heure, les principaux défis que rencontrent les opérateurs ?

P. F. : Nous sommes à un tournant. Il y a la transition énergétique. Les élus locaux la veulent. Les constructeurs vont devoir suivre. Mais il y a, pour nous, aussi, le numérique qui arrive à la vitesse grand V. Il faut y préparer les équipes. Je viens d’engager un jeune exploitant à qui je demande de maîtriser cela. Se pose d’abord le problème de la formation des conducteurs. J’ai le cas, sur les lignes régulières du département de Loire-Atlantique. Le système de géolocalisation demande quelques manipulations. Alors que dans l’urbain, à Nantes, il suffit d’allumer le smartphone. Mais déjà, il va falloir équiper nos conducteurs de smartphones, et les former à utiliser tous ces outils numériques. Ensuite, il faut des gens chez nous qui les suivent. Ce sont des compétences nouvelles à acquérir en interne. C’est d’autant plus crucial que c’est par le numérique, désormais, que l’on répond à l’impératif absolu : la satisfaction de l’usager. « C’est le cœur du sujet », expliquent nos donneurs d’ordre. Ici, le réseau départemental, comme l’urbain, à Nantes, a mis en place une plateforme internet sur laquelle les utilisateurs protestent au moindre souci. Et ils le font. En particulier sur les retards. Il faut s’expliquer en direct. Plus aucun transporteur ne peut passer à côté de cet aspect des choses.

M. M. : Vous évoquiez aussi la complexité à attendre de la mise en place de la loi NOTRe ?

P. F. : Nous n’aboutirons pas à la simplification promise. La Région récupère la compétence transport, mais les intercommunalités s’en saisissent aussi. Nous avons beaucoup de projets en Loire-Atlantique, en Maine-et-Loire et en Vendée. C’est peut-être une chance pour nous. L’offre va peut-être se développer ainsi. En attendant, les interlocuteurs se multiplient. Faut-il aussi que leurs périmètres correspondent à ceux du transport existant pour le moment, ce qui n’est pas toujours le cas. Mais c’est, dans le fond, l’affaire des élus de terrain, qui trouveront des solutions.

M. M. : Comment se présente l’exercice de la compétence transport par la région en Pays de la Loire ?

P. F. : Tout le monde collabore. Dans le domaine du transport, il n’y a pas d’opposition entre une Région à droite et un département à gauche. Ensuite, la Région nous laisse les mêmes interlocuteurs, dans les départements, même s’ils sont administrativement et géographiquement transférés à la Région. C’est primordial pour nous, notamment pour le transport scolaire, où l’on règle les problèmes au quotidien avec eux. La Région tient aussi un discours rassurant sur les moyens qu’elle nous donnera pour engager la transition énergétique, puisque l’on dit partout que le diesel est mort. Dans le gaz, cela va arriver rapidement. Nous verrons.
 

M. M. :  La pénurie de conducteurs est-elle toujours d’actualité ?

P. F. : Toujours. Nous avons besoin d’en embaucher une moyenne de 200 à 250 par an. Les réseaux urbains, à Laval, Le Mans, Angers, Nantes, Saint-Nazaire, Saumur, La Roche-sur-Yon qui ne cessent d’accroître leur offre, en débauchent chez nous toujours plus. Soit nous trouvons les financements pour des POE (préparation opérationnelle à l’emploi). Soit nous signons des contrats de professionnalisation. Sur le sujet, nous avons toujours bénéficié de l’appui de la Région en charge de la formation professionnelle. A présent, nous avons d’autres pénuries à affronter : le manque de mécaniciens et de responsables d’exploitation, même si les besoins sont moins importants que pour les conducteurs. La balle est donc plutôt dans notre camp, à nous les entreprises, de devoir accélérer sur l’apprentissage. Mais ce sont là deux urgences. En particulier du côté des responsables d’exploitation. Trouver des gens sachant dessiner des plannings, pas de souci. Mais des personnes sachant en plus gérer du personnel, annoncer à quelqu’un qui veut passer à 25 heures qu’on ne peut lui en donner que 20, c’est compliqué. Le relationnel dans notre métier exige toujours plus de temps, et prend une place grandissante.



 

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