Olivier Le Grontec,   

DG de la Semitan (Nantes)

Simplifier l’accès à toutes les mobilités !

Après avoir dirigé le réseau de transport de Saint-Etienne, Olivier le Grontec arrive à la tête de celui Nantes chargé, en plus de son essor, d’agréger autour de lui les nouvelles mobilités urbaines : vélo, covoiturage, etc. Il décrit les défis que cela représente.

Mobilités Magazine : Où en sont les transports publics de Nantes dont vous prenez la direction ?

Olivier le Grontec : Le nouveau contrat de délégation de service public, en date du 1er janvier 2019, fixe des objectifs ambitieux. De l’offre en plus, 10% par an, 400 000 km environ chaque année pendant 7 ans pour atteindre 32 millions de km en 2025. Une fréquentation de 160 millions de voyageurs, soit presque 20 millions de plus que cette année. Tout ceci sous contrainte financière. Nous passons de la compensation financière forfaitaire au forfait de charges. Plus de possibilité de garder pour nous les surplus de recettes !

La perspective qui s’impose à nous est d’améliorer sensiblement la qualité de vie des Nantais dans les années qui viennent. Le Plan de déplacements urbains prévoit par exemple d’abaisser de 12 % la part modale de la voiture ou du scooter utilisés en solo en 2030. 

Pour cela, d’ici 2025, nous avons beaucoup à faire. Acheter 100 bus articulés, des tramways de 48 m, plus grands. Nous aurons à en intégrer des bus électriques, de nouvelles navettes fluviales. Nous construisons un nouveau dépôt. S’ajoute à Nantes, la particularité d’assumer le mandat d’entretenir et de construire le réseau. Cet été, nous avons renouvelé les lignes de tramway aux abords de la gare. Un chantier de 15 millions d’euros. D’ici 2025, nous préparerons l’arrivée de deux nouvelles lignes de tramway qui desserviront le nouveau CHU en 2026. Tout cela est passionnant et ne manque pas de rythme.

La croissance demande des moyens. Nantes Métropole qui a beaucoup aménagé ses voiries en faveur des transports publics est engagée à le faire encore. C’est important parce que nos bus sont de plus en plus freinés par la congestion automobile. En interne, nous allons passer le seuil de 2000 salariés en 2019. La dynamique reste forte. La Semitan a certains virages à prendre mais elle est en bonne condition pour y parvenir.

 

MM : L’accès aux transports publics, est un des thèmes du mouvement des gilets jaunes. Vous êtes-vous sentis interpellés ?

O.L-G : Nantes offre beaucoup de tarifications adaptées. Une grande partie de la clientèle ne paie pas. Le système est donc assez égalitaire, le réseau paraît accessible. Récemment sondés par l’UTP, les Nantais, pour 57% d’entre eux ont estimé dépenser moins de 20 euros par mois pour leurs transports. Moins que dans d’autres villes. Donc a priori, les transports publics ne paraissent pas trop chers non plus. L’offre, 46 km par an et par habitant, est assez conséquente. Avec 210 voyages par an et par habitants, le réseau est aussi utilisé. Ce qui n’empêche pas Nantes Métropole de travailler sur ses liens avec l’extérieur. Elle offre 8000 places en parkings-relais et nous venons d’annoncer le lancement d’une plateforme de covoiturage véritablement intégrée aux transports publics. Sur le site de la TAN*. Le covoitureur sera rémunéré 2 euros à chaque voyage et celui qui embarque avec lui paiera le même tarif qu’un voyageur occasionnel chez nous (1,49 euros). Nous espérons que cela apportera une réponse à beaucoup de gens autour de Nantes.

 

MM : Est-ce le rôle d’une société de transports publics de créer sa plateforme de covoiturage ?

O.L-G : Ce covoiturage sur courte distance complète notre transport public. Nous l’avons proposé à Nantes Métropole qui veut que nous devenions intégrateur des mobilités. Ce terme, il faut l’entendre d’un point de vue commercial. Tous les opérateurs conservent leur contrat avec Nantes Métropole. C’est le cas, par exemple, de JCDecaux pour la location de vélos. Chacun mène aussi sa vie commerciale. Mais la carte de transport devient le passe-partout qui donne accès à toutes ces mobilités. Nous allons avancer progressivement dans ce sens. Ce sera fait dans les 2 ou 3 ans. L’objectif, c’est vraiment de simplifier, tout simplifier pour le client.

 

MM : Nantes s’est jusqu’ici illustrée, au contraire, par sa réticence à la billettique informatisée. Comment allez-vous faire ? Est-ce l’heure de la conversion, l’un des virages dont vous parliez ?

O.L-G : Oui, il s’agit bien d’un virage. La culture nantaise, c’est de faire efficace. Pas de dépense qui ne serve l’essentiel ! En l’occurrence, pas de billettique chère qui, en soi seule, ne faisait pas progresser la fréquentation. Jusqu’ici, le nombre de voyageurs ont augmenté alors que le budget est resté tout petit. A présent, nous arrivons aux limites du système. Les modes d’achat des titres de transport ont changé. L’heure est à la dématérialisation : cartes de transports, cartes bancaires, téléphones. C’est ce vers quoi nous allons, tout doucement. Nous allons supprimer tout titre papier sauf dans les bus.

MM : Une grève inhabituelle a perturbé la Semitan l’automne dernier autour des conditions de travail des conducteurs et de la pénurie de personnel. Là aussi, y a-t-il un virage à prendre ?

O.L-G : Comme partout, nous avons des difficultés à trouver des conducteurs. Et pas seulement, des électromécaniciens aussi. C’est à la fois un problème national et le fait d’une concurrence accrue de grands employeurs du bassin d’emploi de Nantes qui embauchent eux-aussi : Airbus, les chantiers de l’Atlantique. Tout cela a conduit à des difficultés de service, à faire travailler davantage nos conducteurs en place, confrontés également à des conditions d’exercice dégradées de leur métier : augmentation des incivilités, congestion automobile. Il leur est devenu de plus en plus difficile de ternir leurs temps de parcours, même si nous les avons desserrés depuis deux ans. Ceci ajouté aux impossibilités de prendre leurs congés, faute de personnel suffisant, a débouché sur une grève. Il faut donc faire évoluer les choses. 

Pour trouver des conducteurs, nous avons à mieux mettre en valeur le métier de conducteur, disposant à la fois d’une grande autonomie à bord de son véhicule et acteur comme il s’en fait peu d’un service public de première importance. Mais nous avons aussi à nous réformer en interne. Première assurance que je peux peut-être donner à l’aube de cette nouvelle DSP : la productivité n’est pas une fin en soi. La nôtre est déjà bonne. Il ne s’agit pas de la dégrader. L’important est que Nantes Métropole paie le juste prix et que dans ce cadre, nous trouvions une organisation du travail nouvelle qui tienne dans le temps. Un nouveau chemin. Nous avons commencé à discuter avec les syndicats en septembre. Nous allons poursuivre. Se posent des questions d’organisation des temps de travail. Dans notre métier, l’importance des heures de pointe fait que beaucoup de conducteurs travaillent en deux périodes, matin et soir. Nous avons un système qui fonctionne à l’ancienneté. Les plus récemment embauchés qui s’y collent pendant un nombre d’années qu’ils trouvent trop long. Nous cherchons de nouvelles solutions. Nous nous donnons un an pour revoir les organisations de l’entreprise en général. Une chose est sûre, le socle est solide. Les salariés sont particulièrement attachés et fiers de leur entreprise. Il existe en son sein un grand professionnalisme ainsi qu’une forte capacité d’innovation. Tout cela est encourageant.

MM : A propos d’innovation la nouvelle DSP vous donne un budget spécifique d’innovation. Qu’allez-vous en faire ?

O.L-G : Un laboratoire d’innovations qui s’est donné comme tâche d’en produire une à trois par an et risque d’apporter beaucoup d’énergie en interne à l’entreprise. Il est co-piloté par Transdev. Nous avons un mode de gouvernance à trouver. Nous pensons y insérer de la consultation citoyenne. Le budget est de 400 000 euros par an, ce qui n’est pas rien dont une part en dépenses d’investissements. C’est un des beaux défis de cette nouvelle DSP.

 

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